Crise politique et lutte des classes en France – http://www.revolutionpermanente.fr/Section-Politique

Les 16, 17 et 18 décembre prochains se tient le congrès de fondation d’une nouvelle organisation révolutionnaire en France, impulsé par Révolution Permanente. Dans ce cadre, plusieurs documents ont été élaborés et soumis à la discussion dans les assemblées préparatoires qui ont réuni près de 400 personnes. Ils pourront être amendés dans le Congrès où ils seront soumis au vote. Ce texte constitue le document national.
Comme le reste de l’Europe, la France est frappée par la crise économique et l’aiguisement des tensions entre puissances dans le cadre de la guerre en Ukraine. Cette situation vient aggraver des éléments de déclin de sa puissance. C’est le cas notamment de sa position en Europe, qui subit le contrecoup du basculement allemand vers une politique de plus en plus unilatérale. Ce changement de stratégie a été symbolisé par le choix de l’Allemagne d’initier une remilitarisation de son pays. Non seulement ce renforcement de l’Allemagne sur le terrain politique international vient remettre en cause la position française de leader européen sur le terrain militaire, mais elle affaiblit le couple franco-allemand qui était un point d’appui essentiel pour l’influence française en Europe.
Alors que Macron avait cherché à se positionner en leader européen pour compenser ses faiblesses sur le terrain national, cette situation entache cette possibilité et tous ces éléments affaiblissent le pays dans une période d’accentuation du déclin de son influence internationale. En ce sens, ces derniers mois ont été marqués par une série de camouflets en Afrique de l’Ouest, à l’image de l’humiliation constituée par la fin de l’opération Barkhane et l’influence russe croissante au Mali ou du coup d’État au Burkina Faso. On voit dans le même temps, la perte d’influence française au Maghreb et au Moyen-Orient, comme le montre l’échec de l’opération de Macron au Liban.
Le tableau est redoublé par les tensions dans les territoires coloniaux comme la Guadeloupe et la Martinique, traversées par des explosions de luttes violemment réprimées. C’est aussi le cas de la Kanaky, où le dernier référendum organisé dans le cadre des accords de Nouméa a été boycotté par les indépendantistes fin 2021, dans un territoire qui a été traversé par des révoltes en 2020 contre la reprise de l’usine de nickel par un consortium mené par le groupe suisse Trafigura. Face à la crise, le retour des révoltes au Maghreb, dans le cadre desquelles de nouvelles explosions révolutionnaires, n’est pas à exclure et affecterait de façon importante l’Europe.
La crise dans le pré-carré français en Afrique de l’Ouest et dans les territoires coloniaux ainsi que le tournant vers une politique internationale toujours plus unilatérale de l’Allemagne (cf. document international) — qui, bien que privée de l’arme nucléaire, pourrait se doter à moyen-terme de la plus importante armée en Europe — vient accentuer le déclin de l’impérialisme français. Une situation qui affecte en profondeur les intérêts stratégiques de l’impérialisme français, tant l’influence sur les ex-colonies et les possessions coloniales constituent, avec son armée, un levier central de pouvoir pour la bourgeoisie française.
Cette situation va de pair avec les faiblesses de l’économie française. Ces dernières décennies, les multinationales françaises ont fait le choix stratégique des délocalisations. Comme le note Bruno Amable dans La résistible ascension du néolibéralisme (2021) : « La désindustrialisation a été plus prononcée en France que dans d’autres pays européens ou développés, et la spécialisation de ce pays s’est tournée de plus en plus vers le secteur des services. (…) Le déclin de l’industrie manufacturière française a touché plus que les autres les secteurs caractérisés par un contenu technologique intermédiaire (par exemple, l’automobile), avec pour conséquence un rétrécissement de la base industrielle et une accélération d’une tendance déjà observable dans les années 1980 : la polarisation de la base industrielle entre les secteurs ayant un faible contenu technologique (agroalimentaire, métallurgie, etc.) et les secteurs high-tech comme l’aérospatial, dans lesquels l’influence de la politique industrielle de l’État a été maintenue, en particulier en raison des liens avec la Défense. » Cela se traduit par de plus forts investissements directs à l’étranger, mais avec moins d’exportations et plus d’importations à l’échelle du pays. La chute de la production industrielle n’a fait que se renforcer à chaque crise, et devrait baisser de 10% au quatrième trimestre 2022.
En conséquence, la France produit peu. Ces deux derniers mois, son déficit commercial, alimenté par la hausse des prix de l’énergie, a battu le record de 71 milliards d’euros au premier semestre 2022. Il devrait atteindre les 156 milliards cette année selon la loi de finances. Début 2022, le déficit commercial annualisé de produits industriels dépassait les 100 milliards quand, il y a 20 ans, la balance commerciale française pour ces produits était excédentaire de 25 milliards par an. De fait, l’augmentation de la demande d’un ensemble de produits (informatiques, équipements domestiques) après la crise du Covid a été couvert avec des importations à plus de 60%. Aujourd’hui, le pays ne produit que 36% des biens matériels qu’il consomme. Il décline également sur le terrain agricole ces dernières années. Ces deux derniers mois, pour la première fois, la France est ainsi devenue importatrice nette de produits agricoles.
Plus largement, c’est l’instabilité économique qui devrait prédominer dans les mois à venir. Si l’inflation est plus faible en France que dans d’autres pays européens, celle-ci pourrait selon certaines prévisions atteindre les 10% dans les mois à venir. D’ores et déjà, comme nous le notions récemment, « la baisse de salaire réel en France est une des plus fortes de la zone euro, comme l’a confirmé l’OCDE dans une étude montrant que les revenus réels (c’est-à-dire une fois pris en compte le poids de l’inflation), ont baissé en France de 1.9%. » Si les grands patrons concèdent ici et là, sous pression des travailleurs, des augmentations minimales, cette baisse devrait s’approfondir. La crise énergétique qui va aller en s’accentuant cet hiver va également aggraver la situation. Limitée jusqu’ici à 4% par le bouclier tarifaire, la hausse des prix de l’énergie atteindra 15% à partir de janvier pour le gaz et de février pour l’électricité, affectant non seulement les ménages mais également les entreprises, à commencer par les TPE/PME, dont certaines sont directement menacées de faillite. La crise énergétique comporte par ailleurs un autre risque, non moins explosif, celui des pénuries d’énergie.
Tous ces éléments pourraient entraîner dans les mois à venir une récession qui apparaît de plus inéluctable à court terme. Si le gouvernement nie cette perspective, les économistes de Axa annoncent une récession « au dernier trimestre de cette année et au premier de 2023  », tandis que l’Insee anticipe une croissance nulle au quatrième trimestre 2022. Dans le même temps, face à la crise, la France a vu, comme d’autres pays européens, sa dette publique augmenter de façon importante pour atteindre aujourd’hui les 120% du PIB contre 60% en 2002. Une situation difficilement soutenable en période de hausse des taux d’intérêt, face à laquelle une crise de la dette ou un scénario d’offensive des marchés financiers, sur le modèle de celle qui a fait tomber le gouvernement de Liz Truss au Royaume-Uni, n’est pas à exclure.
