Robert Schumann atteint de syphilis : histoire d'un tabou – Medscape France

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Dr Angela Speth
13 décembre 2022
Les idées délirantes qui tourmentaient le compositeur Robert Schumann dans les dernières années de sa vie étaient-elles une conséquence tardive de la syphilis ? Si le sujet a été longtemps nié par « pudeur », depuis la publication de son dossier médical et son analyse par deux neurologues [1], on peut en conclure que la réponse est clairement affirmative.
Les discussions autour du diagnostic de la syphilis mettent en lumière les aspects particulièrement tragiques de cette infection. Au 19e siècle, les patients souffraient non seulement de tourments physiques et psychiques liés à la maladie, mais aussi des traitements peu efficaces et d’un sentiment de honte et de culpabilité dues à une prétendue immoralité. Ces malades et leurs proches faisaient tout leur possible pour démentir le moindre soupçon, dans une société où régnait encore une certaine forme de névrose sexuelle.
 
La syphilis est apparue en Europe vers 1500 et s’y est rapidement propagée. Les millions de personnes qui l’ont contractée ont souvent été contaminées à plusieurs reprises, souffrant d’aliénation mentale au bout de 10 à 20 ans. En cause : le traitement par mercure, qui n’était guère efficace et plutôt proche de l’empoisonnement, entrainant également une perte de cheveux et de dents. Ce n’est qu’en 1905 que le tréponème pâle a été découvert, et il a fallu attendre 1910 pour que le chimiste allemand Paul Ehrlich présente son Salvarsan (un composé à base d’arsenic qui n’était pas non plus exempt de toxicité).
Les personnes infectées étaient également stigmatisées car la sexualité, et a fortiori les maladies vénériennes, étaient fortement taboues. La société considérait la “maladie du désir” comme un fléau divin, une punition pour le péché et la débauche. Les malades étaient ainsi nappés d’une aura d’obscénité et de mystère, non seulement de leur vivant mais également après leur mort.
Un jeu de cache-cache a été particulièrement bien organisé et entretenu dans le cas de Robert Schumann, le compositeur romantique né à Zwickau (Saxe) en 1810. Pendant longtemps, il n’a existé que peu de sources d’information sur sa maladie, d’autant plus que les dossiers de l’asile d’Endenich, où il a passé ses deux dernières années, étaient considérés comme perdus. Leur destruction présumée était, selon certains, due à son épouse Clara, tandis que d’autres pointaient du doigt le Dr Franz Richarz, qui dirigeait cet asile et qui avait minutieusement documenté l’état et le comportement de ce patient éminent.
Vers 1990, cette chronique d’une mort prévisible a été transmise au compositeur Aribert Reimann par l’entremise de parents de Franz Richarz ― avec l’ordre de garder le silence, injonction motivée notamment par le respect du secret médical. “Pendant des décennies, j’ai vécu avec ce secret qui m’a causé beaucoup de nuits blanches“, a écrit Reimann. Finalement, en 2006, juste avant le 150e anniversaire de la mort du musicien, il décide de rendre public le dossier médical, “pour tirer enfin un trait sur les spéculations permanentes, les calomnies et les inventions douteuses.”
S’appuyant sur ces données complétées de lettres, de journaux intimes et de descriptions contemporaines, deux neurologues ont dressé un tableau détaillé[1] du déroulement de la maladie : le Pr Hansjörg Bäzner, directeur médical de la clinique de Stuttgart, et le Pr Michael Georg Hennerici, directeur médical émérite de la médecine universitaire de Mannheim (par ailleurs lui-même musicien).
Les deux auteurs démontrent que l’hypothèse d’une syphilis est devenue encore plus plausible qu’auparavant, tout en faisant référence à des opinions totalement discordantes : “Parmi les documents originaux, publiés par la société Schumann de Düsseldorf, on trouve les commentaires détaillés d’un psychiatre qui a tout fait pour rejeter ce diagnostic.” Ce médecin s’inscrivait dans une longue tradition initiée par ces prédécesseurs, qui craignaient que la divulgation du diagnostic ne nuise à la réputation du compositeur. Le Dr Franz Richarz avait d’ailleurs affirmé que la part de “production intellectuelle, et surtout artistique, inappropriée” de Robert Schumann était liée à “une maladie provoquée par le surmenage.
