Tirer profit de l'interculture – Bénéfices du couvert végétal – Terre-net

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Jean-Paul Durand, agriculteur dans les Côtes-d’Armor, profite tant qu’il le peut de la couverture végétale de ses sols en interculture. Au mieux, il implante un mélange d’espèces, sinon il trouve un compromis avec la phacélie. Mathieu Pavy, son technicien chez Triskalia, observe souvent sur le terrain un recours à la simplicité pour respecter la réglementation. Mais aussi la volonté de certains agriculteurs de voir plus loin.
Jean-Paul DurandJean-Paul Durand : « Je cherche avant tout à simplifier le travail ». (©Terre-net Média)
Jean-Paul Durand, agriculteur à Saint-Potan dans les Côtes-d’Armor, implante des couverts en interculture depuis 15 ans, « soit bien avant que la réglementation ne l’impose. Je cherche avant tout à simplifier le travail et la couverture hivernale y participe. Couvrir le sol l’hiver limite l’érosion et me permet de conserver la matière organique.
Concernant les espèces, j’évite la moutarde du fait de la présence de colza dans ma rotation, surtout que j’ai des problèmes de hernie. J’aime bien tester différentes espèces, avoine, phacélie, radis… et mélanges. Toutefois, je privilégie ces derniers parce qu’ils sont source de plus de bénéfices. Le niveau de biomasse, par exemple, est souvent impressionnant, surtout celui des radis, donc la couverture du sol est rapide. Et les mélanges laissent derrière eux une très belle structure de sol.
L’idéal est d’implanter le couvert 10 jours après la moisson. Mais entre la récolte, l’épandage de lisier, le ramassage de la paille, l’implantation des colzas et l’activité fraises… en raison de la charge de travail à cette période, je ne peux pas toujours respecter ce délai. Et sur le plan agronomique, un semis précoce supprime l’opportunité du faux semis pour lutter contre les adventices.
En 2013, j’ai semé de la phacélie vers la mi-septembre, avec un semoir à céréales combiné à une herse. Le couvert a un coût. Autant bien le faire. A cause de la météo douce et humide, les couverts se sont fortement développés et en même temps les parcelles ont vraiment tardé à ressuyer. J’ai dû attendre mi-mars pour les détruire alors qu’un mois plus tard, je devais semer mon maïs. Je suis repassé une ou deux fois pour qu’ils se décomposent bien.
Pour faciliter leur décomposition, je n’enfouis pas trop les végétaux au moment de leur destruction. Comme ça, je préserve la matière organique en surface, le sol est plus poreux et facile à travailler. Mon objectif est de semer le maïs derrière sans labour. »
Mathieu Pavy, technicien de la coopérative Triskalia dans les Côtes-d’Armor : « Le choix des espèces dépend souvent de la motivation de l’agriculteur à chercher plus loin qu’une réponse à une obligation réglementaire. Sur mon secteur, la moutarde ou la phacélie sont les plus courantes. Le coût représente également un frein. Un couvert élaboré revient à 50-60 €/ha. Alors si l’agriculteur n’y trouve que peu d’intérêt et qu’en pratique, les différentes tailles de graines rendent l’implantation plus difficile, semer le couvert devient l’une des dernières priorités de l’été… Ainsi, leur premier choix se porte plus facilement sur la moutarde ou l’avoine d’hiver. La phacélie constitue déjà une alternative un peu plus technique du fait de son action sur la structure du sol.
Le couvert peut aussi servir de fourrage. Le ray-grass d’Italie est le moins onéreux et peut être associé au trèfle incarnat. Des mélanges comme Prota plus de Barenbrug se composent, par exemple, de deux ray-grass et deux trèfles. Ces cultures sont valorisées au choix par un pâturage d’automne, un ensilage ou une fauche et un enrubannage. Profiter de l’interculture pour sécuriser son stock fourrager, voire approcher l’autosuffisance, est une stratégie qui se répand avec l’agrandissement des élevages.
D’autres mélanges sont choisis pour leurs effets agronomiques. La combinaison de radis, phacélie et avoine diploïde agit sur la structure du sol. D’autres favorisent la teneur en biomasse en amenant de l’humus. Trèfle, vesce et phacélie captent l’azote pour un relargage profitable aux cultures suivantes.
Ces dernières sont cependant interdites en systèmes hors sol. En effet, en Bretagne, les agriculteurs dont les parcelles sont situées en zone de bassins versants doivent, pour implanter des légumineuses, justifier d’une valorisation possible par leur troupeau, ceci afin d’éviter les accumulations d’azote. Une option donc réservée aux élevages bovins. De plus, les légumineuses ne sont autorisées qu’en mélange, et dans la limite de 20 %.
L’implantation joue sur le développement des plantes d’interculture et donc sur l’effet sur la structure du sol. Un semoir de type Delimbe, équipé d’une soufflerie qui propulse les graines, assure une meilleure implantation qu’un semoir à céréales. La date de semis a également une influence sur la qualité du couvert végétal. Elle doit être proche de la moisson pour bénéficier d’un sol humide, favorable à la levée des graines. Dans certains cas, notamment dans les exploitations d’élevage, la gestion des pailles retarde l’implantation de l’interculture.
La réglementation fixe la date limite d’implantation de l’interculture au 10 septembre après une céréale et au 1er novembre derrière un maïs. Les canes de maïs broyées puis incorporées légèrement peuvent faire office de couvert. Tout comme les repousses de colza, à condition qu’elles soient suffisamment denses.
En zones de bassins versants surtout, le maïs fourrage sous couvert progresse. Du ray-grass est alors semé au moment du binage au stade 10 feuilles de la culture. Après l’ensilage, le couvert est pâturé en mars avant les semis suivants.
Le couvert peut être détruit mécaniquement à partir du 1er février. La réglementation autorise un roulage anticipé en cas de végétation fortement développée ou de floraison imminente. L’outil le plus efficace est le déchaumeur rapide à disques, qui mélange le couvert à la terre sur 5 cm de profondeur et facilite le séchage de la végétation. L’intervention chimique est réservée à une destruction dans une culture en place, comme pour le colza sous couvert.
En Bretagne, le passage quasi systématique de la tonne à lisier réduit considérablement les bénéfices potentiels du couvert d’interculture sur la structure du sol. Même si celles à trois essieux limitent le phénomène de compaction, les tonnes tassent les sols et cassent leur structure. Elles impliquent forcément un passage de décompacteur derrière. Pour résoudre ce problème, il est possible d’utiliser des épandeuses sans tonne. »
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