L’instabilité mondiale se renforce alors que le régime français traverse une profonde crise politique, qui témoigne des contradictions de la tentative de résolution de la crise d’hégémonie par le macronisme en 2017. Bénéficiant des accusations visant le candidat de l’UMP François Fillon et de l’effondrement du PS, Macron a constitué la solution de rechange de la bourgeoisie face au discrédit grandissant du bipartisme PS – LR, qui avait structuré la vie politique pendant plus de 40 ans. Son mandat promettait d’assurer un ensemble de contre-réformes visant à rattraper le retard compétitif de la bourgeoisie française vis-à-vis de son concurrent allemand : réforme des retraites, approfondissement des dispositions de la loi travail, poursuite de la politique de cadeaux au patronat mise en place par Hollande, continuation du durcissement bonapartiste du régime entamé dès 2014.
D’emblée, ce projet est apparu marqué par des contradictions importantes. Si le macronisme a permis de réunifier politiquement la bourgeoisie et les franges supérieures de la petite-bourgeoisie (cadres supérieurs et professions libérales), sa base sociale était dès le départ très minoritaire, excluant les classes populaires et des secteurs des classes moyennes. Aussi, ce « bonapartisme faible » s’est rapidement usé sur les multiples explosions sociales qu’il a provoqué — de la grève des cheminots de 2018 à la lutte contre la réforme des retraites en passant par le mouvement des Gilets jaunes qui a constitué le sommet de ces tendances -, ainsi que sur les crises qu’il a dû affronter, à commencer par la pandémie.
Cette usure du macronisme à l’épreuve de la lutte des classes témoigne de la difficulté structurelle à stabiliser un bloc hégémonique en soutien à la transformation néo-libérale « jusqu’au bout » du modèle socioéconomique français. En 2022, elle s’est traduite dans le résultat de Renaissance aux élections législatives, camouflet historique après une réélection obtenue en bénéficiant d’un vote barrage contre l’extrême-droite. Le début du nouveau quinquennat est marqué par cette crise politique profonde, face à laquelle le macronisme cherche un moyen d’appliquer son programme pour éviter un immobilisme aux multiples implications économiques, avec un endettement public qui a progressé et une pression potentielle des marchés financiers, et politiques, ses rivaux à droite cherchant à s’imposer en successeurs potentiels.
Pour cela, le gouvernement s’appuie sur plusieurs éléments. D’abord, sur les mécanismes les plus bonapartistes du régime de la Ve République, à commencer par le 49.3, pour faire passer les textes essentiels tels que le budget. Ensuite, les alliances à l’Assemblée avec la droite et l’extrême-droite, qui lui ont permis de passer sa loi pouvoir d’achat avant l’été et sa réforme de l’assurance-chômage en première lecture. Cependant, le récent vote par le RN d’une motion de censure de la NUPES montre à quel point l’équilibre actuel est fragile et ce mode de gouvernement précaire. Si la droite s’est engagée à cette occasion à ne pas voter de motions de censure, par crainte qu’un approfondissement de la crise politique n’entraîne des explosions sociales mais aussi par incapacité à capitaliser sur une dissolution de l’Assemblée nationale à l’heure actuelle, un concours de circonstances pourrait ouvrir la voie à un renversement du gouvernement et une crise institutionnelle.
Face à ces contradictions, Macron aspire à une alliance durable avec les Républicains, évoquée également par Nicolas Sarkozy, qui permettrait de conquérir une majorité présidentielle stable. Cependant, une telle alliance est pour l’heure refusée par les pontes de LR qui y voient un risque de dissolution. En cas d’approfondissement de la crise, un afflux d’éléments de la droite dans l’orbite de la macronie n’est pas à exclure, même si l’état de faiblesse de Macron rend pour l’heure peu probable un tel scénario et qu’un tel renfort ne suffirait pas à stabiliser le macronisme. Au total, ce qui prédomine « par en haut » c’est l’instabilité et la crise politique. Celle-ci peut s’accélérer brutalement dans les mois à venir, avec la possibilité d’une dissolution de l’Assemblée, d’autant que le spectacle de la fragilité du macronisme, conjugué à sa volonté de faire payer la crise aux classes populaires et d’imposer des contre-réformes, ouvre des brèches par en bas.
La crise politique actuelle limite les marges de manœuvre du macronisme en cas d’accentuation des tensions sociales. Or, cette perspective inscrite dans la situation constitue la principale inquiétude du gouvernement et de la bourgeoisie française, traumatisés par le mouvement des Gilets jaunes. Le soutien des Républicains à Macron à l’Assemblée et les futures décisions de la droite doivent à ce titre être envisagées non seulement du point de vue des tactiques politiciennes, mais aussi des intérêts stratégiques de la bourgeoisie à éviter d’attiser la crise institutionnelle. Ce d’autant plus que, si la droite, le gouvernement et le MEDEF convergent dans la nécessité d’avancer sur les contre-réformes, dans un climat de crise où la question des salaires pèse lourd et où un climat anti-riches rend difficile tout appel à la « sobriété » ou à « l’austérité », tous ont conscience du danger.
Tout au long du premier quinquennat, Macron a répondu au renforcement de la lutte des classes par un saut dans l’offensive autoritaire. Celle-ci s’est traduite par une multiplication de textes étendant les marges de manœuvre des forces de répression (Loi sécurité globale, schéma national de maintien de l’ordre, projet de doublement de la présence policière sur le terrain en 10 ans), le renforcement de la répression de la contestation sociale, l’inscription dans la loi en 2017 de dispositions de l’état d’urgence ou encore la systématisation de l’usage de cadres d’exception tels que les Conseils de défense pour gouverner.
En parallèle, Macron, élu autour d’un profil libéral sur le terrain religieux, a rapidement cherché à engager une offensive islamophobe – avec la loi séparatisme et les dissolutions d’organisations musulmanes et anti-racistes — et xénophobe avec un durcissement de la politique migratoire. Ces attaques racistes, ont constitué un saut dans l’islamophobie d’État, avec l’objectif de polariser le débat politique autour de la question de l’Islam et d’élargir la base sociale du macronisme vers la droite traditionnelle. Elles ont joué un rôle dans le renforcement de l’extrême-droite et l’émergence d’un phénomène comme la candidature de Eric Zemmour, elles se poursuivent et devraient même s’amplifier dans les mois à venir sous la houlette de Darmanin, ministre de l’Intérieur zélé et candidat à la succession de Macron.
Dans le même temps, après avoir fait face aux conséquences du contournement des corps intermédiaires au début de son premier quinquennat, Macron a tenté depuis les législatives de formuler une « nouvelle méthode » qui lui permette d’élargir son assise et de pouvoir gouverner à droite. Pour le moment, l’emblème de cette politique, le Conseil National de la Refondation, qui doit donner lieu à des débats sur l’hôpital public et l’éducation dans les mois à venir, a été un échec. Mais, en parallèle, le gouvernement a également tenté de revitaliser le « dialogue social » pour pouvoir s’appuyer sur les directions syndicales. Celles-ci ont toutes accepté dans un premier temps le cadre des concertations sur la réforme des retraites. Cependant, la faiblesse de la macronie et l’importante colère sociale rendent particulièrement coûteux pour les directions syndicales de se mettre à la table des négociations comme en a témoigné le changement de braquets de la CGT sur les « concertations » suite à la grève des raffineurs.
