Polars : neuf pépites à offrir à Noël… mais pas à n'importe qui ! – L'Express

Auteurs américains, saga suédoise, polars historiques… à chacun son cadeau de Noël.
afp.com/Mladen Antonov
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Offrir un polar à Noël : l’idée paraît excellente et facile à réaliser… jusqu’au moment où on se retrouve devant le rayon “roman policier” de la librairie. L’offre est abondante et le choix se révèle souvent cornélien. Il faut le savoir : il n’y a pas UN amateur de polars mais une multitude. Chacun avec ses goûts, ses habitudes et ses détestations. Un féru de noir de noir n’aime pas forcément les enquêtes policières classiques, d’autres ne jurent que par les polars historiques, les séries suédoises ou les mythiques auteurs américains. Pour vous aider à faire le bon choix pour la bonne personne et éviter les impairs, nous avons sélectionné, parmi les sorties récentes, neuf titres très différents et les avons associés à tel ou tel profil de lecteur. L’appariement vous paraîtra parfois facile ou caricatural, nous l’assumons. Il n’est pas interdit d’inverser, d’innover, d’étonner, mais on vous l’assure, vous passerez des meilleures fêtes si vous suivez nos recommandations. 
Cupidité, de Deon Meyer (Gallimard, trad. de l’afrikaans par Georges Lory, 594 P., 20€) 
Il y a quelques mois, pour nous faire patienter entre deux “bons-vrais” Deon Meyer, l’éditeur nous avait proposé une novella éloignée de ses écrits habituels et un brin décevante. Quel bonheur, en cet hiver, de retrouver nos personnages favoris, les deux flics Benny Griessel et Vaughn Cupido, que l’on suit depuis des années. Est-ce leur humanité – Cupido est cette fois convaincu d’être obèse ? Est-ce la captivante plongée dans la police et la politique sud-africaine ? On attrape ce roman et on ne le lâche plus, les 600 pages sont avalées en quelques jours. Car s’il reprend toujours les mêmes éléments, Deon Meyer ne cède pas à la facilité de celui qui a créé une série à succès. Il travaille ses intrigues, nous entraîne dans les bas-fonds peu reluisants de la société sud-africaine, il soigne avec un talent tout particulier les scènes d’action. En particulier celle d’ouverture – on y est, on la vit. Meyer amène tout doucement ses deux histoires à converger l’une vers l’autre, jusqu’à la dernière ligne de la dernière page où on se dit “ah, non !” C’est tellement bien qu’il ne faudra pas hésiter à emprunter le cadeau au beau-père une fois qu’il l’aura lu. Tous les amateurs de bons polars aimeront.  
S’ils n’étaient pas si fous, de Claire Raphaël (Rouergue, 288 P., 22€) 
Une nuit dans un ensemble d’immeubles de la région parisienne, un homme se réveille, il a entendu un coup de feu. Il découvre sa voisine, morte. La police intervient sous la forme d’un duo, composé d’un flic expérimenté et d’une ingénieure de la police scientifique. Moins que le dénouement, ce qui fascine dans le livre de Claire Raphaël, c’est le déroulé de l’enquête, décrit d’une manière froide, presque clinique. On se met dans les pas des deux policiers, on suit heure par heure leurs démarches, les hésitations, leur manière de remonter le fil des vies brisées et les raisons qui y mènent. On mesure leur part d’humanité face à la fille schizophrène de la victime qui s’accuse du meurtre. Et c’est l’autre aspect passionnant du roman : une plongée dans le monde de la maladie mentale, de ce qu’elle produit de chagrin et de petites lueurs d’espoir, résumées dans ce très joli titre “S’ils n’étaient pas si fous”. Un texte ultraréaliste écrit au cordeau, d’autant plus fort, sans doute, que la romancière travaille dans la police scientifique.  
