L'année 2022 en dix événements marquants dans le monde – Charente Libre

Le 24 février, Vladimir Poutine envahit l’Ukraine, plongeant le monde dans une crise inédite depuis la fin de Guerre froide. Face aux pays de l’OTAN qui affichent leur soutien à l’Ukraine, le Président russe agite le spectre de l’arme nucléaire, en se disant prêt à utiliser « tous les moyens » dans son arsenal. La guerre entraîne le plus important afflux de réfugiés en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Les Occidentaux infligent à la Russie des sanctions économiques, durcies au fil du temps, tout en livrant des armes à l’Ukraine qui obtient aussi le statut de candidat à l’UE.
En septembre, Poutine décrète la mobilisation de quelque 300.000 réservistes et signe l’annexion de quatre territoires ukrainiens occupés dans la foulée de « référendums », alors que l’armée russe accumule les revers sur le terrain. Après l’abandon de la région de Kharkiv (sa première prise), Moscou ordonne début novembre le retrait de ses forces de Kherson (Sud). La Russie lance des centaines de frappes de rétorsion contre les réseaux énergétiques ukrainiens, plongeant des millions d’Ukrainiens dans le noir et le froid.
La flambée des prix, amorcée en 2021 par la désorganisation des chaînes de distribution combinée à la forte demande de produits et services essentiels au redémarrage des économies après le covid, accélère en 2022 pour atteindre des niveaux inédits depuis les années 1970-80.
L’inflation atteint 10,1 % en novembre dans la zone euro. Elle devrait s’établir à 8 % au quatrième trimestre dans les pays du G20, grevant la croissance dans le monde en faisant monter les coûts de production des entreprises. Elle est alimentée par la guerre en Ukraine qui plonge l’Europe dans une profonde crise énergétique. La Russie, sous le coup de sanctions occidentales, frappe le point faible de l’UE : sa dépendance au gaz russe.
« L’économie mondiale subit sa plus grave crise énergétique depuis les années 1970 », souligne l’OCDE.
Pour maîtriser l’inflation, la Banque centrale américaine relève agressivement ses taux directeurs depuis mars, atteignant désormais son niveau le plus élevé depuis 2007, la Banque centrale européenne lui emboîtant le pas.
En juin, la Cour suprême des États-Unis rend à chaque État la liberté d’interdire les avortements sur leur sol, en enterrant l’arrêt emblématique « Roe v. Wade » de 1973. Après cette volte-face, une vingtaine d’États interdisent totalement ou limitent profondément le droit à l’interruption volontaire de grossesse (IVG), et ce sujet s’impose parmi les thèmes de la campagne des élections de mi-mandat.
En novembre, celles-ci ne débouchent pas sur la « vague » conservatrice qui était attendue par les soutiens de l’ancien Président Donald Trump. Les démocrates conservent le contrôle du Sénat, et les républicains ne remportent qu’une courte majorité à la Chambre des représentants. Donald Trump annonce malgré tout dans la foulée sa candidature à l’élection présidentielle de 2024. La bataille pour l’investiture républicaine promet d’être âpre, avec plusieurs autres candidats potentiels dont le gouverneur de Floride Ron DeSantis, étoile montante de la droite dure américaine.
À la fin de l’année, le Président démocrate Joe Biden signe une loi protégeant le mariage homosexuel dans l’ensemble des États-Unis, pour éviter un retour en arrière de la Cour suprême en la matière.
Après une succession de scandales et une avalanche de démissions au sein de son gouvernement, le Premier ministre conservateur Boris Johnson démissionne en juillet. Liz Truss est officiellement nommée pour lui succéder à Downing Street par la reine Elizabeth II deux jours avant le décès, le 8 septembre, de la souveraine, après 70 ans de règne. Le 10, Charles III est proclamé roi. Premier ministre le plus éphémère dans l’histoire moderne du pays, Liz Truss tient seulement 44 jours avant de démissionner à son tour, ayant provoqué une crise politique et financière avec son programme économique radical.
Rishi Sunak arrive au pouvoir fin octobre, dans une période d’instabilité sans précédent au Royaume-Uni. Il est le cinquième Premier ministre britannique depuis le référendum sur le Brexit en 2016. Des défis immenses attendent l’ex-banquier et ministre des Finances de 42 ans : inflation de plus de 10 %, système de santé déclinant…. La fin d’année est marquée par une succession de grèves de nombreuses catégories professionnelles.
L’année 2022 voit se multiplier les catastrophes liées au réchauffement climatique. L’été est le plus chaud jamais enregistré en Europe, records de températures et canicules provoquant sécheresse et dramatiques incendies (plus de 660.000 hectares de forêts brûlés de janvier à la mi-août dans l’UE, un record). Les glaciers des Alpes enregistrent une perte record de masse de glace. Au moins 15.000 décès sont directement liés à cette chaleur sur le vieux continent, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Si les projections pour cette année se confirment, les huit années de 2015 à 2022 seront les plus chaudes jamais enregistrées, s’alarme l’Organisation météorologique mondiale (OMM).
Après des négociations difficiles, la conférence de l’ONU sur le climat (COP27) se termine le 20 novembre à Charm el-Cheikh (Égypte) avec un compromis sur l’aide aux pays pauvres affectés par le changement climatique, mais aussi sur un échec à fixer de nouvelles ambitions pour la baisse des gaz à effet de serre.