Les tensions qui l’effraient aujourd’hui ne peuvent que s’accroître avec les conséquences de la crise sur la classe ouvrière qui pourrait se transformer en crise sociale à l’aune de la récession qui vient. Des tensions qui, non seulement touchent la classe ouvrière, mais frappent aussi de plein fouet les classes moyennes, confrontées à un sentiment de paupérisation qui pourrait s’accentuer dans les mois à venir. Une forte reprise de la lutte des classes apparaît alors comme une perspective crédible à court ou moyen-terme et elle a de quoi inquiéter le gouvernement.
Alors que jusqu’à fin 2019, la France a été traversée quasi-annuellement par de grands conflits nationaux, à partir de mars 2020, la pandémie de Covid-19 a conduit à une interruption de cette succession de grands mouvements. Pendant ces deux dernières années, la lutte des classes s’est menée essentiellement au niveau des entreprises, de façon isolée, avec trois principaux phénomènes notables.
D’abord, des luttes pour la fermeture des usines non-essentielles et pour les conditions de travail face au virus pendant le premier confinement, auxquelles on pourrait ajouter les luttes pour les protocoles sanitaires dans l’éducation nationale. Ensuite, des mobilisations contre les suppressions d’emplois (Daher, TUI France, Grandpuits, AAA, Cargill, Cauquil, SKF, …). Enfin des luttes pour les salaires, d’abord pour obtenir des primes dans des secteurs à bas salaires, ensuite pour des augmentations de salaires, qui se sont étendues avec la progression de l’inflation.
Ces mouvements ont mis en branle de larges secteurs de la classe ouvrière : des ouvriers du privé dans la grande distribution (Carrefour, Décathlon, Auchan, Sephora, …) et l’industrie (sous-traitance aéronautique, agro-alimentaire, …), qui avaient été globalement extérieurs aux grands mouvements de lutte des classes entre 2017 et 2020, mais également des ouvriers des « services essentiels » publics ou para-publics, dans les transports (RATP, Transdev, SNCF), la propreté (éboueurs à Paris, Marseille, Toulouse, Poitiers ou Valenciennes) ou l’énergie (EDF, RTE), enfin l’éducation nationale et l’hôpital public.
Sur le terrain des salaires, de façon emblématique, la dynamique de mobilisation a commencé par toucher les secteurs en première ligne pendant la pandémie après le premier confinement, dans des entreprises du privé peu habituées aux conflits (Décathlon, Leroy Merlin, sous-traitants de l’aéronautique). Comme nous le notions récemment ils ont souvent mis en branle « des secteurs de travailleurs qui font pour beaucoup leur première expérience de grève, notamment dans le privé » sur des bases revendicatives limitées au maintien du salaire face à l’inflation, et de façon désynchronisée à l’échelle du pays. Ces luttes se sont progressivement étendues à des secteurs plus stratégiques du public, mais de façon éparse, notamment à la SNCF et à la RATP. Enfin, elles ont touché plus récemment des entreprises stratégiques du privé, dans l’automobile (Stellantis), le transport aérien (Aéroport de Roissy et ses sous-traitants) ou la pétrochimie.
Malgré leur hétérogénéité, ces mouvements ont partagé une série de caractéristiques communes. D’abord, ces luttes ont été marquées par des éléments de spontanéité, avec des grèves imposées parfois par la base et mettant en mouvement des secteurs et des entreprises peu habituées à la lutte, menant des grèves inédites, notamment dans la sous-traitance aéronautique. Ensuite, ces mouvements se sont le plus souvent menés sur un terrain défensif, avec des revendications cantonnées au rattrapage de l’inflation pour ne pas perdre de salaires. Enfin, ces mobilisations sont restées isolées, faute de tentatives de coordination, et ont en conséquence souvent été de courte durée.
Pour autant leur floraison sur les deux dernières années montre des éléments de recomposition subjective de la classe. Sur ce plan, la politique audacieuse de l’UL CGT de Roissy, préparant une grève pour toute la plateforme incluant les sous-traitants, montre l’émergence dans certains secteurs d’éléments d’avant-garde qui montrent une disponibilité à des méthodes de lutte offensives, qui contrastent fortement avec la passivité installée par la direction de la CGT.
Tout en s’inscrivant dans la continuité de ces dynamiques, la grève dans la pétrochimie a marqué un saut en cette rentrée, avec une lutte longue dans un secteur de l’aristocratie ouvrière au fort pouvoir de blocage qui a mis le gouvernement en difficulté.
Face à l’inflation, les travailleurs de ExxonMobil et Total ont en commun d’être confrontés à des patrons milliardaires, au premier plan en ce qui concerne les fameux « super-profits » qui ont fait irruption dans le débat public ces derniers mois. Une colère face au mépris de la direction qui a conduit à initier des mouvements de grève reconductible dans les deux entreprises. A ExxonMobil, la grève reconductible est partie de la base le 20 septembre face au refus de la direction d’accepter la revendication d’une augmentation des salaires de 7,5%. Très rapidement elle a conduit à l’arrêt des deux raffineries françaises, de l’entreprise en Seine-Maritime et à Fos-sur-Mer. Chez Total, les trois jours de grève appelés le 27 septembre par la CGT dans la continuité de la grève du 24 juin sur l’ensemble du groupe ont débouché sur une reconductible et l’arrêt de la raffinerie de Normandie, principale raffinerie du pays.
Les entreprises présentaient des traditions de lutte différentes. Chez ExxonMobil, la raffinerie n’avait pas été arrêtée depuis 1993 et la grève a été spontanée, autour d’une revendication d’augmentation des salaires pour 2022 un peu supérieure à l’inflation (7,5%). Total, qui a joué un rôle moteur dans plusieurs conflits nationaux, en particulier en 2010, a en revanche une longue tradition de luttes, et la CGT Total fait partie de la FNIC, secteur oppositionnel de la CGT, qui s’est impliquée dans le mouvement non sans lien avec la volonté d’apparaître à quelques mois du Congrès confédéral.
La capacité de blocage des raffineurs dans le cadre de grèves reconductibles longues a mis à mal pendant trois semaines le fonctionnement normal de l’économie. Au pic de la grève 31% des stations-essence ne fournissaient plus ni gazole ni essence et 47% des stations-services du pays étaient dysfonctionnelles. Une pénurie de carburant inédite depuis 2010 qui a mis le gouvernement à la défensive tout en remettant à nouveau la question de la grève et du blocage de l’économie au centre des discussions dans le mouvement ouvrier, comme cela avait été le cas au moment de la grève des transports pendant la lutte contre la réforme des retraites à l’hiver 2019-2020.
Pour autant, et il faut le noter, si l’important rapport de forces créé par les grèves a ouvert une brèche dans la lutte pour les salaires, il a débouché sur le plan revendicatif sur un résultat mitigé, avec une victoire partielle qui ne permet pas de compenser tout ce qui a été perdu en 2022 du fait de l’inflation. De ce point de vue, le rôle du gouvernement et des syndicats traîtres a été décisif. Après avoir nié la pénurie, le gouvernement a cherché à reprendre la main sur la situation en tentant de briser la grève par la bande en augmentant les importations de carburant. Face à la persistance du mouvement, le gouvernement a finalement cherché à résoudre la crise en alliant « dialogue social » et réquisitions.