Une écharpe dans la neige, de Viveca Stern (Albin Michel, trad. par Rémi Cassaigne, 482P. , 21,90€) 
Une écharpe dans la neige
Albin Michel
Viveca Stern délaisse ses habituelles îles suédoises et son héroïne devenue star d’une série télé pour un nouvel univers et de nouveaux personnages. Mais elle ne change pas ce qui a fait son succès, puisqu’on reste dans un milieu fermé et isolé – cette fois, une station de ski – avec un duo d’enquêteurs – une héroïne policière en délicatesse avec sa hiérarchie, un peu en marge des équipes officielles, et un inspecteur bien en cour mais qui a choisi de s’éloigner de la capitale. L’histoire démarre par la découverte d’un corps gelé sur un télésiège, puis d’une écharpe en laine. Les deux héros vont s’employer à fouiller le quotidien et l’intimité de cette petite société où tout le monde se connaît, s’observe et s’entraide (au moins en apparence). Comme dans la série qui se déroule à Sandhamn, les vies intimes des deux protagonistes occupent une place centrale dans le livre : la naissance d’un bébé pour l’un, la rupture amoureuse et le renvoi de la police de Stockholm pour l’autre. Ça se lit sans effort, on s’attache aux personnages, on est déjà prêt pour le volume suivant.  
Les sentiers obscurs de Karachi, d’Olivier Truc (Métailié, 272P., 22€) 
Une fois n’est pas coutume, Olivier Truc délaisse le grand nord suédois où il a installé sa “police des rennes” pour explorer les rues de Karachi au Pakistan. Il s’essaye avec succès à un exercice délicat : revisiter l’attentat qui, en 2002, a coûté la vie à 14 personnes dont 11 ingénieurs français, employés de la DCN, venus faire du transfert de technologies sur des sous-marins. Les plus férus d’actualité se souviennent des rétrocommissions et du financement occulte de la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995, mais côté pakistanais, que s’est-il passé, qu’est-ce qui a conduit au drame ? C’est en se mettant dans les pas d’un journaliste originaire de Cherbourg et dont plusieurs proches travaillaient à l’époque à la DCN qu’Olivier Truc construit sa version de l’affaire. Parce qu’il est allé à plusieurs reprises dans le pays, il en tire, au-delà de l’intrigue politico-judiciaire, un roman ancré dans la ville et dans deux mondes qui n’ont pas grand-chose en commun et dont les valeurs sont difficilement compatibles. Entre ces deux univers, l’amitié, l’amour sont-ils possibles ? Ou tout n’est-il que trahison ou intérêt ? Une manière fascinante de réexaminer l’histoire récente.  
La Bestia, de Carmen Mola (Actes Sud, trad. par Anne Proenza, 480P., 17,99€)  
Etonnamment moderne que ce roman historique, un peu comme le fut Au nom de la rose lors de sa sortie. Il se déroule dans les années 1830 dans un Madrid pris par la fièvre du choléra et les guerres civiles déclenchées par les Carlistes. Comme s’il ne suffisait pas que les soldats meurent sous les armes et les gens ordinaires de maladie, on découvre dans un quartier pauvre une jeune fille démembrée. Aussitôt, on accuse un être mystérieux, “la bête”. Rien de fantastique pourtant dans La Besta, la veine est celle du roman policier : un jeune journaliste ambitieux, un policier borgne et une orpheline sans peur mènent l’enquête pour découvrir ce qui se cache derrière ces meurtres. Carmen Mola, pseudonyme de trois écrivains et scénaristes espagnols, nous avait déjà distraits avec deux romans contemporains. Cette fois, ils nous promènent de maisons closes en palais nobles, de chambres misérables en hospices au début du XIXe siècle. On tourne les pages avec un bonheur certain, on détourne parfois les yeux face aux horreurs d’une ville soumise aux pires démons, on en apprend beaucoup sur un pan méconnu de l’histoire espagnole. Bref, le job est fait et bien fait.  
Nuages baroques, d’Antonio Paolacci et Paola Ronco (Rivages, trad. par Sophie Bajard, 352P., 22€)  

Rivages
Derniers venus sur la scène du polar italien, Antonio Paolacci et Paola Ronco débarquent avec un héros qui déjoue les codes du genre et un thème ultracontemporain. Le sous-préfet Paolo Nigra, qui mène l’enquête, ne craint pas de s’afficher ouvertement gay dans un monde qui n’est pas forcément très ouvert en matière de moeurs. Or, le meurtre sur lequel il est dépêché l’émeut particulièrement puisqu’il s’agit d’un jeune garçon retrouvé en manteau rose non loin d’un lieu où l’on célébrait la veille au soir l’union civile des homosexuels. Le livre aborde une multitude de sujets très sérieux : la possibilité de vivre son homosexualité sans se cacher, l’homophobie latente ou affichée, mais aussi la violence politique puisque l’enquête se déroule à Gênes, ville marquée par le G8 de 2001, la mort d’un jeune manifestant, l’irruption des black blocs et la répression policière. Mais on peut l’offrir sans déprimer la petite cousine très au fait de ces combats : la forme en reste légère, émaillée d’humour et de clins d’oeil aux grands anciens du polar italien, les personnages secondaires qui assistent le sous-préfet Nigra sont truculents à souhait. Une jolie découverte pour les amateurs d’originalité.  
