Témoignages | Que sont devenus les Ukrainiens exilés dans les Pyrénées-Orientales ? – Made In Perpignan




Article mis à jour le 4 août 2022 à 13:33
Installée à Alénya, Maryna fait partie des 90.000 Ukrainiens arrivés en France depuis le début de la guerre avec la Russie. Dans les Pyrénées-Orientales, 672 autorisations de séjour provisoires ont été délivrées par la Préfecture. Maryna est venue en France via Barcelone ; en stage au sein de la rédaction, elle a eu à cœur de nous décrire son parcours depuis son départ de Vinnytsia (au centre de l’Ukraine) accompagnée de ses 2 filles et de ses parents.
« Je m’appelle Maryna, j’ai 35 ans, je suis Ukrainienne et j’ai fui la guerre. Mon histoire ressemble beaucoup à un film d’action : la guerre, les valises, la gare, une nouvelle vie. Il n’est un secret pour personne que le 24 février, la vie de chaque Ukrainien a changé pour toujours. Beaucoup ont perdu leur maison, leur famille, leurs amis. J’ai eu la chance d’emmener mes enfants et mes parents hors du territoire occupé. Mon mari, malheureusement, est resté en Ukraine. Le 8 avril, j’arrive à Perpignan avec 2 valises et un sac à dos. Ainsi commence mon histoire en France ».
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Maryna ne fait pas partie des premiers réfugiés Ukrainiens arrivés à Perpignan dès le 2 mars. Les services de l’État avaient déjà mis en place un parcours et une organisation pour assurer l’accueil de ces femmes et enfants qui fuyaient la guerre aux portes de l’Europe.
« À la gare, nous avons été accueillis par le chef de gare. En Ukraine, on dit que rencontrer le premier homme porte chance. Et, ce proverbe s’est réalisé, car aujourd’hui, je peux dire que j’ai de la chance. La chance d’avoir de quoi manger, un logement pour m’abriter et des amis qui m’aident.
Dès notre arrivée à la gare de Perpignan, nous avons été pris en charge par l’association Acal*. Première difficulté, la barrière de la langue. Je ne comprenais pas un mot de ce que ces personnes me disaient. Heureusement, une Ukrainienne, parmi l’organisation, nous a aidé pour la traduction. D’autres Ukrainiens n’ont pas eu cette chance, et ne pouvaient compter que sur le traducteur Google. Mais les échanges téléphoniques restent très délicats, et notamment avec les services sociaux. 
« À la gare, une personne a téléphoné. Nous avons été conduits, mes filles, mes parents et moi dans les locaux de l’Acal ; nous avons rempli les papiers et ensuite on nous a donné l’adresse de l’hôtel. L’Acal gère les logements temporaires pour les Ukrainiens, des bons alimentaires, et nous accompagne dans notre parcours administratif, et notamment auprès de la Préfecture.
C’est d’ailleurs la Préfecture qui délivre aux Ukrainiens le très convoité « papier rose » – un document de protection temporaire. J’ai été frappé par tous les papiers qui sont demandés en France. Et parfois ces documents sont très longs à obtenir. J’ai donc compris, qu’en France, sur le volet administratif, il fallait s’armer de patience ».
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Après l’élan de générosité de l’accueil d’urgence, il a fallu gérer le plus long terme. Sortir ces familles des hôtels pour les installer dans des appartements où elles pourraient enfin se projeter dans l’avenir.
« Alors que le traitement de notre allocation pour demandeurs d’asile est en cours, nous pouvons compter sur les coupons alimentaires. Le nombre de coupons est proportionnel aux membres de la famille. Une famille de trois personnes reçoit ainsi 18 coupons pour 2 semaines. Chaque coupon a une valeur nominale de 7,62€.
Avec cette somme, j’achetais chaque jour de la nourriture. J’allais au magasin la calculatrice de mon téléphone en poche pour m’assurer de ne pas dépasser ce montant. Aujourd’hui, nous sommes dans un village de vacances. Et j’ai un frigo, une cuisinière et un micro-ondes, je peux enfin faire la cuisine pour mes filles ».