Contre les grèves dirigées par la CGT, la solution des directions de Exxon et Total a en effet été de faire signer des accords a minima aux organisations « réformistes » et de cadres pour couper l’herbe sous le pied des grévistes et justifier leur répression. Celle-ci a été menée par le gouvernement au travers des réquisitions de grévistes, mesure bonapartiste qui a été entérinée par les tribunaux administratifs et a permis de démoraliser les grévistes, privés d’une partie de leur pouvoir de blocage. Le rôle de la CFDT, dont le secrétaire général s’est ouvertement opposé à la grève, a ici été décisif. Cependant, l’offensive du gouvernement a également profité d’un certain nombre de limites des grèves.
Discuter le bilan de la grève des raffineurs implique d’évoquer non seulement la politique des directions syndicales mais aussi regarder en face les limites de la direction de la grève. En effet, si la lutte des raffineurs a polarisé objectivement la situation du fait de la position stratégique des grévistes, ces derniers ne se sont pas dotés d’une politique qui leur aurait permis, de se positionner subjectivement en fer de lance d’une généralisation du mouvement. Celle-ci aurait pourtant non seulement facilité l’obtention de leurs revendications, mais aurait également permis de tenter d’arracher des revendications pour l’ensemble des travailleurs.
Or, notamment chez Total, la stratégie de la grève est restée in fine inscrite dans une logique de « pression », polarisée par l’objectif d’ouvrir des négociations. Au lieu de trouver les moyens d’accroître le rapport de forces tout au long du conflit, sur le terrain de la grève mais aussi des médias ou en construisant des alliances politiques, cette stratégie a conduit à s’en tenir aux éléments de mobilisations initiaux, tout en finissant par accepter un cadre de « négociation » biaisé dans les conditions voulues par Total. Comme chez ExxonMobil, celui-ci a accouché de l’accord qui a désarmé les grévistes. De même, au moment des réquisitions, la direction de la grève, tout en déclarant leur opposition à cette énorme attaque, n’a pas élevé le rapport de forces, par exemple en préparant en amont les grévistes à cette éventualité ou en appelant largement les autres secteurs à s’opposer, y compris physiquement, aux réquisitions.
En lien avec cette logique, la direction de la grève n’a pas mené une politique hégémonique. Tout au long du mouvement, les raffineurs ont fait grève sans chercher à s’adresser à la population et aux autres secteurs. Un choix conscient de la part d’un secteur corporatiste de la direction de la CGT Total, aidé par le manque d’intérêt pour cette question d’un autre, qui a permis de marginaliser le troisième secteur, favorable à une telle politique, que nous avons incarné avec d’autres. Si les dirigeants de la grève ont pu répondre aux mensonges de la direction de Total ou s’adresser très ponctuellement aux automobilistes, à aucun moment ils ne se sont dotés d’une politique active pour générer un élan de solidarité avec les raffineurs : interventions sur les plateaux télés autour d’un discours non-corporatiste, adresses à la population, actions symboliques, appels à la solidarité financière, etc.
Le refus d’une telle politique est directement lié à des éléments de corporatisme des directions de la grève à la CGT Total et à la CGT ExxonMobil. Or, cette limite énorme a laissé le champ libre au gouvernement et au patronat de la pétrochimie pour s’attaquer aux grévistes une fois des accords majoritaires signés, alors même qu’un soutien spontané aux grévistes existait dans le pays et aurait pu être le terreau d’une politique alternative. Dans un moment où les super-profits choquent largement et face à des géants comme Total et Exxon, un espace existait pour une telle politique qui aurait permis à la grève de tenir et gagner face à l’offensive de l’État. Une grande victoire des grèves dans les raffineries aurait probablement permis d’encourager des grèves radicales pour les salaires ailleurs en donnant un exemple pour l’ensemble de la classe.
Le très faible niveau d’auto-organisation n’a pas facilité le développement de telles politiques ou de stratégies alternatives à la direction de la grève, enfermant les grévistes dans une certaine passivité. Tout au long de la grève, on n’a vu ni action symbolique, ni présence significative aux manifestations des 29 septembre et 18 octobre (à l’exception des raffineurs de Normandie à la manifestation du Havre) ni tendances au débordement au moment des réquisitions à ExxonMobil Gravenchon et Total Flandres ou Feyzin. Il en va de même sur le terrain de la coordination entre grévistes au sein de la pétrochimie, où les raffineurs de Total, en dehors de ceux de Normandie qui l’ont tenté partiellement, n’ont pas mené une politique offensive de coordination avec ceux de ExxonMobil, qui aurait été un levier pour maintenir les grévistes de cette boîte dans la lutte.
L’absence de telles initiatives a été préjudiciable aux raffineurs, mais aussi à l’ensemble de la classe ouvrière. En effet, une politique de solidarité avec la grève aurait pu être le point de départ d’appels à l’extension du mouvement autour de revendications dépassant les limites des entreprises en grève. La popularité de la caisse de grève d’ExxonMobil, qui a récolté plus de 50 000€ ou l’écho des interventions d’Adrien Cornet sur le salaire des raffineurs montrent qu’un tel espace existait et qu’une politique plus large de solidarité aurait bénéficié d’un espace important. Or, la direction de la grève n’a pas joué ce rôle, qui aurait pu permettre de tisser des liens avec d’autres secteurs stratégiques, de s’adresser aux travailleurs plus précaires et d’exercer une pression sur les directions syndicales.
Malgré ces limites, l’offensive contre les raffineurs a été à double-tranchant pour le gouvernement, puisqu’elle a favorisé la solidarité de secteurs du mouvement ouvrier, non seulement du côté des forces oppositionnelles internes à la CGT (FNME-CGT, FNIC CGT, UD CGT 13, CGT Dockers), mais aussi de la direction confédérale. Sous pression, celle-ci a été contrainte de se retirer des concertations sur la réforme des retraites, acceptées deux semaines plus tôt, à appeler au 18 octobre, auquel s’est rallié Force Ouvrière, et à poser des dates de mobilisation interprofessionnelles le 27 octobre et le 10 novembre. Ce calendrier s’inscrit à la fois dans une volonté de canaliser la contestation autour de dates qui ont été jusqu’alors peu préparées, voire démoralisantes, et dans une stratégie de « pression » sur le gouvernement, visant à l’ouverture de négociations tripartites avec l’État et le patronat sur les salaires. Si elle n’offre que peu de perspectives, elle témoigne des contradictions de la position des directions syndicales dans la situation.
Si la mobilisation du 18 octobre a été mitigée, malgré l’entrée en grève reconductible dans le sillage des raffineurs de nouveaux secteurs – technicentre SNCF du Landy, très mobilisé localement dès le 29 septembre qui est parti en grève reconductible le 17 octobre avant d’arrêter rapidement le mouvement, grève inédite à Airbus sur les lignes de l’A320 pour 10% d’augmentation de salaires, etc – tout cela a permis de poser dans le paysage la question de la généralisation de la grève, mettant un terme à échelle d’avant-garde à la naturalisation de l’éparpillement des grèves pour les salaires. Après deux années de pandémie, la grève des raffineurs permet de refermer la parenthèse ouverte par la pandémie de Covid-19 dans le cycle actuel de lutte des classes. Une situation qui remet au premier plan la perspective de mobilisations d’ampleur à court ou moyen-terme.
