Twitter a failli se lancer dans le business de la pornographie – La Tribune.fr

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Twitter a été tenté par le marché du porno, mais a été contraint de remiser son projet au placard, selon des révélations du quotidien américain The Verge. Au printemps 2022, peu avant l’offensive d’Elon Musk, le réseau social aurait sérieusement songé à monétiser les contenus sexuels, déjà présents en nombre sur sa plateforme. L’idée : proposer aux créatrices et créateurs de contenus pour adulte de proposer leurs photos et vidéos en contrepartie d’un d’abonnement, sur lequel Twitter prendrait une commission. Nom du projet : Adult Content Monetization (ACM).
Sauf que l’audit interne ne s’est pas passé comme prévu. L’équipe en charge a émis un avis défavorable en raison du manque d’outils de la plateforme pour détecter les contenus non consensuels, et notamment la pédopornographie. Le réseau social a donc remisé au placard l’ACM en mai 2022. Il lui aurait pourtant permis de tester un nouveau canal de financement particulièrement lucratif..
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Avec le projet ACM, Twitter serait devenu un concurrent direct de Onlyfans, le porte-étendard du nouveau marché de l’érotique et de la pornographie, qui profite d’une faible concurrence (mym, fansly…). Tout comme la télévision a vu l’apparition de YouTube, le monde du porno a vu celle de Onlyfans : une plateforme où les « modèles » gèrent eux-mêmes leurs business, de la production de photos, vidéos et messages, à leur promotion. N’importe qui peut s’y lancer, et d’ailleurs, plusieurs stars ont franchi le pas (avec des contenus plus ou moins dénudés) comme la rappeuse Bhad Babbie ou l’actrice Bella Thorne.
Si Twitter a lorgné ce marché, c’est parce qu’il cache une mine d’or. Onlyfans prévoit de réaliser 2,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2022 – soit la moitié des revenus de Twitter sur 2021 – et dégage déjà des profits, là où le réseau social peine à trouver un modèle économique pérenne. Onlyfans tire ses revenus des abonnements (50%), des ventes de contenus par messages privés (30%), des pourboires donnés aux créateurs et créatrices et des contenus sous paywall [qui nécessitent un paiement pour être débloqués, ndlr].
Même si Onlyfans s’est fait connaître uniquement par l’hébergement de contenus érotiques et pornographiques, il n’en fait jamais mention dans son marketing. A sa création, l’entreprise ne visait d’ailleurs pas ce marché. Mais sa répartition de revenus – avec une commission de seulement 20% qui permet aux créateurs et créatrices d’en garder 80% – et ses différents modules pour mettre du contenu derrière un paywall, a attiré les travailleurs du sexe.
Mais dépendre autant de la pornographie a joué des tours à Onlyfans. En août 2021, la plateforme a annoncé qu’elle prenait la décision de bannir le porno, créant la panique généralisée dans le secteur, avant de rétropédaler quelques jours plus tard. Dans le Financial Times, le fondateur Tim Stokely reportait la responsabilité de ce bannissement sur les banques qui bloquaient les paiements intermédiaires, ce qui empêchait les créateurs de recevoir leurs gains. Depuis, les rumeurs de bannissement reviennent à intervalles réguliers : le porno fait fuir les investisseurs alors que l’entreprise songe à entrer en Bourse.
Malgré son immense avance sur son marché, Onlyfans présente toutefois de nombreux défauts. Pour commencer, les utilisateurs du site se plaignent régulièrement du module vidéo, et le site rencontre des problèmes de latence voire d’inaccessibilité dans certains pays. Interdit (dans sa version non censurée) des magasins d’applications (App Store et Google Play Store), il n’est accessible qu’en version web, ce qui apporte là encore son lot de problèmes techniques sur certains navigateurs.
Mais les créatrices de contenus se confrontent avant tout à la pauvreté du moteur de recherche interne, quasi inexistant, à l’exception d’un onglet de suggestion aléatoire. Concrètement, il faut taper le nom exact d’un compte pour le retrouver. Pour les créateurs et créatrices, cela signifie qu’ils ne peuvent pas compter sur Onlyfans pour les mettre en avant, et qu’ils doivent se faire connaître d’une manière ou d’une autre pour être retrouvés sur la plateforme. Ils contournent donc cet obstacle en se faisant de la publicité entre elles directement sur Onlyfans, ou en promouvant leur contenu sur d’autres plateformes à commencer par Reddit et Tiktok.
Mais c’est bien Twitter qui s’est imposé comme un incontournable de la promotion depuis le bannissement des contenus sexuels de Tumblr en 2018. Et pour cause : le réseau social ne censure pas les nus (contrairement à Facebook et Instagram) ; les comptes sont ouverts, ce qui signifie que n’importe qui peut voir le contenu ; et plus généralement, il permet à cette communauté de s’organiser. Twitter avait donc un véritable coup à jouer : la plupart des adeptes d’Onlyfans sont déjà sur sa plateforme, il n’avait plus qu’à leur donner les outils pour vendre leurs contenus. Mieux, le réseau social a déjà un modèle d’abonnement – les « Super follows » – en place depuis fin 2021.
Reste qu’un autre problème se serait alors posé à Twitter : la réaction des annonceurs,  dont il dépend pour l’écrasante majorité de son chiffre d’affaires. Le projet était donc quoiqu’il en soit à double tranchant, mais il s’est arrêté avant, à cause d’un problème bien plus gros.
D’après The Verge, l’équipe en charge d’auditer la faisabilité du projet a déterminé en avril 2022 que Twitter n’était pas en capacité de détecter avec précision et à l’échelle la pédopornographie. Ce n’est pas tout : le réseau social n’aurait pas les outils suffisants pour vérifier que les créateurs et consommateurs de contenus sexuels aient la majorité. Une porte-parole a répondu au site américain que Twitter investissait de façon significative dans de la technologie et des outils pour lutter en ligne contre la maltraitance des enfants.
Mais le sujet de la modération de ces contenus serait récurrent depuis plus d’un an dans l’entreprise, qui s’appuierait sur des outils de détection dépassés, et serait confronté à un flot toujours plus important d’images et de vidéos. The Verge s’étend en détail sur les lacunes du réseau social, sur la base d’un rapport interne.
Et les problèmes posés par le manque de régulation du porno sur Twitter ne s’arrêtent pas là. En France, en début de semaine, plusieurs associations de protection de l’enfance ont réclamé auprès des autorités (dont le régulateur, l’Arcom) le blocage de Twitter. Leur raisonnement : la plateforme autorise l’ouverture d’un compte dès 13 ans, et surtout, elle ne vérifie pas la déclaration de l’âge.
De plus, la censure (pour les utilisateurs d’âge qui ont moins de 18 ans) des contenus pornographiques est décidée par la personne qui les publie, au moment de la publication. En conséquence, il est très facile pour un mineur d’accéder à du porno sur Twitter. Autant dire que l’entreprise a bien des points à régler (en plus de son procès sur le rachat par Elon Musk) avant de se réintéresser au marché de la pornographie.
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