Dans l’idée d’infirmer l’hypothèse d’une maladie sexuellement transmissible pour expliquer l’état de Schumann, il a été avancé qu’un syphilitique ne pouvait pas avoir huit enfants sans contaminer son épouse. Mais les spécialistes s’opposent à cet argument, en rappelant que Schumann ne s’est marié qu’en 1840, soit neuf ans après le début de son infection, bien après les stades primaire et secondaire. Il n’était plus très contaminant : s’il est vrai que les spirochètes se transmettent principalement par les lésions cutanéo-muqueuses, ces dernières s’atténuent généralement au cours des premiers mois.
Les années qui suivent le baccalauréat de Schumann pourraient être tirées d’un roman d’apprentissage* : en 1828, il entame des études de droit sur l’insistance de sa mère, mais “la jurisprudence, si froide et si sèche” n’est pas sa tasse de thé. “Si je suis mon génie, il me guidera vers l’art“, lui écrit-il après deux années universitaires passées à Leipzig et à Heidelberg, au cours desquelles il voyage également en Italie.
Friedrich Wieck, professeur de piano à Leipzig, l’accepte comme élève mais, sous la pression des exercices rigoureux de son professeur et de son ambition personnelle, Schumann s’abime la main droite. Un spécialiste de la médecine musicale soupçonne une dystonie focale, une “crampe du musicien”. De plus, Schumann était considéré comme peut-être trop âgé pour débuter le piano. Son rêve de devenir un virtuose et de jouer ses propres morceaux en tant que pianiste de concert s’effondre. Une tragédie pour lui mais un cadeau pour la postérité, car il doit désormais se reporter sur l’apprentissage de la composition, bien qu’il soit en grande partie autodidacte.
C’est au cours de cette période qu’il contracte la syphilis. D’après son journal personnel, Schumann suppose qu’il a été infecté par une jeune femme nommée Christel. Il note pendant plus de six ans leurs rendez-vous et les sommes d’argent qu’il lui fait parvenir. Il est permis de penser qu’elle entretenait des relations similaires avec d’autres hommes. N’imaginant apparemment pas qu’elle puisse être une prostituée, il l’appelle paradoxalement Charitas.
En mai 1831, il évoque une “méchante blessure” qui lui provoque “des douleurs mordantes et dévorantes.” En juin, sa mention du “frein du prépuce mordu par l’eau de narcisse” indique un traitement de la manifestation primaire de la syphilis, qui consiste généralement en un ulcère. Un étudiant en médecine à qui il raconte son “imprudence” se montre “embarrassé“, d’autant plus que Schumann exprime la crainte que “la culpabilité apporte la Némésis“. Il évoquera également “la saleté du vulgaire.”
Selon Bäzner et Hennerici, les connaissances des médecins contemporains étaient suffisamment étendues pour attirer l’attention de leurs patients sur les graves conséquences des aventures sexuelles. De plus, Schumann aurait connu des cas de personnes relativement célèbres à l’époque (dont, peut-être, Franz Schubert), à en lire son journal par ailleurs imprégné d’une angoisse croissante. Il aurait envisagé l’hypothèse terrifiante de devenir fou et d’être interné. Il aurait donc été conscient de la brièveté de son espérance de vie en bonne santé, ce qui aurait catalysé sa créativité. On a ensuite spéculé sur le fait que sa maladie aurait “déclenché une sensibilité accrue pour le lyrisme et les bouleversements émotionnels, de sorte qu’il était capable de composer de manière aussi magistrale.”