Sur ce plan, l’émergence dans la grève de Total de la revendication de l’indexation des salaires (que nous avons porté avant qu’elle soit reprise par la FNIC et finalement par la direction confédérale de la CGT) constitue un point d’appui pour construire un programme pour l’ensemble des travailleurs face à la crise. De même, la diffusion de la revendication de 10% d’augmentation, portée par les raffineurs, dans une série de conflits récents, marquent un changement d’état d’esprit par rapport à la vague de grèves pour les salaires précédente. Chez AIA, Daher, Air Liquide ou Sanofi, cette revendication témoigne d’un gain de confiance de secteurs de la classe, et de la colère suscitée par les bénéfices records de nombreuses entreprises. Seul un programme alliant de telles revendications peut être le support de la construction d’une grève générale pour ne pas payer la crise.
Sur ce plan cependant, le 18 octobre a montré à quel point la généralisation de la grève ne s’opérera pas facilement. De même, l’échec totale de la journée du 27 octobre, appelée à contre-temps, rappelle à quel point la direction de la CGT peut jouer un rôle de démobilisation. Pour qu’une orientation alternative s’exprime, il faudrait soit une explosion spontanée et très radicale de secteurs de la classe ouvrière faisant basculer la situation, sur le modèle du mouvement des Gilets jaunes, soit un travail actif des directions du mouvement ouvrier pour construire un mouvement d’ensemble, voire une combinaison des deux. Or, à l’heure actuelle, la politique de la direction de la CGT, et des directions syndicales dans leur ensemble, n’est pas celle-là, et est même contre-productive pour une telle issue.
L’annonce de plusieurs dates de la part de la direction de la CGT rompt avec deux années où, après être restées passives face aux fermetures d’usines et au plus fort du Covid, les directions syndicales n’ont appelé qu’à des journées d’action espacées de plusieurs mois. Pendant une année de grèves locales sur les salaires, celles-ci n’ont ainsi jamais proposé un plan cherchant à faire converger les colères, s’adaptant au cadre néolibéral des négociations boîte par boîte.
Du point de vue de la CGT, qui garde une influence majoritaire sur le mouvement ouvrier, cette séquence met aussi en lumière ses contradictions internes. Les appels à la mobilisation successifs s’expliquent en effet à la fois par la pression par en bas mais aussi par la volonté de la confédération de ne pas apparaître trop passive comparée à ses fédérations oppositionnelles, comme la FNIC (fédération de la chimie, qui a dirigé la grève des raffineurs), en vue du congrès confédéral de mars 2023. Pour cette occasion, Martinez a déjà désigné Marie Buisson, dirigeante de la FERC-CGT (Education) et artisane du collectif « Plus jamais ça », dont le profil vise à incarner une CGT plus ouverte, notamment écolo et féministe, contre le secteur oppositionnel défendant des lignes plus ouvertement ouvriéristes. Ce dernier, à la tête duquel se trouvent l’UD13 et la FNIC, a dernièrement lancé son propre site internet, unitecgt.fr, et initié en avril 2021 un appel « pour une CGT à la hauteur des enjeux » signé par 1200 responsables CGT. Tout en défendant une posture radicale, il ne représente pas dans les faits une alternative à la direction, dont il reproduit les orientations (corporatisme, appel seul à des journées isolées, etc.)
Pour autant, dans une période de tensions sociales exacerbées, la rupture des concertations a montré que Martinez avait besoin de donner des gages sur le terrain des luttes pour s’imposer face à une opposition qui assume davantage, y compris publiquement, sa distance avec la direction confédérale. Cette décision pourrait amener d’autres syndicats à se repositionner. A l’image de Solidaires qui, si tout en avançant sur le terrain du « dialogue social » dans la séquence précédente (signature du communiqué intersyndicale du 4 octobre acceptant les négociations avec Macron sur les retraites, dialogue avec le ministère de l’Éducation Nationale lors de la journée de grève du 13 janvier), a cherché à se positionner comme l’aile pro-reconductible suite au changement de ton de la CGT. Une posture incantatoire qui ne cherche pas réellement à construire la grève reconductible, mais cherche à dialoguer avec la pression à la base, avec en vue les prochaines élections professionnelles.
Des contradictions pourraient également s’exacerber du côté d’autres syndicats, notamment FO. Ce syndicat, plus hétérogène politiquement, oscille depuis longtemps entre une position CFDT ou CGT. Après un boycott de la manifestation du 29 septembre qui était une nouveauté, sa direction a finalement appelé au 18 octobre, malgré un refus public d’y participer de sa principale fédération, la métallurgie. Cette dernière incarne une aile de collaboration de classe ouverte, qui se retrouve dans certains secteurs de FO, mais qui pourrait être mise sous tension par la situation, comme l’a montré la grève à Airbus sur les chaînes de l’A320 où 70% des grévistes étaient des syndiqués FO, en grève contre la volonté de leur syndicat.
Du côté de la CFDT, le positionnement assumé de sa direction, dont témoignent les sorties brutalement anti-grèves de Laurent Berger face aux raffineurs, n’ont pour l’instant pas produit de contestation ouverte. Cependant les contradictions à la base, notamment vis-à-vis des secteurs de la deuxième ligne dont il prévoit une « révolte », ne doivent pas être sous-estimées. Alors que Berger a été mis en minorité lors du dernier congrès sur une question clé, les délégués réaffirmant leur opposition à tout report d’âge de départ à la retraite, il n’est pas exclu que des tensions en interne s’exacerbent – ce qui explique la posture soi-disant ferme de Berger sur la question d’une mesure d’âge sur les retraites — ou que des mouvements se développent dans des entreprises où le syndicat est implanté.
Le revirement brusque de la CGT montre en tout cas comment, dans un contexte de crise économique et de crise des corps intermédiaires, accentuée par la mise en place des CSE depuis 2020 et la ligne dure de Macron pendant le premier quinquennat, les directions syndicales peinent à s’orienter et oscillent entre collaboration ouverte et obligation d’appeler à des mobilisations. Des éléments de faiblesses qui peuvent favoriser des expressions de colère non contrôlées dans les entreprises et qui ouvrent un espace pour un courant lutte de classes dans les syndicats.
La constitution de la NUPES à l’initiative de Mélenchon constitue la tentative de la gauche institutionnelle de capitaliser « à retardement » sur la séquence de lutte de classe qui, du printemps 2016 avec le mouvement contre la loi El Khomri aux grèves et manifestations de 2019-2020 en défense des retraites, ainsi qu’aux marches pour le climat et aux mobilisations contre les violences policières, a été marquée par une suite de grands mouvements sociaux. Le gel de la lutte des classes durant le confinement a plutôt aidé LFI en ce sens. Pour Mélenchon, l’horizon de la NUPES est de construire une opposition parlementaire et institutionnelle, avec LFI à sa tête, en pariant à court et moyen-terme sur un approfondissement de la crise politique qui conduirait à la convocation d’élections législatives anticipées.
Dans le même temps, face à la situation sociale, Mélenchon se voit obligé de faire des incursions tactiques sur le terrain social. Ceci s’est exprimé ces dernières semaines par la marche du 16 octobre, qui en annonce d’autres, ou par le soutien affiché à des grèves locales ou à la grève des raffineurs. Ces éléments qui viennent compléter la stratégie parlementaire répondent à plusieurs objectifs : d’abord, reprendre l’initiative après la séquence électorale qui n’a pas permis à LFI de se consolider autant que Mélenchon l’entendait, ensuite, occuper préventivement le terrain social au moment celui-ci pourrait être rapidement explosif. Jean-Luc Mélenchon a assumé ainsi cet été qu’il n’était pas possible de se contenter de la lutte parlementaire, et LFI tire probablement des bilans du 1er quinquennat où les phases de lutte de classes l’ont placé au second plan de la situation politique, notamment au moment du mouvement des Gilets jaunes sur lequel la FI n’a pas capitalisé.
