Salaires : des rémunérations en hausse, mais sous l’inflation – La Croix

Selon le cabinet Deloitte, la hausse médiane des salaires s’établit à 2,5 % en 2022. Si ce chiffre reste sous le niveau de l’inflation, les rémunérations devraient continuer à progresser à un rythme soutenu dans les prochaines années.
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Salaires : des rémunérations en hausse, mais sous l’inflation
L’inflation pousse les salariés à réclamer des hausses de salaires. Ici, devant le siège social du groupe Thales, dans le quartier d’affaires de la Défense, le 10 mars 2022.
Bruno Levesque/IP3/MaxPPP
Des efforts inédits, en deçà de l’inflation, mais qui devraient se poursuivre à un rythme soutenu : ainsi pourrait-on résumer l’étude annuelle sur les salaires publiée mercredi 31 août par le cabinet Deloitte. Fondée sur l’évolution des rémunérations d’un million de salariés de 300 entreprises, elle souligne en effet une hausse médiane des salaires de base de 2,5 % en 2022.
Cette différence forte avec, par exemple, celle calculée par l’Insee – qui avait noté une évolution du salaire moyen par tête de + 6,1 % au premier semestre – s’explique d’abord par la base de calcul. « Nous comparons des postes de niveau équivalent permettant de rendre compte d’un pourcentage réel d’augmentation », explique Franck Chéron, associé « capital humain » chez Deloitte et coauteur de l’étude.
Cette méthode de calcul permet donc de mieux comprendre les logiques des augmentations, qui ont bénéficié à beaucoup plus de salariés qu’auparavant : 93 % en 2022, contre seulement 55 % en 2021. 70 % ont vu leur fiche de paie grimper de plus de 2 %.
« Cela correspond à leur logique de “sortir la tête de l’eau” des salariés », résume Franck Chéron, pour qui la hausse des rémunérations ne se résume pas aux augmentations, générales ou individuelles. « Il y a un millefeuille de solutions », insiste-t-il. Outre le salaire de base – qui a crû en moyenne de 1,3 % pour les ouvriers, employés, techniciens et agents de maîtrise (Oetam) et de 1 % pour les cadres –, les entreprises ont ainsi beaucoup misé sur la part variable.
83 % des cadres en ont bénéficié, contre 76 % en 2020, « portant le nombre de bénéficiaires au-delà des niveaux pré-Covid-19 », note Deloitte. Même les Oetam sont désormais une majorité à bénéficier d’une part variable : 62 %, contre 49 % en 2021.
La « prime Macron » (« Pepa »), notamment, séduit de plus en plus d’entreprises : 29 % y ont eu recours, 11 points de plus par rapport à 2021. Elle a bénéficié à 34 % des Oetam et 14 % des cadres. Son montant médian a toutefois baissé de 600 à 300 €. « Cela s’explique par une question de calendrier, la reconduction de la prime ayant été décidée bien après que les budgets des entreprises ont été définis », constate Franck Chéron.
L’épargne salariale, enfin, est un levier qui retrouve ses niveaux d’avant-crise : 2 400 € en moyenne pour les Oetam (8 % du salaire annuel de base), qui sont quasiment les trois quarts à en bénéficier, et 4 100 € pour les cadres (6,1 % du salaire annuel de base), qui sont 82 % à en recevoir.
Si on prend en compte tous les éléments, les rémunérations ont donc augmenté de 3,7 % pour les Oetam et de 3 % pour les cadres.
Même si ces augmentations atteignent des niveaux jamais vus depuis une dizaine d’années, elles restent toutefois très en dessous de l’inflation, mesurée à + 5,8 % sur un an selon les derniers chiffres publiés mercredi 31 août par l’Insee. « Il y a un effet retard, l’inflation ayant vraiment commencé à se faire sentir à partir de mars, quand une bonne partie des négociations salariales étaient terminées », relève Franck Chéron.
Pour 2023, les entreprises prévoiraient d’ailleurs déjà des niveaux d’augmentation similaires, avec, constate Franck Chéron, « une volonté de booster les salaires du côté des non-cadres ». Ceux-ci verraient ainsi leurs salaires de base augmenter de 3,5 %, contre 3 % pour les cadres. « L’inflation, couplée aux besoins grandissants d’attractivité et de rétention des talents, encouragent les entreprises à revoir leurs politiques de rémunération afin de rester compétitives sur le marché et booster leurs recrutements », précise l’étude de Deloitte.
Face à une inflation que beaucoup de DRH n’ont jamais connue depuis les débuts de leur vie professionnelle – la faible inflation date du milieu des années 1980 –, des entreprises ont même décidé d’ouvrir dès cette fin d’année les négociations salariales prévues l’année prochaine. Et d’autres se posent la question de négociations non plus annuelles, mais semestrielles, voire trimestrielles.
Elles se préparent en tout cas à une politique salariale prenant en compte une inflation durable. « Jusqu’en 2024, l’inflation totale serait bien au-dessus du rythme annuel moyen enregistré au cours de la dernière décennie et plus proche de son rythme des années 2000, note Deloitte. Ensuite, à partir de 2024, les tendances salariales se normaliseraient à un rythme très progressif, traduisant la persistance liée à la diffusion graduelle de l’inflation. » Le cabinet envisage ainsi des augmentations annuelles supérieures à 2,5 % pour les prochaines années.
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La hausse moyenne des salaires est notamment portée par celle du smic qui, après quatre revalorisations successives en octobre 2021, janvier, mai et août 2022, aura augmenté de 7,96 % en l’espace d’un an. Le smic mensuel net, qui était encore à 1 231 € en septembre 2021, s’établit à 1 329 € depuis le 1er août (+ 98 €).
Avec la prime pour l’emploi, « on arrive à un salaire de 1 475 € », pouvait se féliciter Emmanuel Macron lors de son entretien télévisé du 14 juillet. « Suivez mon regard », avait-il souri, en référence à la revendication de la Nupes d’un smic mensuel net à 1 500 €.
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