« Pendant neuf jours, j'ai navigué en bateau-école pour expérimenter un projet low tech » – Les Echos START

TEMOIGNAGE// En 4e année à Sciences Po Rennes, sur le campus de Caen consacré aux transitions, Mathilde Bourdon, 21 ans, a embarqué sur un voilier-laboratoire fin octobre 2022. Avec 16 autres étudiants, ils ont navigué jusqu'aux îles danoises pendant neuf jours, certains à l'aller, d'autres au retour, dans le cadre du programme universitaire nommé l'Ecole en Bateau. Récit expérimental et nautique.
« Bretonne d'origine et sensibilisée aux enjeux du réchauffement climatique depuis longtemps, j'ai choisi de rejoindre Sciences Po Rennes pour la diversité des cours proposés. Je m'y suis spécialisée en allant sur le campus des transitions de Caen, une entité décentralisée de l'école, où je pouvais allier formations environnementales et urbanistiques.
En ce début d'année, un projet hors du commun nous a été proposé : un voyage au Danemark pour réaliser des projets à impact, avec la possibilité pour une partie de la promotion, d'y aller en voilier. J'ai alors immédiatement pensé au projet développé par Corentin de Chatelperron, 'le nomade des mers' [le nom de la série qui le suit depuis 2015 sur Arte, NDLR]. Il a fait le tour du monde à bord d'un voilier, dans l'optique de recenser les low techs existantes.
Les low techs sont des techniques ou des systèmes qui répondent à un besoin, sont accessibles (en coût et en technicité), réparables et durables. L'objectif est de pouvoir réaliser et raccommoder soi-même des outils ou utiliser des techniques simples mais efficaces au quotidien.
J'avais envie d'expérimenter et de développer un projet concret. J'ai alors exploré plusieurs possibilités. D'abord, l'idée d'un four solaire mais l'incertitude de la météo, d'autant plus à cette période de l'année au nord de l'Europe, m'a amenée à reconsidérer ce qui serait utilisable. Je me suis donc intéressée au 'rocket stove' (littéralement 'poêle fusée' en français). Ce foyer à bois permet de cuisiner et de chauffer de l'eau.
L'intérêt est de pouvoir le fabriquer uniquement avec des matériaux de récupération. Je récupère plusieurs boîtes de conserve emboîtées, un isolant, des rivets [éléments d'assemblage, NDLR] pour faire tenir la casserole… Et je me lance dans la construction du 'rocket stove' avec l'aide de mon père, le week-end avant le départ. Après de nombreux tests sur les découpes sans scie adaptée au métal, nous parvenons à emboîter les conserves. Il ne restait alors plus qu'à isoler.
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Différentes possibilités d'isolation existent : un ciment artisanal, de la laine de roche… Je choisis un mélange de terre argileuse et de paille, à la manière des maisons de couleur orangée communes sur le pourtour méditerranéen. L'avantage de ce matériau est sa solidité car une fois sec, il peut être transporté facilement. L'inconvénient : il est assez lourd. Alors pour alléger le réchaud, j'ai mis au milieu une couche de cendre, un autre isolant naturel plus léger.
Le minifour à bois à gauche, prêt à l'emploi, à droite en construction.Mathilde Bourdon
Une fois fignolé, le prototype est stocké sur le bateau. Cap sur le Danemark pour le premier groupe, plus précisément sur l'île de Samsø. Je fais partie de ceux qui s'y rendent par la terre en bus (plus de 20 heures de route), pendant que d'autres sont partis à vélo. Là-bas, on se retrouve pour visiter l'Académie de l'énergie. Une étape obligatoire sur cette île fonctionnant intégralement grâce aux énergies renouvelables.
A l'issue de cette visite, c'est l'heure de l'embarquement pour le groupe (9 étudiants, 3 skippers), dont je fais partie, qui ramène le voilier en Normandie. Pendant deux semaines, l'Aztec Lady devient notre maison.
Le départ se fait presque immédiatement pour prendre de l'avance sur la météo qui va se détériorer. Nous nous retrouvons donc vite sur le canal de Kiel, lieu de l'inauguration de mon projet low tech. Objectif : faire une tisane pour tout le monde.
Première étape : j'allume un feu dans le foyer du rocket stove. Ensuite, j'attends que l'eau se mette à bouillir, et malgré le vent, ça marche ! Je constate aussi l'efficacité de l'isolation, on peut toucher le réchaud sans se brûler. Je remarque toutefois que la partie isolée à la cendre laisse davantage passer la chaleur. Mais c'est gratifiant d'expérimenter soi-même.
Autre mission pour moi durant la traversée : réfléchir à d'autres outils low-tech à intégrer à la vie à bord. Je me heurte vite à la réalité de ce type d'embarcation, à vocation plus touristique qu'expérimentale. Un désalinisateur d'eau aurait aussi pu être intéressant pour transformer l'eau de mer en eau douce mais les quantités récoltées auraient été de toute façon insuffisantes pour sustenter l'ensemble de l'équipage.
Mathilde Bourdon a navigué pendant deux semaines de l'île danoise de Samsø à Caen avec 8 autres étudiants du campus des transitions, entité dépendante de Sciences Po Rennes.Anaelle Quiniou
Après avoir analysé la faisabilité des différents projets, je décide de concentrer ma réflexion sur la conservation des aliments, une réelle problématique à bord, où l'on manque de place pour stocker des denrées alimentaires. Pendant la traversée, j'échange avec les skippers qui s'intéressent eux aussi à ce type de technique et me présentent leurs méthodes de conservation.
Ces partages d'expériences avec l'équipage étaient particulièrement enrichissants, autant sur le volet personnel que professionnel. Ils nous ont beaucoup aidés, mes camarades et moi, dans le développement de nos projets respectifs. Entreprendre une expérimentation à vocation écologique, sociétale ou scientifique était une condition sine qua none pour intégrer l'Ecole en Bateau.
Sobriété : et si la solution venait des low-tech ?
En parallèle de mon projet sur les low tech, d'autres étudiants-moussaillons ont récolté des déchets en mer pour les revaloriser en oeuvres d'art ou en mobiliers pédagogiques, d'autres ont préféré étudier les puits de carbone en mer ou mesurer la composition chimique de l'eau qui peut être particulièrement polluée dans ces zones côtières surfréquentées par les navires.
Notre aventure collective ne s'arrête pas à notre retour en Normandie. Après le voyage, les projets continueront de vivre. Certains au travers d'une exposition, d'une publication d'un retour d'expérience. Pour le mien, l'objectif est de laisser un libre accès aux résultats et au mode d'emploi afin de sensibiliser aux low techs.
J'ambitionne aujourd'hui d'organiser au campus des transitions à Caen des ateliers de bricolage low tech ou de cuisine afin d'initier les autres étudiants de l'école à ces technologies et démocratiser leur utilisation. »
Si vous avez aussi une belle (ou moins belle) histoire à raconter, n'hésitez pas à nous contacter : redaction-start@lesechos.fr
Et pour lire d'autres témoignages inspirants, c'est ICI .
Mathilde Bourdon
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