Parce qu’il s’agit de permettre à Mélenchon d’apparaître comme l’opposant numéro 1 à Macron, cet effort sur le terrain social s’accompagne d’un rejet, plus ou moins assumé, des méthodes traditionnelles du mouvement ouvrier. Le rapport à la grève des raffineurs est ici emblématique. En pleine promotion de la marche du 16 octobre, les principales figures de la FI ont ignoré ouvertement la grève des raffineurs tout au long de ses premières semaines, Mélenchon allant jusqu’à invisibiliser la grève sur les plateaux télés lorsqu’il était interrogé sur les pénuries de carburant. Finalement, lorsque le conflit s’est nationalisé et que le gouvernement a commencé à s’en saisir, les députés ont opéré un tournant pour se positionner comme le relai dans les médias et à l’Assemblée de la lutte des raffineurs, sans pour autant reprendre à leur compte le programme de la grève.
Si Mélenchon veut jouer sur les deux tableaux, et mobilise comme Aurélie Trouvé la mythologie réformiste construite autour du « front populaire », la stratégie reste donc moins d’articuler grèves et luttes parlementaires que d’afficher son soutien à toutes les formes de luttes, institutionnelles et sociales, tout en subordonnant les secondes aux premières. Dans les faits, cela conduit à rejeter objectivement tout développement autonome de la lutte des classes et des grèves ouvrières et à s’opposer à ce que la classe ouvrière se développe comme sujet politique hégémonique, capable de prendre en charge, en alliance avec l’ensemble des opprimés, la lutte pour un programme face à la crise, contre le gouvernement, mais aussi contre toutes les formes de domination et pour le renversement du capitalisme [1] .
Cette opposition passe par le maintien de la division entre grèves dans les entreprises, d’une part, et lutte politique – nécessairement parlementaire et institutionnelle pour Mélenchon –, d’autre part, mais aussi par la dilution dans le peuple des travailleurs. Mélenchon assume cette logique en tendant à formuler et à théoriser, de façon certes ambigüe, une distinction entre le « peuple » qu’il veut mobiliser et les « salariés » capables de faire grève. Une dilution qui va parfois jusqu’à distinguer les « salariés » du peuple. Dans un texte récent, Mélenchon note ainsi : « la stratégie de Front populaire est celle qui veut rassembler dans une même mobilisation les deux acteurs fondamentaux que sont le Peuple et les salariés », distinguant ainsi ces deux acteurs et leurs méthodes, tout en expliquant par ailleurs que « le peuple, ce sont bien sûr les salariés, mais c’est aussi tous les autres. Nous avons le devoir et la responsabilité politique d’appeler à la lutte les retraités, les chômeurs, les précaires, les lycéens, les étudiants. Ils ne sont pas salariés mais ils sont le peuple. (…) » Ce n’est pas un hasard si les catégories « non-salariées » associées au « peuple » évoquées ici constituent une partie importante de l’électorat de Mélenchon à l’élection présidentielle.
La valorisation du « peuple » va par ailleurs de pair avec un désintérêt pour la question stratégique de l’unification du salariat ouvrier. Alors que les résultats de la présidentielle sont éloquents sur la façon dont ce dernier se répartit aujourd’hui entre l’extrême-droite, la gauche et l’abstention comme l’a montré Jérôme Fourquet : « Tout se passe comme si le candidat « insoumis » bénéficiait d’une meilleure assise dans les couches les plus modestes et précaires, quand Marine Le Pen prendrait l’avantage dans les segments plus insérés des milieux populaires. L’analyse par niveau de revenu net mensuel confirme ce diagnostic, Mélenchon ne surclassant son adversaire que parmi les personnes disposant de moins de 900 euros de revenus nets mensuels, parmi lesquels sans doute un certain nombre de bénéficiaires d’allocations, qui sont moins nombreux parmi ceux dont le revenu net dépasse 1 300 euros et qui votent moins Mélenchon. À ce clivage économique et statutaire parcourant les classes populaires, s’ajoute dans le salariat un clivage syndical. Mélenchon devance Le Pen parmi les salariés se disant proches d’un syndicat (35% contre 22%), alors qu’il est nettement distancé au sein des salariés sans sympathie syndicale (19% contre 28%). »
Malgré cette influence du RN sur certains secteurs ouvriers, le manque d’entrain pour résoudre ce problème central ouvre une brèche pour que des figures comme François Ruffin ou Fabien Roussel, tous deux issus du Nord de la France, s’en emparent, en défendant la constitution d’un bloc électoral plus centré sur les ouvriers blancs, les « fâchés pas fachos », et la nécessité d’arracher des secteurs de celle-ci à l’extrême-droite. Un problème que ces derniers résolvent sur un terrain électoraliste, avec une logique souvent réactionnaire, en cherchant à mettre sous le tapis des questions comme le racisme et les violences policières du côté de Ruffin, ou en reprenant carrément des éléments de discours associés à la droite sur la sécurité, l’immigration ou l’assistanat du côté de Roussel. Ce débat devrait continuer à se mener dans les années à venir, voire se renforcer du fait de la lutte de classes mais aussi des futures échéances électorales.
L’orientation stratégique de LFI va de pair avec un refus pour le moment de structurer une organisation qui permettrait de consolider une base militante durable. L’hypothèse d’une tentative d’avancer sur le terrain organisationnel pour consolider la position acquise par LFI à gauche, structurer une force militante pérenne et préparer l’après-Mélenchon, en finissant avec la direction « de clique » qui prévaut depuis la création de la FI, était ouverte après les élections législatives. Elle semble battue en brèche par les orientations qui prévalent ces derniers mois.
A ce titre, la proposition formulée par Clémentine Autain de franchir une « nouvelle étape organisationnelle » en trouvant « l’équilibre qui permet de garder de la réactivité, une capacité à prendre des initiatives rapidement, tout en assurant une meilleure collégialité aux décisions et une place plus grande à l’échelon local » a été non seulement ignorée mais perçue comme une offensive en interne. Ce qui prévaut à l’heure actuelle reste la volonté de conserver des forces militantes autour des circonscriptions, ce qui permet de rester préparé aux prochaines élections, mais sans réelle structuration, et ce tout en restant ouvert à des cadres ad hoc « unissant syndicat, partis et associations » comme le note Mélenchon.
Pour élargir son assise dans la société et maintenir mobilisée une partie de sa base, la FI tente cependant de structurer une force universitaire en cooptant la direction de L’Alternative, fédération de syndicats étudiants de gauche, et en s’adressant de façon importante à la jeunesse étudiante avec une tournée dans les universités. Mais ce qui prévaut en général ce sont des cooptations individuelles, de figures écologistes (Alma Dufour des Amis de la Terre), féministes (Caroline De Haas), ou de l’alter-mondialisme (Aurélie Trouvé de ATTAC), sans volonté de construire des médiations permettant de peser à l’intérieur des mobilisations pour le moment. D’ailleurs, la dévitalisation actuelle du Parlement de l’Union Populaire, dirigé par Aurélie Trouvé, qui constituait une tentative de forger une articulation entre LFI et les mouvements sociaux montre combien celle-ci n’est pas une priorité, et reste finalement limitée à une politique électoraliste.
