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Afrique : ce que la data peut apporter à la finance verte – Le Point

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ANALYSE. Parmi les principales victimes du changement climatique, l’Afrique a une nouvelle carte à jouer en s’appuyant sur le numérique. Éléments d’explication.
Temps de lecture : 9 min
La COP27 s’est tenue en ce mois de novembre au Caire, et ce n’est pas anodin : les effets du changement climatique sont critiques pour l’Afrique. Le continent, dont les émissions de gaz à effet de serre ne représentent que 4 % des émissions mondiales, voit son climat se dérégler le plus. D’après le Giec, la montée des eaux menacera 110 millions d’habitants de l’Afrique de l’Ouest en 2030 et, d’ici à 2050, les phénomènes de sécheresse seront une source potentielle de carences alimentaires, voire de conflits, entre certains États du continent.
La conférence onusienne était l’opportunité pour les États africains de négocier les mécanismes qui aideront à couvrir les pertes liées au changement climatique. L’initiative de finance verte annoncée lors de la COP27 par le président de la Banque africaine de développement s’inscrit dans cette ambition de voir les banques africaines jouer un rôle structurant dans l’allocation des investissements permettant de répondre à cette transition.
Les enjeux climatiques viennent donc complexifier les enjeux classiques auxquels sont confrontées les banques africaines : adresser le financement du développement du continent, s’adapter aux nouveaux usages et tendances du marché, qui évoluent rapidement, transformer les processus existants en conséquence et maîtriser les risques financiers.
Dans ce contexte, le secteur bancaire africain a l’opportunité de transformer cette menace en opportunité en activant de nouveaux leviers de différenciation, de performance et de maîtrise des risques tels que la digitalisation de l’expérience client, les partenariats et les processus accélérés grâce aux nouvelles technologies… Une des réponses directes permettant d’activer ces leviers : les usages des technologies qui s’articulent autour de la data.

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L’exposition du secteur bancaire aux risques climatiques est désormais bien établie par les études des banques centrales. Les banques se doivent de se mettre en ordre de marche pour faire face aux enjeux climatiques et sociaux, qui deviennent de plus en plus visibles et ne relèvent plus du mythe.

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Pour Thierry Lacroix, directeur Afrique de Onepoint, les banques africaines passent de plus en plus d’un état "compliant" à un état de banque à impact. © DR

Face à ces enjeux, nous distinguons trois niveaux de maturité des banques :
– La banque « compliante » : qui a une approche réglementaire de reporting et de gestion des risques extrafinanciers qui gagnerait à être dynamisée. Elle se contente de se conformer aux réglementations en vigueur.
– La banque responsable : qui a une approche dynamique des enjeux ESG dans la gestion des portefeuilles et des offres. Elle s’est dotée d’une couverture plus large et d’une meilleure intégration des critères ESG dans son offre.
– La banque à impact : qui a changé de business model pour se transformer en acteur responsable au service de la transition vers une économie durable. Elle s’assure de couvrir les risques inhérents à son activité et accompagne ses clients dans la gestion de leurs risques ESG. En plus d’intégrer l’ESG dans son offre, elle mobilise des partenaires par le biais de plateformes et d’un écosystème pour construire des offres au service de la transition.
Dès lors que les banques africaines auront fait aboutir ce processus de maturité, elles pourront pleinement jouer leur rôle dans le développement durable du continent. La data devient un puissant accélérateur pour concrétiser cette ambition.

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Il s’agit de se mettre en situation de rentabiliser les investissements dans les technologies de la data.
Même si des disparités démographiques existent entre les différents pays du continent, les banques africaines opèrent principalement dans des marchés dans lesquels les populations actives se composent de jeunes connectés. La nature démographique du continent est un atout majeur.

