L'amendement sur les retraites compte déjà des opposants au groupe centriste du Sénat – Public Sénat

L’histoire de la réforme des retraites au Sénat n’est pas encore écrite. Ces dernières années, le principe d’un recul de l’âge légal de départ a toujours été introduit par amendement dans le projet de loi financement de la Sécurité sociale (PLFSS) par la droite sénatoriale, appuyée par ses alliés de l’Union centriste. Ces amendements avaient toutefois peu de chances de prospérer dans la suite de la discussion parlementaire à l’Assemble nationale, puisque les gouvernements d’Emmanuel Macron s’y sont opposés à chaque fois. Cette fois, l’impulsion pourrait venir de l’exécutif. Des modifications des paramètres du régime des retraites pourraient être proposées par l’intermédiaire d’un amendement au PLFSS cet automne. L’option n’a pas encore été tranchée au sommet de l’État, mais elle est bien sur la table.
En tant que groupe pivot au Sénat, l’attitude de l’Union centriste (UC) sera déterminante. À la sortie de son entretien avec la Première ministre le 21 septembre, son président Hervé Marseille s’est montré ouvert sur le principe d’une réforme des retraites par amendement, tout en concédant que le procédé était « surprenant » de la part d’un gouvernement. « L’essentiel, c’est d’avancer. S’il y a un amendement, on l’examinera », a-t-il annoncé à la presse dans la cour de l’hôtel Matignon. Le sénateur des Hauts-de-Seine juge qu’il serait logique qu’il soit adopté. « Si ce qui nous est proposé ressemble à ce qu’on a déjà voté, il n’y a pas de raisons qu’on ne le vote pas. »
Dans ce groupe fait de différentes nuances de centrisme, où ses 57 membres ont une liberté de vote totale, ce type d’amendement ne récolterait pas la totalité des voix, quand bien même tous partageraient la nécessité d’une réforme. Chez les quelques membres encartés au MoDem, la réforme par amendement suscite des commentaires peu amènes. « Pour nous, passer par un amendement pour une réforme aussi importante, ça me paraît présomptueux », s’oppose le sénateur Jean-Marie Vanlerenberghe. L’ancien rapporteur général de la commission des affaires sociales préconise une véritable négociation avec les partenaires sociaux, puis un projet de loi à part, « qui permette de traiter l’ensemble du sujet », plutôt que de prendre le risque de jeter des millions de Français dans les rues. « On ne sait jamais comment ça peut tourner », met en garde le doyen des sénateurs. À titre personnel, le parlementaire n’envisage pas de soutenir l’éventuel amendement. « Je n’ai pas envie de le voter. Je considère que c’est une réforme tronquée. »
Les autres sénateurs MoDem vont-ils suivre leurs collègues députés ? Mardi, le président du groupe MoDem à l’Assemblée, Jean-Paul Mattei, a fait savoir que ses troupes ne pourraient « pas accepter une réforme, petite ou grande, à travers un amendement » et que la ligne serait « certainement de voter contre cet amendement ». Le sénateur Alain Cazabonne s’inscrira dans le même mouvement. « Je suis d’accord. C’est une mesure trop importante pour le traiter par le biais du PLFSS. Si c’est un passage en force au travers d’un amendement, c’est non. »
La question sera abordée à l’université d’été du parti, qui se tient en ce moment à Guidel (Morbihan). Daphné Ract-Madoux, sénatrice MoDem depuis six mois, confie ne pas avoir d’opposition de principe à ce stade. « Mais la méthode me gêne actuellement », souligne-t-elle. Une collègue considère, quant à elle, que François Bayrou, le président du mouvement, « a eu raison » d’en dénoncer le principe. Ce week-end, l’ancien maire de Pau s’est dit « opposé au passage en force » sur les retraites. Attendue à Guidel ce jeudi, la Première ministre aura probablement à cœur d’éteindre l’incendie qui couve dans ce parti de la majorité. D’autant que la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet (Renaissance), s’est dit ce jeudi à son tour « pas favorable » à la piste d’un amendement.
Dans le reste du groupe Union centriste, certaines voix pourraient également manquer à l’éventuel amendement gouvernemental. Comme celle de la sénatrice UDI Nathalie Goulet. « Même si cette réforme est nécessaire, elle doit être travaillée. Par amendement au détour du PLFSS, ça sera non. Ça ne me semble pas acceptable », s’oppose la sénatrice de l’Orne, convaincue d’être rejointe sur ce point. « Si c’est ça le débat, personne n’acceptera. Je ne crois pas que ce soit le moment de faire une chose comme ça. La population est déjà très fragilisée par l’inflation, la crise énergétique. La société n’est pas réparée depuis les Gilets Jaunes. Le climat demeure très tendu. Il faudrait négocier cette réforme de façon intelligente et constructive », plaide-t-elle.
À cette heure, le groupe UC n’a pas encore délibéré sur une réforme des retraites et son véhicule législatif qui restent encore pour l’heure inconnus. Le sujet pourrait être abordé durant leurs journées parlementaires des 26 et 27 septembre. Hasard du calendrier, c’est au moment que le projet de loi de financement de la Sécurité sociale sera présenté en Conseil des ministres.

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