Une dynamique qui fragilise potentiellement LFI, comme l’a montré l’affaire Quatennens où le soutien affiché par Mélenchon de façon unilatérale après les révélations de violences conjugales ont ouvert une crise en interne. Cette affaire, qui survient après plusieurs affaires liées aux violences sexistes et sexuelles dans les organisations de la NUPES, a secoué la FI ainsi qu’EELV, générant un certain désaveu de Jean-Luc Mélenchon à échelle d’avant-garde et dans la jeunesse et un refroidissement de l’élan post-législatives. En l’absence de concurrence, la coalition formée en juin semble malgré tout tenir ces derniers mois, avec une prédominance de l’accord stratégique entre les forces politiques en dépit de divergences tactiques internes. A l’heure actuelle, les principales dynamiques qui traversent la NUPES sont ainsi la consolidation d’un noyau de direction hégémonisé par LFI en alliance avec le Parti Socialiste, une tentative du PCF d’exister par les polémiques publiques mais sans chercher à rompre avec la NUPES, et un affaiblissement des Verts fragilisés en lien avec « l’affaire Bayou » qui touche le secrétaire général de l’organisation.
Tout cela n’exclue pas les divergences ouvertes, à l’image de celles qui se sont exprimées autour des motions de censure successives de LFI que n’ont pas souhaité appuyer le PS et les Verts, mais toujours dans le cadre de la coalition électorale. De ce point de vue, la perspective d’une dissolution de l’Assemblée aide à maintenir la coalition électorale. En revanche, il faudra être attentifs aux dynamiques des Congrès à venir d’EELV (décembre), du PS (fin janvier) et du PCF (avril), qui pourraient exprimer des contradictions avec les secteurs de ces partis défendant l’indépendance vis-à-vis de LFI et/ou un projet plus libéral de centre-gauche, celles-ci étant les plus vives au sein du PS. Les discussions autour des élections européennes pourraient également mettre à l’épreuve l’alliance électorale.
Si la NUPES demeure un acquis du point de vue de la gauche institutionnelle qui offre à celle-ci une importante représentation, et a multiplié les nouvelles figures notamment du côté de LFI, la lutte des classes des mois à venir pourrait mettre à l’épreuve la coalition. Alors que le Parlement de l’Union Populaire est largement dévitalisé et que le centre de gravité de la NUPES est parlementaire, sa capacité à orienter les mouvements de protestation à venir apparaît limitée, sans commune mesure avec les anciennes organisations réformistes. Un constat qui n’empêche pas une canalisation a posteriori des phénomènes de lutte des classes, sur le modèle chilien, et qui souligne l’actualité d’une bataille politique contre l’orientation portée par la gauche institutionnelle.
Tous ces éléments permettent répondre de façon assez claire à l’interrogation portée encore récemment par la direction majoritaire du NPA dans un récent article : « La France insoumise et la NUPES peuvent-elles jouer un rôle significatif dans la construction des mobilisations  ? Les liens tissés entre militantEs dans le cadre des dernières élections législatives peuvent-ils y contribuer   ? » mais aussi à l’idée qu’il y aurait une « reconstruction de la conscience de classe qui s’opère par le vote Mélenchon ». A l’heure actuelle, la construction de « mobilisations » reste subordonnée à des démonstrations déconnectées de la construction d’un rapport de forces, dans une logique qui, loin de favoriser la reconstruction de la « conscience de classe », tend à travailler activement à la dilution de la centralité de la classe ouvrière et à sa passivisation. Dans le même temps, LFI est loin de chercher à être le creuset de la reconstruction de médiations visant l’affrontement avec le gouvernement et le patronat en dehors du terrain parlementaire.
Lors de la présidentielle, Mélenchon a pu bénéficier en partie de la crainte suscitée par le renforcement de l’extrême-droite. Mais les élections législatives ont conduit à une explosion probablement définitive du « front républicain » comme politique historique des partis du régime face à l’extrême-droite, Renaissance refusant de trancher une orientation nationale sur ce plan et renvoyant fréquemment les « extrémistes » du RN et de la NUPES dos-à-dos. Une politique qui permet d’envisager de futures coalitions « à l’italienne » avec l’extrême-droite. De même, le barrage « par en bas » s’est effrité au sein d’une partie de l’électorat de gauche qui, par anti-macronisme, s’est fortement abstenu au second tour des législatives dans les duels opposant Renaissance à l’extrême-droite.
Alors que les législatives ont donné un important groupe parlementaire à l’extrême-droite, avec l’élection inédite de 89 députés à l’Assemblée nationale, et que l’extrême-droite bénéficie de l’offensive autoritaire et raciste du gouvernement, comme en a témoigné l’émergence d’une figure comme Zemmour à l’issue du quinquennat Macron, cette préoccupation est loin d’avoir disparu. Ce qui prime à gauche et à l’extrême-gauche face à la perspective d’un retour de l’extrême-droite, c’est l’idée que celle-ci serait synonyme de retour du « fascisme ». A l’extrême-gauche, et notamment au NPA, le corollaire de cette conception – qui confond orientations idéologiques et nature du régime – est la prédominance d’une logique de « moindre mal », qui fait de l’élection des réformistes un enjeu prioritaire à court-terme et conduit à une subordination politique à leur stratégie.
Contre ces conceptions, nous avons en 2017 et 2022 insisté sur le fait que l’opposition entre Marine Le Pen et Macron n’était pas une opposition entre le fascisme et une forme dégradée, voire autoritaire, de démocratie bourgeoise, mais l’opposition entre deux types de bonapartisme. Comme nous le notions alors : « en vertu de l’état actuel des rapports de classes, du positionnement de la bourgeoisie comme de l’état du mouvement ouvrier, et du type d’assises sociales-électorales très composites qui sont les siennes, bien que Marine Le Pen ait gardé ses racines néofascistes comme certaines franges du FN (qu’elle s’efforce de cacher), bien que sa stratégie de dédiabolisation ne signifie en rien l’abandon d’objectifs politiques ultra-réactionnaires et destructeurs (par quoi l’on peut dire que le FN a des traits néo-fascistes combinés à des traits plus « simplement » ultra-conservateurs), même dans l’hypothèse de sa victoire à l’élection présidentielle, le régime de la Ve République ne se transformerait pas en régime « fasciste » pour autant. Cela marquerait indéniablement un pas en avant important dans le sens du renforcement du tournant bonapartiste déjà existant du régime. D’une part il est évident qu’un tel renforcement serait l’objectif de Marine Le Pen, exacerbant qualitativement toutes les potentialités xénophobes, racistes, antisociales et anti-ouvrières déjà portées par les institutions de la Ve République, mais en en radicalisant le plus loin possible les attendus nationalistes. »
Ce constat est renforcé par la dynamique actuelle du RN, que les législatives ont propulsé à une nouvelle place au sein du régime. Le parti de Marine Le Pen est en effet en train d’avancer dans son intégration au régime, et de se transformer tendanciellement en force d’alternance potentielle. Cette transformation qualitative en cours est le produit d’une succession de transformations qui prennent racine dans la politique de « dédiabolisation » lancée par le tandem Marine Le Pen – Florian Philippot au début des années 2010. Sous l’impulsion du second, celle-ci réarticule le projet xénophobe et raciste du FN dans un discours gaullo-souverainiste, marqué par la critique de l’Union Européenne et de l’euro (particulièrement vive dans la période 2010 – 2016), et renforce de façon importante son adresse aux classes populaires sur un terrain social. Dans le même temps, l’organisation se présente comme « anti-système » pour canaliser la contestation sociale et la colère contre les politiques d’austérité.