Schumann se tourne d’abord vers le journalisme : en 1834, il fonde avec des amis le Neue Zeitschrift für Musik et y travaille pendant dix ans comme éditeur et critique. Il rédige notamment des critiques poétiques sur Chopin et Schubert. Fils d’éditeur et de traducteur, il aime la littérature, en particulier les romans de Jean Paul (de son vrai nom Johann Paul Friedrich Richter), qui déborde d’idées poétiques comme lui-même déborde d’idées musicales. Il n’est donc pas étonnant que les pièces de Schumann soient riches en allusions littéraires, comme les Papillons . Son œuvre comprend de la musique pour piano, des lieder**, des symphonies, des pièces de concert, de la musique chorale et de chambre, ainsi que l’opéra Genoveva ― des chefs-d’œuvre d’une profonde sensibilité.
Robert Schumann et son épouse Clara Wieck
Schumann tombe amoureux de Clara Wieck, elle-même musicienne, mais sa demande en mariage se heurte à l’opposition farouche du père de la jeune femme : “Quoi, ce bon-à-rien revendique mon enfant prodige, celle qu’il a formée dès l’âge de huit ans (chose absolument inhabituelle à l’époque pour une fille, NDA) pour devenir une pianiste célèbre ? Il n’en veut qu’à ses cachets !
“La conversation avec votre père a été épouvantable (…) Je suis attaqué à la racine de ma vie“, écrit Schumann à Clara. Il ne leur reste plus qu’à se rendre au tribunal ― une démarche inouïe pour Clara, qui se rebelle contre un père à qui elle doit tant. Au bout d’un procès qui dure une année entière, ils obtiennent finalement le droit de se marier.
En 1840, l’année de son mariage, Schumann met en musique près de 150 lieder. Mais dès le mois d’octobre, Clara exprime des regrets dans son journal : “Robert dit qu’il ne peut plus composer maintenant, et ça le déprime. Cela me fait beaucoup de peine… Il est pourtant certain que cela reviendra plus tard, avec d’autant plus de force (…).” Effectivement, une décennie plus tard il composera plus de 100 chansons dans une nouvelle frénésie créatrice. C’est typique de son travail : tantôt des vagues euphoriques pleines d’énergie créative, tantôt “un évanouissement soudain.” De même, son caractère se caractérise par de fortes variations d’humeur (“la plus terrible des mélancolies“), raison pour laquelle on évoque aujourd’hui la présence d’un trouble bipolaire. Le fait qu’il stimule son imagination en fumant des cigares et en consommant parfois de l’alcool de manière excessive n’améliora pas sa santé.
En 1844, l’espoir de Schumann de succéder à Felix Mendelssohn-Bartholdy au Gewandhaus de Leipzig s’effondre. Suite à cette déception, la famille déménage à Dresde, où les deux années suivantes sont marquées par la maladie et des difficultés financières. Il se plaint de fatigue, de faiblesse nerveuse, d’angoisses, de vertiges, de troubles auditifs et de mélancolie ― probablement des manifestations du stade tertiaire, au cours duquel l’agent pathogène se propage à tous les organes.
Le déclin mental, qui est ici la phase prodromique d’une neurasthénie, s’annonce dès 1850, lorsque Schumann obtient le poste de directeur musical de la ville de Düsseldorf. Ce début est empreint de la magie tant espérée. Il est accueilli avec enthousiasme, et la famille comprenant une ribambelle d’enfants, peut enfin respirer. Enfin un poste fixe, un salaire sûr. Mais des conflits viennent bientôt assombrir ce bonheur. La Société de musique s’alarme du fait que ses représentations récoltent des critiques, on lui reproche sa rêverie, sa maladresse, sa lenteur à parler et son manque d’ouverture d’esprit.
Les musiciens s’irritent de ses accès de colère et refusent de participer aux répétitions. Son incapacité à diriger apparaît ainsi au grand jour. “Il manque à l’orchestre dirigé par Monsieur Schumann une indication solide et sûre des tempos, des battements réguliers, des commentaires clairs, précis et compréhensibles“, juge un auditeur. Un autre estime qu’il ne dispose pas de “l’endurance physique nécessaire à un chef d’orchestre : il était toujours légèrement épuisé et devait se reposer au cours des répétitions.”