Le grand soir, de Gwenaël Bulteau (La Manufacture des livres, 292P., 20,90€)  
Pour Gwenaël Bulteau, l’histoire n’est pas que le décor de ses intrigues, mais un personnage à part entière. Autant que des romans noirs, ses récits sont d’inspiration politique et sociale. Remarqué en 2021 avec La République des faibles situé à Lyon à la fin du XIXe siècle, il pose cette fois sa plume entre Paris et le bassin minier du nord entre 1905 et 1906. On y suit les mésaventures d’une jeune fille bourgeoise qui tente de retrouver sa cousine disparue le jour de l’enterrement de Louise Michel, mais aussi celle d’une leader syndicale surveillée par la police, de mineurs en grève… On plonge dans les bas-fonds du monde ouvrier mais également dans les arrière-cours peu reluisantes des milieux huppés. L’auteur apporte un soin tout particulier à sa reconstitution historique, nous apprenant une foule de détails sur le contexte de l’époque. Mais sans rien sacrifier de son intrigue. Chausse-trappe, faux-semblants, mauvais coups, tout y est pour passer un moment plus que distrayant. On attend avec impatience le troisième volume de cette trilogie. Pour Noël 2023 ?  
Non officiel, de Dan Fesperman (Cherche-Midi, trad. par Michèle Lenormand, 496P., 23,50€) 
Forcément, comme tout bon roman d’espionnage, Non officiel se passe à Berlin. Nous sommes en 1979, le Mur sépare toujours la ville en deux et la CIA veille sur la menace soviétique. Une jeune Américaine, chargée par l’Agence d’entretenir les planques dans lesquelles se rencontrent les agents, est, un soir, témoin de deux scènes auxquelles elle n’aurait jamais dû assister. En 2014, elle et son mari, deux paisibles retraités en apparence, sont assassinés par leur fils mentalement déficient dans un recoin perdu du Maryland. Quel lien y a-t-il entre les deux événements que plus de trois décennies séparent et qui relèvent l’un de la guerre froide, l’autre du drame domestique ? C’est la fille d’Helen, assistée d’un détective expérimenté, qui va tenter de comprendre. Très efficace roman d’espionnage inspiré de faits réels, Non officiel a aussi cette originalité de nous faire découvrir la place des femmes dans un monde de secrets où elles n’ont souvent eu qu’un rôle subalterne tout en en sachant beaucoup plus que la majorité des agents. Pas désagréable de voir, une fois n’est pas coutume, James Bond se faire damer le pion par Miss Moneypenny.  

Agullo
La femme du deuxième étage, de Jurica Pavicic (Agullo, trad. par Olivier Lannuzel, 240P., 21,50€)  
Le mystère est levé d’emblée : depuis onze ans, Bruna purge une peine de prison ferme au titre de l’article 91, chapitre 10 du Code pénal de la République de Croatie pour meurtre aggravé. Mais qu’a-t-elle fait ? Qui a-t-elle tué ? La femme du deuxième étage se pare des atours du polar pour raconter une autre histoire. Celle des “si”, des si je n’avais pas fait ça ce jour-là, si je n’avais pas rencontré cette personne et, surtout, si j’avais su dire non, à tel ou tel moment. Après L’eau rouge, multiprimée il y a deux ans, Jurica Pavicic revient avec un roman noir variante sociale qui plaira à tous ceux qui n’aiment pas les romans policiers (mais aussi à ceux qui les aiment dès lors qu’ils sortent des sentiers battus). Ici, l’enquête n’est qu’un prétexte, on connaît déjà la coupable, mais, de sa jeunesse d’hier à son quotidien carcéral d’aujourd’hui, on parcourt les chemins de hasard qui peuvent conduire une femme ordinaire au meurtre. L’écriture est sans fioriture, les descriptions d’une froide précision, on n’en est que plus glacé par le destin de Bruna dans une Croatie belle et triste à la fois, loin de l’image de carte postale qu’en ont les touristes qui n’y vont que l’été. 
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