Sur les 672 Ukrainiens accueillis dans les Pyrénées-Orientales, 270 familles sont encore dans des hébergements précaires. C’est le cas de Maryna. L’association Habiter en Terres Catalanes lance un appel pour trouver des propriétaires solidaires.
« Chaque semaine de nouvelles familles arrivent dans le département. Elles sont prises en charge par les dispositifs d’hébergement pour régulariser leur situation sur le territoire. À ce jour, ce sont 270 ménages à sortir de l’hébergement d’urgence. Aussi nous renouvelons notre appel aux propriétaires pour qu’ils nous confient la gestion locative d’un bien à leur profit »
Habiter en Terres Catalanes rappelle l’importance d’un logement pérenne. « Disposer de son propre logement, c’est disposer d’un lieu à soi pour se reconstruire. Les habitudes reprennent leur place. Retrouver un rythme quotidien pour donner un cadre aux plus jeunes et supporter la cassure ». 
Alors que le président ukrainien Volodymyr Zelensky appelle les habitants de la région de Donetsk à évacuer pour échapper à la « terreur russe » et aux bombardements sur ce territoire de l’est du pays, Svetlana se souvient de son départ en 2016.
« Je m’appelle Svetlana, j’ai 30 ans. Mon histoire est celle de la plupart des femmes des régions de Lougansk et de Donetsk. En 2016, lorsque la guerre a éclaté dans la région, j’ai déménagé à Kharkiv. J’ai dû y reconstruire ma vie. Pour moi, c’était comme un mauvais rêve emplit de larmes, de désespoir. Je ressentais une envie brûlante de tout oublier. C’était très difficile de repartir de zéro. Je pensais que ce cauchemar ne pourrait plus recommencer, mais, comme beaucoup, j’avais tort….
« Après les explosions du 24 février, je suis descendue dans le sous-sol de mon immeuble, et j’y suis restée pendant une semaine complète, sans douche et une nourriture sommaire. Puis j’ai eu la chance de pouvoir prendre le train vers Lviv. Le train a parcouru 1.013 kilomètres en 24 heures. J’étais debout dans l’allée, le train était bondé, il n’y avait plus de place assise. Et j’ai revécu le traumatisme de 2016, la vie, l’envie, les pensées disparaissaient. Je devais à nouveau tout recommencer et je n’avais même plus la force de pleurer.
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La jeune femme nous explique sa nouvelle vie en France. « De Lviv, je suis allée en Pologne, puis direction Nice où des proches nous ont orientés vers Perpignan ; là j’ai eu la chance de trouver un emploi. En Ukraine, je suis créatrice de vêtements : je créais des modèles pour enfants. Mais ici, sans connaître la langue, je travaille désormais comme couturière. Depuis que nous sommes logés à Alénya, pour aller travailler, je me réveille tous les jours à 5 heures du matin car je dois être au travail à 7 heures et le premier bus direct est 8 heures. Je dois donc marcher 40 minutes jusqu’à Saleilles et prendre le bus 7 vers Perpignan.
Je ne dors pas assez, c’est vrai ; une fois, j’ai failli m’endormir sur ma machine à coudre. Mais je ne peux pas me plaindre, car chaque matin, je vois le soleil se lever et je remercie Dieu d’être en vie. Pendant mon temps libre, j’apprends le français grâce à des vidéos sur internet. J’ai toujours l’impression de ne pas en faire assez, de ne pas travailler pas assez, de ne pas apprendre le français assez vite.
Cette culpabilité intérieure me ronge. Je prie aussi pour nos soldats, car je crois en notre victoire et je rêve, dès que possible, de rentrer chez moi dans une Ukraine libre » .
Yuriy et Tatiana vivaient jusqu’à fin mars à Berdyansk. Cette ville au bord de la mer d’Azov est occupée depuis le 24 février par l’armée russe. Les grands-parents de Yeva et Sofia se souviennent de la vie paisible qu’ils avaient d’être contraints de tout quitter.