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 Pour Laurent Hellé, Partner Banque Détails et Plateformes de services de Onepoint, il faut s’appuyeur sur la jeunesse connectée pour accompagner la démarche de mieux mettre la date au service des banques africaines.  © DR

Ces jeunes évolueront dans des pays qui s’urbanisent rapidement, et où le taux de pénétration d’Internet s’apprécie de 9,3 % sur le continent africain en 2010 à 40 % en décembre 2021, selon les données de la Banque mondiale. Il demeure inférieur à la moyenne mondiale, mais affiche le plus fort taux de croissance. Quant au taux de pénétration du mobile, il s’établit à 97 % en Afrique.
Ces paramètres confortent la capacité des banques africaines à tirer parti de la data dès maintenant afin d’acquérir une meilleure connaissance de leur clientèle et des territoires. En investissant dans la data, les banques africaines pourront lier, de façon logique, l’anticipation de l’évolution de leurs marchés à l’engagement des États africains à assimiler les critères environnementaux et sociaux dans le développement de leurs pays.

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La question qui est posée est de savoir comment accompagner les ambitions de transition climatique.
Le secteur bancaire peut par conséquent envisager la data comme un remède aux vulnérabilités de sa stabilité financière et un levier accélérateur de sa contribution à la transition climatique du continent. Nous avons ci-après identifié quelques cas d’usage de la data destinés aux banques opérant sur le continent :
– L’intégration des risques climatiques dans la gestion des risques bancaires : sujet d’actualité majeure, il est insuffisamment pris en compte. Les plateformes accélérées par la data et l’IA permettent pourtant aux institutions financières d’intégrer à la gestion des risques bancaires les types de risques climatiques : le risque physique, le risque de transition et le risque de responsabilité. Ces plateformes facilitent auprès des partenaires et des clients la captation des données nécessaires à la construction de modèles de risques climatiques. En guise d’illustration, nous pouvons nous référer à l’expérience d’un gestionnaire d’actifs français qui a structuré un Data Lake ESG (un référentiel centralisé de données) afin de capter et qualifier les données utiles à la valorisation des sous-jacents détenus dans les portefeuilles, selon des objectifs ESG spécifiques. Cette architecture technique contribue pleinement à la conformité de ce gestionnaire d’actifs et lui confère la capacité d’assurer ses engagements environnementaux.
– La construction des modèles de risques climatiques :
Le traitement et l’extrapolation des données internes, collectées grâce à l’activité de la banque, et des données externes acquises auprès des partenaires ou des agrégateurs de données (Data Provider) enrichissent la définition de scénarios d’analyse et la construction de modèle algorithmique climatique. Ces modèles permettent de suivre et prédire les actifs risqués ou illiquides, et les impacts qu’ils peuvent avoir sur la stabilité financière des banques, par le biais de stress tests.
Plusieurs initiatives sont en cours du côté des banques centrales africaines. La banque centrale marocaine, dans le cadre d’un programme conjoint avec la Banque mondiale, œuvrait à la mise en place d’une taxonomie simplifiée proche de la taxonomie européenne dite « vert et brun ».
La taxonomie est un élément important pour la classification des actifs et des activités avant l’exercice ultime du stress test.
La South African Reserve Bank, banque centrale sud-africaine, a mis quant à elle à la disposition des acteurs du secteur bancaire en août 2022 une synthèse de ces travaux sur le framework des stress tests liés au changement climatique.
Les réponses réglementaires initiées par les législateurs internationaux et africains feront sans aucun doute de ces modèles de risques une obligation dans un futur proche.
– L’accompagnement des territoires :
Le secteur bancaire africain sera une des pierres angulaires du financement de la transition écologique. Les banques peuvent contribuer au financement des investissements, ainsi qu’à l’accompagnement des territoires dans l’identification et la qualification des besoins d’investissement.
La maîtrise des données est la clé d’un bon accompagnement. Grâce aux données collectées par des plateformes qui regroupent les banques et leurs partenaires, les actions d’analyse et de prédiction seront fiabilisées. Les banques pourront détecter les zones d’investissement prioritaires, prédire des situations critiques et accompagner les acteurs gouvernementaux et leurs clients par le biais de produits bancaires et assurantiels.
