Une classe pour les enfants de djihadistes emprisonnés avec leurs mères en Syrie – RTS.ch

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La prison de Ghwayran à Hassaké est située au bout d’une petite route, collée à une décharge. En poussant une lourde porte métallique, on découvre une petite cour. Il y a quelques dessins au mur, qui commencent déjà à s’effacer, une petite piscine… sans eau et une balançoire.
Chaque matin, vers 9h00, septante enfants sortent des cellules, où ils sont détenus avec leurs mères, pour rejoindre un centre construit à l’intérieur de la prison.
Des filles et des garçons du monde entier – de Tunisie, de France, du Maroc ou encore de Turquie y sont regroupés, selon leur âge, pour apprendre un peu d’arabe ou d’anglais. “C’est très difficile, parce que chaque enfant vient d’un pays différent, indique Solin, l’une des enseignantes, jeudi dans l’émission de la RTS Tout un monde. Certains parlent bien l’arabe, mais d’autres pas du tout.”
Et d’ajouter: “Nous devons donc attendre qu’ils apprennent quelques mots en arabe pour pouvoir communiquer avec eux. Nous sommes parfois obligés de demander au plus grand de l’aide pour pouvoir échanger avec les plus petits.”
Après la classe, ces enfants ont le droit à une récréation dans la cour, avant de retrouver leurs mères dans les cellules, où la chaleur est écrasante et l’hygiène rudimentaire. Les femmes détenues dans cette prison sont considérées par les autorités kurdes comme les plus radicales. Certaines refusent de laisser leurs enfants participer aux activités proposées.
Nous essayons d’enseigner aux enfants les valeurs humaines: s’aimer les uns les autres. Parfois, ils nous traitent quand même de ‘kouffar’, de mécréants
“L’un de nos plus gros défis est la gestion des mères, raconte la responsable du centre Dina. Nous essayons d’enseigner aux enfants les valeurs humaines: s’aimer les uns les autres. Parfois, ils nous traitent quand même de ‘kouffar’, de mécréants.”
Car, le soir, ils retournent avec leurs mères dans les cellules. “Leurs mères leur disent de ne pas nous faire confiance, parce que nous sommes des infidèles. Nous faisons de notre mieux pour créer des liens avec ces enfants, les embrasser, les câliner. Nous les poussons à exprimer leurs émotions.”
La responsable du centre et les enseignantes ont demandé à ce que leur prénom soit modifié, car la précédente équipe a été la cible de menaces de Daech. La preuve que des cellules de l’organisation terroriste sont encore présentes dans la région.
>> Relire: Des mineurs toujours détenus dans la prison syrienne attaquée puis reprise
Les autorités locales appellent donc l’ensemble des pays concernés à récupérer, le plus rapidement possible, leurs ressortissants. “Les familles locales, ex-membres de Daech, les Syriennes, nous sommes obligés de les prendre en charge et de les aider à retrouver une place dans la société”, indique Abou Ali Najeb, l’un des responsables de Forces démocratiques syriennes, l’alliance arabo-kurde qui contrôle le nord-est de la Syrie.
Toutes celles qui sont venues d’Europe ou d’Afrique, nous devons nous en occuper aussi, mais nous n’avons pas assez de moyens financiers
Et de compléter: “Toutes celles qui sont venues d’Europe ou d’Afrique, nous devons nous en occuper aussi, mais nous n’avons pas assez de moyens financiers. Ce sont leurs pays d’origine qui devraient être responsables d’eux. Mais jusqu’à maintenant, l’Europe, les Nations unis ou les organisations des droits de l’homme n’ont rien fait.”
Parmi eux, près de 10’000 enfants originaires de 57 pays différents sont nés sur place ou ont été emmenés en Syrie, en Irak par leurs pères, leurs mères, membres du groupe Etat islamique.
Il y a un mois, la France a rapatrié pour la première fois des mères djihadistes avec leurs enfants de Syrie, après des années de refus. Quant à la Suisse, elle reste sur une ligne dure face aux rapatriements de ses concitoyennes avec enfants.
Céline Martelet/vajo
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