« La décision de partir a été très difficile pour nous. Lorsque les chars russes sont entrés dans Berdyansk, nous pensions qu’au bout d’une ou deux semaines tout serait fini et qu’ils partiraient. Puis, les rayons des magasins et des pharmacies se sont vidés. Pour retirer notre argent à la banque, il fallait faire la queue dès 5h du matin. Une fois, je suis arrivé à 7h30 heures et j’étais 180ème dans la file. La file d’attente s’est formée naturellement. Il fallait demander quel numéro était le dernier et écrire celui qui suivait sur la main. La plupart écrivaient avec un stylo le numéro sur leur main, comme en prison. Avec le recul, cela semblait absurde.
Sortir pour aller faire les courses était effrayant, je devais passer devant un char sur lequel un soldat russe portait fièrement sa mitrailleuse. Et au coin de la rue, j’imaginais qu’il allait me tirer dans le dos. Puis mon mari a décidé de partir. Il est handicapé, et ses médicaments étaient épuisés à la pharmacie. C’est très effrayant quand il faut faire un choix entre mourir par manque de médicaments ou par un tir dans le dos. Fin mars, nous sommes partis en voiture avec des amis.
Nous avons roulé pendant plus d’une journée, ralentis par 15 postes de contrôle. À chaque checkpoint, nous disions mentalement adieu à la vie. Le couvre-feu nous a surpris sur la route, près du petit village d’Orekhov. Nous avons dû passer la nuit dans le gymnase de l’école, à même le sol, car rien n’était prévu. Nous sommes partis pour la France via Varsovie. Les Polonais ont très bien organisé l’aide aux familles ukrainiennes. Nourriture, couchages, après le choc, c’était le soulagement« .
« Finalement, nous avons fini par rejoindre notre fille à Perpignan. Elle avait quitté l’Ukraine début avril, mais nous n’avions pas pu parler avec elle car les liaisons téléphoniques étaient coupées. Mais, le hasard des choses fait que les amis avec qui nous avons fui Berdyansk sont les parents de l’amie qui a conseillé à notre fille de venir à Perpignan. Perpignan me rappelle beaucoup notre ville, climat chaud, gens sympathiques et mer à proximité. Mon mari parle bien l’allemand, je parle l’anglais et un peu le français. Nous voudrions rencontrer et échanger avec des gens notre âge pour mieux connaître les valeurs d’ici ».
Aujourd’hui, Yuriy et Tatiana ont déménagé dans un appartement. Maryna suit une formation avec le Greta** pour améliorer son français. « J’ai compris, qu’il y avait besoin de traducteurs, et donc je me suis donné pour objectif d’apprendre le français le plus rapidement possible afin d’aider mes compatriotes ».
Marie-France, monitrice éducatrice auprès de l’Acal depuis 3 ans accompagne les 240 familles Ukrainiennes d’Alénya. « Je m’occupe de la scolarité ou de l’animation pour les enfants, et de l’orientation vers l’emploi ou les formations des adultes. Je mets aussi en place les cours de français. Nous tentons aussi de les orienter vers des logements pérennes, afin qu’ils puissent se projeter sur plusieurs mois, s’ancrer en France. Pour ce qui est de la situation en Ukraine, ils sont très pudiques, ils en parlent rarement. Quant aux enfants, ils dessinent des choses ; mais ça reste très coloré comme le drapeau de l’Ukraine. Mais le plus souvent, nous parlons de leurs soucis quotidiens, la banque, Pole Emploi, ou l’école ». 
Maryna souhaite s’intégrer rapidement dans la société et compte beaucoup sur les cours de langue. « J’ai eu la chance grâce à Pole emploi d’accéder aux cours de langue dispensés par le Greta. C’est là que commence mon intégration dans le milieu français, qui se poursuit encore aujourd’hui. Il y a des milliers d’histoires comme celles que j’ai partagées ici. Avec Svetlana, Yuriy et Tatiana nous partageons tous l’envie de nous adapter à notre nouvelle vie. Mais en tant qu’Ukrainiens, nous continuons, à notre façon, de nous battre pour notre liberté et celle de notre pays ».
*Acal : Association Catalane d’Aide aux Libérés.
** Greta : Les Greta sont les structures de l’éducation nationale qui organisent des formations pour adultes dans pratiquement tous les domaines professionnels.
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