José Luis Pérez Pont : “Je crois au pouvoir transformateur de la culture” – lepetitjournal.com

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Il n’y a pas de doute, le Centre del Carme Cultura Contemporània (CCCC) est un modèle. Unique en son genre, ce lieu accueille depuis 2017 un large spectre d’arts actuels et propose des activités culturelles – en français aussi – pour le plus grand bonheur des visiteurs. Les murs sont anciens et ont vu défiler des siècles d’histoire. Ils abritent désormais le laboratoire de demain, celui où s’inventent de nouvelles formules de partage et de créativité. Ils témoignent de la vision d’un homme, José Luis Pérez Pont, le directeur du CCCC et du Consorci de Museus de la Comunitat Valenciana, qui souhaite faire rayonner la culture et l’art contemporain au-delà des frontières où l’on voudrait les enfermer. Rencontre.
 
José Luis Pérez Pont : J’ai fait des études de droit à l’université de Valence. Étudiant, j’étais une personne très active. Avec un groupe de camarades, j’ai créé une association pour faire part de notre inquiétude concernant la question environnementale. Nous avons été amenés à organiser des activités culturelles et artistiques pour sensibiliser les citoyens à cette problématique. C’était au début des années 1990.
À l’époque, j’étais étudiant en droit et je n’avais aucun contact direct avec le monde de l’art et de la culture. Cela n’a pas empêché le projet de grandir et celui-ci a débouché sur un cycle d’expositions de six mois dans différents centres d’art et musées de la ville, avec des conférences à l’IVAM et la participation de 300 artistes.
Pour moi, la culture est avant tout un outil de transformation sociale.
Je n’avais pas d’ambitions professionnelles. J’étais simplement un citoyen engagé qui cherchait à alerter l’opinion publique à propos de l’urgence climatique. Cela a été une expérience très enrichissante pour moi. D’une part, cela m’a permis de découvrir que la culture, l’art et l’organisation d’expositions me passionnaient ; d’autre part, cela m’a fait connaître beaucoup de monde dans ces milieux. On m’a invité à rejoindre de plus en plus de projets, et c’est ainsi que d’une manière progressive, naturelle, et très humble, j’ai amorcé ma trajectoire professionnelle. Ma maîtrise de droit en poche, j’ai décidé d’entreprendre un doctorat en étude d’arts (“Bellas artes”).
Pendant des années, j’ai été le président de l’Associacio Valenciana de Critics d’Art (AVCA) ainsi que du Consejo de Críticos y Comisarios de Artes Visuales (CCAV) d’Espagne. 
En 2016, la Generalitat a lancé un appel à candidature pour prendre la direction du Consorci de Museus et du Centre del Carme Cultura Contemporània (CCCC). J’ai présenté mon projet et j’ai été sélectionné. Depuis le mois d’avril 2016, je dirige le Consorci de Museus de la Comunitat Valenciana et le CCCC.
 
Il est certain que d’un point de vue architectural, c’est un lieu unique à Valence. À l’origine, l’édifice était un couvent. À la suite du processus de désamortissement (ndlr : processus historico-économique entamé à la fin du XVIIIème siècle en Espagne, qui consista à mettre aux enchères publiques de nombreux biens détenus par le clergé), il est devenu un édifice public et a connu de nouvelles utilisations.
Le bâtiment possède un cloître gothique, un cloître de la Renaissance, un escalier baroque, une salle néoclassique et même des ruines mauresques. Ce sont différentes couches d’histoire de la ville qui se sont superposées à travers le temps. On peut dire que ce lieu est véritablement un condensé de l’histoire de Valence. De plus, la combinaison de deux cloîtres de styles architecturaux différents – à savoir un cloître gothique et un cloître de la Renaissance – est très originale.
Au CCCC, nous mettons un point d’honneur à ne pas dresser de barrières entre la société et les langages artistiques actuels.
L’édifice a longtemps été l’école des Beaux Arts de Valence. Les principaux artistes valenciens y ont étudié : Sorolla, Pinazo, Benlliure, et tant d’autres. Dans les années 80, l’école a dû déménager à cause du mauvais état de conservation du bâtiment. Elle s’est installée à l’université pour devenir la Facultad de Bellas artes. L’édifice s’est alors converti en un centre culturel qui est devenu le CCCC en 2017. 
La raison d’être du Centre del Carme est de donner à voir la culture actuelle sous toutes ses formes. Pas seulement dans les arts visuels, mais aussi dans la musique, la danse, les arts scéniques de petits formats, le cirque contemporain, le débat d’idées, etc. 
Tout cela vit, vibre, cohabite, fusionne, pour donner une programmation riche et intense, où l’éducation et la médiation jouent un rôle fondamental.
 