Sur la base notamment du bilan du débat de second tour, où le choix d’un discours offensif renforçant les traits les plus populistes du RN a été perçu comme responsable de l’échec face à Macron, le FN opère un nouveau tournant et lance une « refondation » qui aboutit à la création du RN en 2018. Marine Le Pen limoge à cette occasion son bras droit Florian Philippot, abandonne l’opposition à l’Union Européenne et amorce une nouvelle étape dans le « recentrage » du parti. Celui-ci est marqué par l’abandon de la sortie de l’euro, l’engagement pris dans L’Opinion à rembourser les dettes publiques ou encore un recul sur la promesse de retraite à 60 ans.
Ce recentrage politique, qui s’est exprimé fortement dans le débat de l’entre-deux tours face à Emmanuel Macron, est renforcé par la place occupée par le RN dans le régime après la crise ouverte par les élections législatives. La crise politique ouverte offre en effet un rôle de pivot à l’extrême-droite, qui entend s’en saisir pour renforcer sa légitimité institutionnelle, en cherchant à incarner une opposition responsable, capable de voter avec le gouvernement, comme il l’a fait sur la loi pouvoir d’achat. Ceci n’empêche pas le RN de jouer sa partition, de maintenir une posture d’opposition, et de jouer sur la corde populiste à l’Assemblée, comme avec le récent vote de la motion de censure qui a mis à la défensive le macronisme et même la NUPES, tout en faisant apparaître LR comme pro-Macron.
Quand bien même le Rassemblement National est loin d’avoir pour l’heure les faveurs de secteurs significatifs de la bourgeoisie, ces éléments rendent possible l’arrivée à moyen-terme de l’extrême-droite au pouvoir en France. En même temps, le travail de légitimation institutionnelle du RN intensifie la tension entre sa posture « populiste » de l’extrême-droite et son ancrage dans le « système ».
On l’a vu, la crainte de l’extrême-droite a favorisé le ralliement de figures d’extrême-gauche et de collectifs et figures de l’antiracisme à la candidature de Jean-Luc Mélenchon au premier tour de l’élection présidentielle, et à l’idée plus large que la lutte contre l’extrême-droite impliquerait de serrer les rangs derrière la gauche néo-réformiste. C’est ainsi que la direction majoritaire du NPA est entrain de capituler et de se préparer à liquider toute indépendance politique, en expliquant : « se refuser à agir pour ne pas se compromettre est un privilège que nous ne pouvons plus nous permettre dans ces temps où la crise écologique et la montée du fascisme redonnent une actualité à l’alternative “socialisme ou barbarie”. »
A l’inverse de cette logique qui conduit à se subordonner à la stratégie institutionnelle de la NUPES, nous considérons que la clé face aux multiples crises actuelles, à l’exacerbation des tensions entre puissances, et à tous les éléments qui font le lit du durcissement des régimes et de l’extrême-droite, se situe sur le terrain de la lutte des classes. C’est la classe ouvrière, mobilisée avec ses méthodes, en alliance avec l’ensemble des opprimés et autour d’une politique révolutionnaire qui peut construire une issue durable à la crise, contre le gouvernement, l’extrême-droite et ce système pourrissant.
Pour cela, l’unité de la classe ouvrière sera décisive. Les grèves des derniers mois, à commencer par celle des raffineurs, et des dernières années ont montré combien le patronat et le gouvernement étaient capables de tout mettre dans la balance pour ne pas répondre à nos revendications. Pour créer un rapport de forces à même de les faire plier, il faut mettre en branle au même moment les différents secteurs de notre classe qui ont accumulé ces dernières années de nombreuses expériences de luttes, sans jamais converger pour frapper tous ensemble. Pour cela, il faut défendre un programme adapté à la situation actuelle, prenant en compte tous les aspects de la crise, tous les problèmes de la classe ouvrière, dont les précaires, chômeurs et retraités font partie, et s’adressant plus largement aux autres couches exploitées et opprimées. Un programme qui, pour proposer une réponse à la crise, devra nécessairement aller au-delà « des limites de la propriété capitaliste et de l’État bourgeois », en s’inspirant de la logique du « programme d’action » développé par Trotsky dans les années 1930, et en l’articulant avec des revendications immédiates dans le sens de la campagne que nous avons initié en cette rentrée.
Comme l’a montrée la grève des raffineurs et les mouvements nationaux avant elle, cette bataille pour l’unité de la classe se mènera en lutte contre la politique des directions syndicales. Celles-ci ont systématiquement entretenu le corporatisme et la division de notre classe ces dernières années tout en imposant des stratégies de la défaite. Contre leurs stratégies de pression, il faut construire une grève reconductible sur la base d’un programme qui permette de mobiliser l’ensemble des secteurs de la classe ouvrière, en s’adressant à toutes celles et ceux qui pourraient être gagnés aux offensives anti-grévistes du gouvernement et de l’extrême-droite ou à la politique de dialogue social de la CFDT.
Pour défendre cette orientation, il faut commencer d’ores et déjà à coordonner et à regrouper par en bas les secteurs d’avant-garde qui comprennent la nécessité d’une telle politique. De tels regroupements, sur le modèle des coordinations pendant la grève, devraient promouvoir une solidarité active avec les grèves en cours, mettre en avant la nécessité d’un plan de bataille mais également commencer à incarner une orientation alternative à celles des directions syndicales.
Une orientation qui défende un programme offensif pour refuser de payer la crise, mais qui ne se limite pas au terrain économique. Contre l’offensive autoritaire et le durcissement du régime, utilisé pour attaquer nos droits, il faut exiger d’en finir avec la Vème République et ses dispositifs d’exception et défendre un programme démocratique radical, à commencer par la suppression de l’institution présidentielle, du Sénat et la création d’une chambre unique concentrant les pouvoirs législatifs et exécutifs dont les membres seraient élus pour deux ans et révocables.
Dans une période de crise où les attaques pleuvent contre les personnes minorisées, le mouvement ouvrier doit également reprendre haut et fort les revendications de celles et ceux qui luttent contre les oppressions, en s’alliant avec les mouvements anti-racistes, féministes, LGBT ainsi qu’avec la jeunesse, organisée dans le mouvement étudiant ou le mouvement écologiste. Ces mouvements, au sein desquels des ailes radicales se détachent, reprenant à leur compte la question de la « grève » appliquée à leurs luttes, ont joué et continueront à jouer un rôle important dans l’opposition au gouvernement. Porter en leur sein une politique pro-ouvrière mais aussi révolutionnaire sera décisif.
Un mouvement ouvrier qui reprend confiance en ses forces, lutte pour son unité, scelle une alliance avec l’ensemble des secteurs opprimés et commence à mener le combat pour refuser de payer la crise constituerait une force immense, capable d’arracher des revendications importantes et d’écraser l’extrême-droite. Une telle dynamique pourrait ouvrir la voie à une lutte révolutionnaire qui ne pourra aboutir qu’à l’échelle internationale mais qui constitue le seul moyen de balayer définitivement Macron, l’extrême-droite et les menaces immenses que font peser la crise écologique ou l’accélération de la militarisation des grandes puissances sur la survie de l’humanité.
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