Deux lueurs d’espoir dans cette ambiance misérable : la tournée de concerts acclamée du couple Schumann en Hollande et la rencontre inspirante du jeune Johannes Brahms. Schumann s’enthousiasme dans sa revue musicale : “Même extérieurement, il affichait tous les signes qui nous révèlent que c’est un appelé. Au piano, il commençait à dévoiler des choses merveilleuses. Nous étions entraînés dans des cercles magiques.
Dès l’été 1852, sa santé déficiente oblige Schumann à se faire remplacer jusqu’en décembre. La situation empire progressivement, et il doit démissionner en octobre 1854.
Selon Bäzner et Hennerici, les problèmes pourraient ― du moins en partie ― être dus à une personnalité difficile, avec un manque de compétences sociales. Un biographe rapporte ainsi que Schumann était incapable “de se mettre en relation étroite avec les autres et de leur faire comprendre son opinion; cela était dû au fait qu’il se taisait ou parlait si bas qu’on ne pouvait pas le comprendre.” Le fait qu’il marchait lentement, parfois sur la pointe des pieds, et qu’il gardait souvent les yeux presque fermés n’a probablement pas favorisé la sympathie à son égard. Selon les auteurs, son comportement ne reflétait donc en aucun cas la sentimentalité du romantisme. Mais il aurait compensé cette lacune par sa capacité d’exprimer des émotions aussi bien musicalement que par écrit, dans des lettres, des journaux intimes et des articles.
A partir de février 1854, des hallucinations auditives l’assaillent pendant des semaines, le plus souvent sous forme de musique. C’est sur cette base que se fonde sa dernière œuvre pour piano, les Variations fantômes. “Ces jours-là, Schumann se croyait entouré de fantômes qui lui offraient une musique tantôt merveilleuse, tantôt abominable, qui lui promettaient les révélations les plus divines, mais qui menaçaient aussi de le jeter en enfer“, rapporte Clara. Les hallucinations deviennent de plus en plus horribles, il se sent parfois attaqué par des animaux sauvages. Il commence à perdre la raison, et il s’en rend parfaitement compte.
Etait-ce à cause de la syphilis ? Cette question prend une nouvelle dimension à partir de la période de Düsseldorf (durant laquelle il réalise tout de même un tiers de son œuvre complète), car les discussions sur la qualité de ses compositions tardives y sont liées. C’est ainsi que circule l’adage selon lequel Schumann a commencé comme un génie et a fini comme un talent. Peut-on encore apprécier ses compositions, ou peut-on les rejeter comme les productions d’un cerveau en état de délabrement progressif ? Le Requiem tardif ne manque-t-il pas de tension dans son fonctionnement classique ? Le cycle pour piano au beau titre mystérieux de Gesänge der Frühe n’a-t-il pas des accords assez simples ? Ne regrette-t-on pas l’ancienne force d’innovation des Variations fantômes ? Il est permis de considérer que l’œuvre tardive, contemplative et en quête d’ordre, affiche une nouvelle beauté, justement due à la pathologie.
La peur de se blesser ou de blesser les autres prend finalement le dessus, au point que Schumann espère trouver de l’aide dans une clinique. Bäzner et Hennerici soulignent que ce souhait provient bien de lui, car on a longtemps reproché à Clara d’avoir envoyé son mari à l’asile pour pouvoir se consacrer, sans être dérangée, à une idylle avec Johannes Brahms, qu’elle admirait.
Dans son journal, elle écrit que dans la nuit du 26 février 1854, Schumann “s’est levé brusquement et a voulu ses vêtements. Il devait, disait-il, aller à l’asile, car il ne se contrôlait plus et ne savait pas ce qu’il devait faire (…). Robert préparait apparemment tranquillement tout ce qu’il voulait emporter : montre, argent, papier à musique, stylos, cigares. Et lorsque je lui ai dit : “Robert, veux-tu quitter ta femme et tes enfants ?”, il m’a répondu que ce ne serait pas long, qu’il reviendrait bientôt guéri.
