Fonction publique : la rupture conventionnelle monte en puissance… mais un (important) frein persiste – Capital.fr

428. C’est le nombre de ruptures conventionnelles qui ont été conclues dans la fonction publique d’État en 2020, d’après le dernier rapport annuel de la Direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGAFP). C’est bien mieux que ce que révélait le ministère de la Transformation et de la Fonction publiques, en février 2021, dans le cadre d’un bilan provisoire (à savoir 119 ruptures conventionnelles signées dans les ministères en 2020). Surtout, entre janvier et juillet 2021, la DGAFP a enregistré 1.100 ruptures conventionnelles dans la fonction publique d’État et y voit là le “signe d’une montée en puissance constante du dispositif.” Un bilan récemment repris par le ministère de la Transformation et de la Fonction publiques et dont il se félicite, dans plusieurs réponses aux questions écrites de quatre députés LREM : Cécile Rilhac, Bertrand Sorre, Cécile Delpirou et Frédéric Barbier.
Pour rappel, depuis le 1er janvier 2020, les agents des trois versants de la fonction publique (d’État, territoriale et hospitalière) peuvent avoir recours à la rupture conventionnelle. Un dispositif venu du secteur privé, qui leur permet de mettre un terme à leurs fonctions à l’amiable, avec l’accord de leur employeur, et de bénéficier d’allocations chômage dans ce cadre. Dans le public, la rupture conventionnelle est ouverte aux fonctionnaires titulaires, ainsi qu’aux agents contractuels en CDI, aux ouvriers de l’État et aux praticiens contractuels des établissements de santé. Pour les fonctionnaires titulaires, il s’agit pour le moment d’une expérimentation, jusqu’à fin 2025. Pour les autres, le dispositif a été mis en place définitivement. En sont en revanche exclus les stagiaires, les agents en situation de détachement, ainsi que ceux âgés de 62 ans ou plus et qui justifient du nombre de trimestres liquidables leur permettant de bénéficier d’une pension de retraite à taux plein.
Depuis son lancement, la rupture conventionnelle s’est donc nettement développée dans la fonction publique d’État – le seul versant pour lequel on dispose de données consolidées actuellement -, à en croire la DGAFP. C’est logiquement le ministère de l’Éducation nationale, plus gros employeur public de France, qui comptabilise le plus grand nombre de ruptures conventionnelles conclues : 59% des indemnités versées dans la fonction publique d’État l’ont été par ce ministère en 2020 et 61,5% en 2021.
Toutefois, dans le ministère géré par Jean-Michel Blanquer, seules 296 des 1.219 demandes de ruptures conventionnelles déposées entre janvier et novembre 2020 ont abouti à une signature. Soit environ 24% des démarches lancées, d’après un bilan réalisé par le ministère et relayé par le Sgen-CFDT (syndicat général de l’Éducation nationale CFDT). Cet exemple prouve donc que la progression du nombre de ruptures conventionnelles conclues dans la fonction publique d’État cache une part toujours très importante de refus par les employeurs publics.
Comme l’expliquait déjà Capital en février 2021, certains freins empêchent, depuis le départ, la rupture conventionnelle de pleinement se développer dans la fonction publique. “À l’origine, la culture de la négociation n’est pas vraiment celle des administrations. Elles ont donc été plus regardantes au lancement de l’expérimentation de la rupture conventionnelle dans la fonction publique. Ce premier facteur de blocage tend toutefois à s’atténuer car les administrations s’approprient de plus en plus le dispositif”, observe Angélique Eyrignoux, avocate spécialisée en droit public et associée du cabinet Edgar Avocats. Reste que “cette évolution positive, qui va probablement se poursuivre, a ses limites, et notamment financières”, poursuit la juriste. En effet, en plus de l’indemnité spécifique de rupture conventionnelle, le dispositif ouvre droit, comme dans le privé, au versement d’allocations chômage aux agents publics.
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Le hic, c’est que dans le cadre de la rupture conventionnelle, l’indemnisation chômage est, dans la plupart des cas, prise en charge par l’employeur de l’agent public. Tandis que dans le privé, c’est un système de solidarité nationale (avec des cotisations prélevées auprès de l’ensemble des entreprises, ainsi qu’une fraction de la CSG) qui permet de financer les allocations chômage des salariés.
Ainsi, comme l’expliquait en mars 2021 le ministère de la Transformation et de la Fonction publiques, en réponse à une question écrite de la députée LREM Françoise Dumas, seuls “les employeurs publics des versants territorial et hospitalier de la fonction publique peuvent s’affilier au régime d’assurance chômage, géré par l’Unédic. C’est alors ce régime qui supporte le coût financier de l’indemnisation du chômage.” Dans ce cas, ils n’ont donc pas à mettre la main à la poche pour financer les allocations chômage de leurs agents dans le cadre d’une rupture conventionnelle. Mais cette possibilité n’est offerte que dans certains cas : dans la fonction publique territoriale, par exemple, les collectivités peuvent s’affilier à l’Unédic pour les agents contractuels uniquement ; pour les fonctionnaires titulaires, elles doivent, à l’inverse, financer leurs indemnités chômage elles-mêmes.
Dans l’ensemble de la fonction publique d’Etat, et dans certaines situations pour les fonctions publiques territoriale et hospitalière, l’employeur doit donc assumer le coût de l’indemnisation chômage de ses agents dans le cadre d’une rupture conventionnelle. Aucun budget spécifique n’a, par ailleurs, été prévu pour aider les employeurs publics à couvrir cette dépense. Or “tant qu’il n’y aura pas de dispositif particulier pour prendre en charge le paiement des allocations chômage dans le cadre de la rupture conventionnelle, soit via un budget dédié, soit via la solidarité nationale avec un système de cotisations, on n’atteindra jamais le même niveau que dans le privé”, anticipe Angélique Eyrignoux. “La rupture conventionnelle ne pourra pas se transposer complètement dans la fonction publique si aucun aménagement législatif en la matière n’est prévu”, conclut l’avocate.
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