Lorsque j’ai présenté mon projet, mon intention était claire : faire du CCCC le lieu par excellence de la culture contemporaine dans la Communauté valencienne. Dans la région, il y avait déjà un réseau très dense de musées sur des sujets aussi variés que l’archéologie, la préhistoire, les arts modernes, les sciences, etc., mais aucune institution ne donnait toute sa place à la création culturelle et artistique contemporaine.
À mes yeux, le Centre del Carme devait donc s’ouvrir aux langages créatifs actuels en les faisant dialoguer entre eux. Nous avons mis en place une programmation très dynamique pour casser les structures rigides et hiérarchiques des institutions et faire du CCCC un lieu de la vie quotidienne où le public se sentirait chez lui. Je voulais que le Centre del Carme soit un espace accessible, perméable, poreux. Un lieu vivant d’échanges, de partage et de plaisir. Tel était le défi et je crois que nous y sommes parvenus. En tout cas, nous continuons à travailler dans ce sens.
 
Je crois que c’est avant tout une question d’équilibre entre la qualité des projets que nous proposons et la capacité de transmettre leur valeur artistique à nos visiteurs.
Notre programmation est conçue pour différents segments de population et s’adresse en effet à tous les publics. Elle n’est pas destinée uniquement aux spécialistes. C’est important de le souligner. Certaines de nos expositions sont “faciles” et immédiatement compréhensibles ; quand d’autres sont plus complexes et demandent un effort de réflexion. Quoi qu’il en soit, nous activons systématiquement des ressources de médiation qui rendent plus aisé l’accès à la compréhension et sollicitent la participation des visiteurs.
Au CCCC, nous mettons un point d’honneur à ne pas dresser de barrières entre la société et les langages artistiques actuels. Il est absurde que notre société comprenne les langages artistiques du XIXème siècle mais qu’elle soit ignorante des langages du XXème et XXIème siècle. C’est pourquoi nous réalisons un travail important de pédagogie afin que le public n’ait plus peur de la culture contemporaine et se l’approprie. 
 
Quand j’ai commencé à diriger le CCCC, nous venions d’une époque où la Communauté valencienne ne soutenait pas du tout ses créateurs. Nous avons donc entamé un processus de dotation financière pour aider les artistes nés ou résidant dans la Communauté valencienne. Ces projets financés génèrent de la visibilité, du positionnement et du soutien. Dans le cas des résidences artistiques, une subvention existe et permet aux créateurs de disposer de tout le temps nécessaire pour développer leurs œuvres.
Tout cela fait partie d’une stratégie globale qui repose sur le concept d’irrigation au goutte-à-goutte : nous devons d’abord semer les graines et être capable de veiller sur elles pour ensuite récolter des fruits. Ainsi, nous soutenons, aidons, accompagnons et promouvons les artistes de la Communauté valencienne. C’est notre pari et nous croyons que l’avenir nous donnera raison tant au niveau national qu’international.
Je souhaite mettre en place des résidences artistiques entre la France et Valence.
Certains de nos projets ont déjà eu une grande répercussion à l’étranger. Citons l’artiste valencien Hugo Martinez-Tormo et l’artiste alicantine Olga Diego, dont les projets ont voyagé au Mexique, à Taipei (Taïwan), ou encore à Paris. Citons aussi l’artiste alicantin Daniel Garcia Andujar, qui a participé à l’exposition d’art moderne et contemporain la documenta à Kassel et Athènes et qui a été soutenu par le Consorci de Museus.
Il n’y a pas de doute, la Communauté valencienne est une terre d’artistes ! À charge pour nous de renforcer ce tissu artistique et culturel et de faire en sorte qu’il soit reconnu. C’est un processus long, mais je suis très confiant quant aux résultats de notre travail.
 