Le 16 septembre, Mahsa Amini, une Kurde iranienne de 22 ans, décède à l’hôpital, trois jours après son arrestation par la police des mœurs qui lui reprochait d’avoir enfreint le code vestimentaire de la République islamique, imposant aux femmes le port du voile en public. Sa mort déclenche une vague de manifestations à travers l’Iran, sans précédent depuis la Révolution islamique de 1979. Les jeunes femmes sont à l’avant-garde de la contestation, certaines retirant et brûlant leur foulard en défiant les autorités sur des vidéos.
Les manifestations pour la liberté des femmes se transforment progressivement en un mouvement plus large dirigé contre le régime islamique, gagnant les rues, les universités et même les écoles, malgré la répression. Les autorités font état de plus de 300 morts, une ONG basée en Norvège en recense au moins 469.
La stratégie « zéro Covid » du pays, entraînant des confinements de quartiers ou villes entières dès l’apparition de foyers, déclenche fin novembre des manifestations d’une ampleur inédite depuis des décennies. Les autorités y réagissent par la répression, puis finalement en décembre par un allégement général des règles sanitaires pour apaiser la colère populaire et redresser une économie chancelante. Fin décembre, la Chine annonce finalement qu’elle mettra fin le 8 janvier aux quarantaines obligatoires à l’arrivée dans le pays, dernier vestige de sa stricte politique sanitaire du « zéro Covid ». Depuis ces allégements, les cas de covid dans le pays explosent et de nombreux pays décident de restrictions à leurs frontières.
Après quatre années au pouvoir, le président d’extrême droite du Brésil, Jair Bolsonaro, est battu de justesse par l’icône de la gauche Luiz Inácio Lula da Silva à l’élection présidentielle du 30 octobre, au terme d’une campagne délétère. Lula, qui avait connu la prison pour corruption (2018-2019) avant de voir ses condamnations annulées par la justice, effectuera officiellement son retour au sommet de l’État brésilien le 1er janvier 2023. Son succès semble consacrer le retour en puissance de la gauche en Amérique Latine.
En Europe en revanche, les ultra-conservateurs engrangent des succès retentissants aux élections législatives dans plusieurs pays, à commencer en avril par la quatrième victoire d’affilée du parti du dirigeant nationaliste hongrois Viktor Orban. En France, le Rassemblement National (extrême droite) de Marine Le Pen réalise une percée historique en juin, devenant le premier parti d’opposition à l’Assemblée nationale, où le chef de l’État Emmanuel Macron perd la majorité absolue.
Le parti nationaliste et anti-immigration, les Démocrates de Suède (SD) est le grand gagnant des élections de septembre, devenant la deuxième force politique du pays. En Italie, Giorgia Meloni remporte une victoire historique en septembre avec son parti post-fasciste Fratelli d’Italia, et est nommée en octobre chef de gouvernement.
Après deux ans de conflit, le gouvernement fédéral éthiopien et les autorités rebelles de la région du Tigré (nord) signent le 2 novembre à Pretoria un accord de « cessation des hostilités », censé mettre fin à une guerre décrite par des ONG comme l‘« une des plus meurtrières au monde ». Après cinq mois de trêve, les combats avaient repris fin août. Le conflit opposant depuis novembre 2020 l’Éthiopie, appuyée notamment par des forces de l’Erythrée voisine, aux autorités rebelles du Tigré a été marqué par de possibles crimes contre l’humanité commis par « toutes les parties » selon l’ONU. Il a déplacé plus de deux millions d’Ethiopiens.
Outre un désarmement des rebelles, l’accord de paix doit notamment permettre l’acheminement d’aide humanitaire au Tigré, quasiment coupé du monde et dont les six millions d’habitants sont privés de nourriture et de médicaments depuis plus d’un an. Le premier convoi d’aide depuis fin août arrive le 16 novembre.
L’organisation du Mondial-2022 au Qatar – du 20 novembre au 18 décembre – entraîne un déluge de critiques sur le petit État du Golfe. Le premier pays arabe à organiser l’événement est mis en cause à propos du traitement des travailleurs étrangers, des LGBT + et des femmes, ou encore de la climatisation de ses stades à l’heure du réchauffement climatique. Le sort des travailleurs migrants – rouages essentiels d’un pays où les Qataris ne représentent que 10 % d’une population de trois millions d’habitants – est pointé du doigt. Certains médias avancent le chiffre de milliers de morts sur les chantiers, bilan que Doha dément. Cerise sur le gâteau, une eurodéputée grecque, qui détenait à son domicile bruxellois des sacs de billets de banque, est mise en cause dans un retentissant scandale de corruption impliquant le Qatar.
Suite à la menace de sanctions sportives par la Fifa, instance dirigeante du football mondial, aucune sélection ne fait porter à son capitaine le brassard anti-homophobie « One Love » quand débute le tournoi. Les critiques s’expriment par quelques gestes symboliques (bâillon mimé par les joueurs allemands, des ministres européens arborant le brassard arc-en-ciel en tribune). Le 18 décembre, après 36 ans d’attente, 120 minutes et une séance de tirs au but, l’Argentine décroche sa troisième étoile face à la France, tenante du titre.

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