La plateforme de traçabilité des flux de paiements et de marchandises dédiée à l’écosystème du cacao au Cameroun s’inscrit dans cet esprit. Elle réunit les coopératives, les planteurs et les établissements bancaires finançant l’écosystème. Elle permet dans un premier temps aux planteurs et aux coopératives de tracer les commandes de fèves tout en sécurisant les paiements. L’analyse des données consolidées grâce à la plateforme sensibilisera les acteurs du secteur bancaire et des assurances sur les besoins de l’écosystème et favorisera la proposition d’une offre adaptée aux besoins des acteurs. Elle permettra donc de faire face aux enjeux environnementaux (épisodes de sécheresse) et sociaux (répercussion des épisodes de sécheresse sur les récoltes) des planteurs.
– La data au service des banques et de la transition énergétique :
Plusieurs données mixtes sont à la disposition des acteurs bancaires : les données clients, les données locales, territoriales, les données des écosystèmes financés, les données réglementaires, les données environnementales, etc. Grâce aux solutions technologiques qui s’articulent autour de la data et de la plateformisation, les banques africaines peuvent accompagner leurs clients dans le financement de leur transition énergétique, grâce aux actions suivantes :
– appréhender une situation client holistique et détecter des clients à potentiel ; prédire les besoins de transition ;
– façonner des offres de transition énergétique adaptées à des groupes clients ; se doter d’une capacité de conseil en ligne avec le devoir des banques, qui met en avant et les bénéfices de l’offre et ceux de la transition ;
– sensibiliser les acteurs sur les enjeux de transition.
Dans ce cadre, un acteur bancaire français de premier plan, et fortement présent sur le continent, a mis en place une plateforme agrégatrice de services bancaires & extrabancaires. Elle regroupe ses clients ETI, des partenaires producteurs de services autour de la transition énergétique (diagnostic énergétique et conseil de transformation énergétique) ainsi que des organismes publics (bailleur de fonds et banques de développement). Par le biais de cette plateforme, les clients ETI de la banque peuvent souscrire aux financements proposés par les organismes publics afin de réaliser leur transition écologique ; ils peuvent aussi bénéficier des services proposés par les partenaires écologiques ayant accès à la plateforme. Elle permet donc à la banque de générer un PNB additionnel (intermédiation sur les services et augmentation du stock de crédit) tout en contribuant à la transition écologique.
Afin de rendre opérrationnels les usages data et de les adapter parfaitement aux besoins des marchés des banques africaines, des actions doivent être entreprises par les banques, au niveau du secteur et au sein de chaque banque.

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Au cœur de ces défis, trois axes d’accompagnement des acteurs bancaires sont possibles :
– des chantiers « usages métiers x data », qui permettent dans un premier temps de rationaliser, voire d’étendre les usages data existants ; dans un second temps de faciliter le développement des cas d’usages transformants. 
– des chantiers technologiques, « données et solutions », qui se focalisent sur la constitution d’un socle complet de données afin d’industrialiser les usages et de rendre possible l’ouverture sur les écosystèmes data internes et externes (architecture data driven).
– des chantiers transverses qui renforcent durablement le développement des compétences (nouveaux métiers, reskilling des compétences), la maîtrise du patrimoine de données (l’organisation et la gouvernance des données) et la bonne déclinaison de la stratégie data (capacité d’investissement et d’exécution de trajectoires pluriannuelles). »
Sur le plan sectoriel, et pour favoriser la mutualisation des données (l’Open Data), les banques ont tout intérêt à collaborer dans le but d’instaurer un patrimoine mutualisé des données et de renforcer les mécanismes de collaboration et d’échanges permettant son exploitation.

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* Thierrry Lacroix est directeur Afrique de Onepoint,
** Laurent Hellé est partner banque détail et plateformes de services chez Onepoint.
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