C’est un tournant dans le modèle de la ville, mais aussi dans la stratégie d’investissement pour les territoires. Au cours des dernières décennies, beaucoup d’argent a été dépensé pour organiser de grands événements censés profiter au rayonnement de Valencia. Outre le fait que leur gestion financière était entourée de beaucoup d’ombre, ces événements très coûteux n’ont eu que peu de retombées bénéfiques pour la ville.
Aujourd’hui, la mentalité a changé. Le travail qui est désormais effectué est un travail de capillarité. C’est un travail, comme je le disais tout à l’heure, d’irrigation au goutte-à-goutte, où il n’y a plus de gaspillage des ressources économiques. Les ressources sont directement affectées aux secteurs qui en ont besoin et viennent ainsi irriguer le tissu créatif et productif du territoire. C’est une politique beaucoup plus durable, beaucoup plus respectueuse, beaucoup plus inclusive et participative. Les centres de pouvoir ne prennent plus de décisions unilatérales.
 Nous vivons un changement de modèle majeur dans lequel la gestion de la culture se professionnalise et où il n’y a plus d’ingérence politicienne ou partisane dans la prise de décision.
En ce qui me concerne, je suis un professionnel indépendant. Je suis arrivé ici à la suite d’un appel public à candidature. Je travaille selon des critères de professionnalisme et de bonnes pratiques. Je n’ai eu à subir aucune interférence politique. Or cela n’a pas toujours été le cas dans la Communauté valencienne. Il fut un temps où les professionnels de la culture ne pouvaient pas travailler en toute liberté et indépendance parce que leurs nominations étaient politiques et, bien souvent, parce que des politiques eux-mêmes occupaient leurs postes sans en avoir les compétences. 
À mon sens, nous vivons un changement de modèle majeur dans lequel la gestion de la culture se professionnalise et où il n’y a plus d’ingérence politicienne ou partisane dans la prise de décision en matière culturelle ou muséale. Tout cela contribue à un renforcement du système démocratique et à une amélioration dans les processus de gestion des affaires publiques.
 
Je crois que le CCCC poursuivra son développement en renforçant les alliances avec les citoyens et les professionnels de la culture. Nous allons continuer d’établir des réseaux de collaboration avec des partenaires, à l’image de ce que nous sommes en train de faire avec La Base Culture.
Ces initiatives, qui émanent de la société civile dans des secteurs particuliers ou collectifs, ont une répercussion directe sur notre activité. Nous faisons preuve d’une grande rapidité pour absorber et soutenir les initiatives citoyennes, ce qui nous permet de créer des synergies et de consolider nos partenariats.
Le CCCC n’est pas une institution monolithique qui doit rendre des comptes à une structure hiérarchique quand il s’agit de comprendre la réalité et la diversité de la culture contemporaine. Nous fonctionnons de manière horizontale et gardons toujours les portes ouvertes pour la participation et l’échange.
 
Je suis très heureux que ce projet existe. Ce flux d’offres réciproques, ce double rayonnement avec le monde francophone est une chance pour Valencia. Il y a un lien très fort qui existe entre nos cultures. Nous avions déjà collaboré par le passé avec L’Institut Français de Valence. Des représentants de la culture française étaient intervenus au CCCC et nous avions mis en œuvre des initiatives avec des institutions françaises. Je souhaite d’ailleurs mettre en place des résidences artistiques entre la France et Valence.
Je suis certain que La Base Culture donnera de bons résultats et va nous permettre de poursuivre et d’intensifier ce dialogue interculturel et interlinguistique entre nos communautés.
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Pour moi, la culture est avant tout un outil de transformation sociale. Elle est capable de transformer la société non parce qu’elle endoctrine et enrégimente les populations, mais précisément parce qu’elle active la capacité créatrice des individus et qu’elle les rend autonomes.
La culture et l’éducation introduisent d’autres discours dans notre société dominée par des messages qui poussent toujours plus à la consommation, au narcissisme, à l’égo et à la vanité. Face à ce système capitaliste qui régit nos modes de vie et nos façons d’être, je pense qu’il est vital d’établir d’autres références pour la société. Selon moi, la culture, entendue dans son sens le plus large, est la seule à en avoir la capacité.
Je peux affirmer que des livres, des films, des œuvres de théâtre ou des expositions ont transformé ma façon de voir le monde et m’ont fait grandir et m’améliorer en tant que personne. Alors, oui, je crois énormément au pouvoir transformateur de la culture.
 
Entretien réalisé en espagnol et traduit en français par Paul Pierroux-Taranto.
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