Bien que Clara, les enfants et les médecins veillent constamment sur lui, il parvient à quitter la maison le lendemain, un lundi gras en plein carnaval de Düsseldorf. Du haut d’un pont, il se jette dans le Rhin, mais le maître du pont arrive à le sauver.
Quelques jours plus tard, une calèche l’emmène à l’établissement privé Anstalt für Behandlung und Pflege von Gemütskranken und Irren à Endenich, près de Bonn. Il ne connaîtra jamais son fils Felix, né le 11 juin, et ne reverra jamais ses autres enfants, lui qui était le créateur des Scènes d’enfants et de l’Album pour la jeunesse, ni sa femme pendant près de deux ans et demi, soit deux jours avant sa mort. Mais cela ne constitue pas non plus, en dépit de toutes les rumeurs colportées, une preuve de l’infidélité de Clara. Au contraire, il ressort clairement de plusieurs sources que les médecins déconseillaient les visites afin que Schumann puisse se reposer. Cette interdiction lui cause “une profonde douleur“, se plaint-elle.
À la clinique d’Endenich, qui s’inscrit dans le concept de la psychiatrie réformée (idée directrice : pas de contrainte), Schumann s’en est bien sorti pour l’époque, même si cela ne nous semble pas être le cas aujourd’hui alors que nous disposons de psychotropes. Dans le livre des admissions, le diagnostic mentionné est celui d’une “mélancolie avec délires“. Le traitement instauré consiste à évacuer les sucs congestionnés et pathogènes. C’est pourquoi, en plus des laxatifs, on administre presque quotidiennement un lavement au patient, souvent contre son gré. Des fontanelles – foyers artificiels de pus – sont également créées à deux reprises. Si le patient refuse de prendre des médicaments contre l’anémie, l’agitation et le manque d’appétit, ils sont mélangés à des aliments et à des boissons. En outre, les médecins prescrivent des bains tièdes et des ablutions froides.
En cas de forte excitation, on lui interdit de jouer du piano, on prend ses partitions et ses livres, et on l’enferme au moins une fois dans la “cellule des fous.” Il a du mal à se faire à l’idée qu’on le surveille sans arrêt, y compris la nuit ― un gardien dort avec lui.
Ainsi éloigné de ses proches, il se renferme, entame des discussions avec lui-même et des personnes imaginaires. Les souvenirs de ses fautes morales le tourmentent. Lorsqu’il est autorisé à s’asseoir au piano, il ne joue ses propres compositions que sous une forme mutilée. Un visiteur décrit son jeu comme imbuvable et le compare à une machine dont le mécanisme est détruit.
Pourtant, son séjour n’est pas totalement sombre : il essaie de vivre de manière autonome, faisant par exemple des promenades accompagnées d’un gardien, parfois jusqu’à Bonn. Certes, il ne compose presque plus rien, mais il envoie encore deux bonnes douzaines de lettres qui témoignent de sa capacité d’écriture étonnamment bien conservée.
Les notes de Richarz et de son collègue illustrent le stade quaternaire, la neurosyphilis, soient un flux et un reflux de pensées claires, d’hallucinations et d’idées délirantes, de détente et d’irascibilité :
11 avril 1854 : … a dit au gardien que les autorités avaient ordonné qu’il soit brûlé en enfer : il a fait trop de mauvaises choses. Très agité la nuit, la plupart du temps hors du lit, ne se déshabillait pas, … gémissait comme de douleur, était totalement insomniaque.
19 avril 1854 : … agité la nuit, parlait à voix haute jusqu’à minuit au sujet de la Vénus, était malheureux, devenu fou ; se levait plus tard et voulait quitter la chambre, devenait violent envers la soignante.
27 septembre 1854 : … a écrit une lettre modérément longue, pensive et calme à sa femme, avec des omissions de quelques mots, date correcte. La nuit, s’est beaucoup parlé à lui-même, à voix basse, les doigts bougeant sur la couverture comme s’il jouait du piano.
8 janvier 1855 : … en prenant ses médicaments, a parlé de poison … est tellement désorganisé qu’il lui devient impossible de mener une brève discussion sur un objet particulier.
12 janvier 1855 : visite hier de Monsieur Brahms, très heureux de cette visite … parle pendant la visite assez librement et de manière compréhensible, mais très lentement et d’une voix enfantine (avec des omissions).
Brahms rapporte d’une de ces visites : “Nous nous sommes assis, cela devenait de plus en plus douloureux pour moi … Il parlait sans cesse, mais je ne comprenais rien … Souvent, il ne faisait que babiller, quelque chose comme babab-dadada.
À partir de la mi-juillet, Schumann mange de moins en moins. Le vingt-six, il est pris de “spasmes dans les muscles les plus divers, du visage et des membres“. Une pneumonie s’annonce. Enfin, le 27 juillet, alors que la fin est prévisible, Clara est autorisée à se rendre à son chevet. Les notes de l’hôpital indiquent :
29 juillet 1856 : A été calme depuis hier midi, même pendant la nuit. A pris de sa femme quelques cuillerées de gelée de fruits, du thé et un peu de vin. Ce matin, a pris volontairement quelques cuillerées de gelée. Urinait au lit. Le soir, forts râles muqueux. Pouls 120, respiration 44/rapide/ pas de grincement de dents.  (…) Lors de la visite de sa femme aujourd’hui, il lui sourit ainsi qu’au médecin. Apparence pâle. Lors de cette visite, forts râles muqueux.
Clara écrit : “Il a terriblement souffert, bien que le médecin ait dit le contraire. Les membres étaient pris de spasmes constants. Son discours était souvent très véhément. Ah ! J’ai prié Dieu de le libérer, car je l’aimais tant.”
30 juillet 1856 : Hier à 1 heure de l’après-midi, respiration à 60, pouls presque impalpable. Décédé hier à 16 heures.
Clara venait de partir, et une aide-soignante lui porte assistance.
Le directeur de la clinique Richarz procède à une autopsie et conclut à une “paralysie générale incomplète“. Il constate le stade final typique : hyperémie et excroissances osseuses (“masses sulfureuses“) à la base du cerveau, adhérences des méninges à la substance corticale et atrophie – des conséquences de l’inflammation présente depuis des années.
Bäzner et Hennerici résument les principaux symptômes de la paralysie générale : Schumann avait des hallucinations acoustiques, visuelles et scéniques, il présentait des craintes paranoïaques d’empoisonnement, un comportement agressif et des crises focales, devenant finalement également généralisées.
D’autres symptômes sont apparus, comme l’incontinence et des troubles sévères de l’élocution. Ses pupilles étaient anormalement dilatées et il présentait des stéréotypies marquées, comme jouer aux dominos pendant plusieurs jours. Affaibli par la cachexie, il est finalement mort d’une pneumonie.
Clara écrit dans son journal : “Je me tenais près du corps de mon mari bien-aimé et j’étais en paix; tous mes sentiments allaient à Dieu pour qu’il soit enfin libre.”
Elle écrit à ses enfants : “Votre cher père n’est plus. Hier, il s’est endormi tout doucement dans l’après-midi à 4 heures, après de nombreuses souffrances … C’était un homme merveilleux…”
 
*Les romans d’apprentissage, aussi appelés romans de formation ou encore romans de développement personnel, correspondent à un genre littéraire né en Allemagne au 18e siècle (Bildungsroman, ou Entwicklungsroman). Ils ont pour thème le cheminement d’une personne au cours de son existence et au travers des grands événements de son existence pour déboucher sur sa conception personnelle de la vie.
 
**le lied (pl. lieder) est une c ourte pièce de musique vocale, de caractère populaire ou savant, chantée sur un texte en langue germanique
 
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Citer cet article: Robert Schumann atteint de syphilis : histoire d’un tabou – Medscape – 13 déc 2022.
Article publié originalement sur Univadis.de le 21 octobre 2022

Les Drs Angela Speth et Claude Leroy ne signalent aucun lien financier en rapport avec le sujet de cet article.
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