Panayotis Pascot à la recherche du « presque soi » – Les Échos

Dans son spectacle « Presque » disponible sur Netflix, l'ancien adolescent prodige de la chronique télévisée se révèle en jeune homme sensible et authentique. Panayotis Pascot nous entraîne avec lui sur le chemin sinueux qui a fait de lui l'humoriste le plus en vogue du moment.
Par Léa Colombo
Lorsqu'on redécouvre Panayotis Pascot sur scène ou sur Netflix, le constat est identique : il en a parcouru du chemin depuis ses débuts au « Petit Journal » à tout juste 16 ans. Les cheveux ont poussé, les traits enfantins ont disparu pour laisser place à quelque chose de plus assuré et de plus composé. Aujourd'hui, loin d'être le « cool kid » de la télévision qu'il était, maître dans l'art du micro-trottoir malaisant, il a mûri pour devenir un adulte capable de livrer un spectacle qui touche du doigt ce qui est peut-être le phénomène le plus malaisant de tous : ressentir des émotions.
Pour s'emparer d'un tel sujet, Panayotis Pascot ne manque pas d'ambition et l'a prouvé par le passé. Adolescent, il monte déjà régulièrement sur Paris, non pas pour sortir avec des amis comme les jeunes de son âge, mais pour attendre les personnalités en vue à la sortie de leur spectacle dans l'espoir de les interviewer pour des vidéos amateurs. Dès ses 13 ans, son palmarès compte notamment Gad Elmaleh ou encore Orelsan. Son acharnement paye puisque c'est Alex Lutz, un des humoristes qui l'inspire, qui lui ouvre les portes de la télévision en le présentant à une directrice de casting. Une semaine avant sa rentrée scolaire, l'improbable aventure de Panayotis Pascot débute et il signe officiellement chez Canal+.
Pour « Le Petit Journal » puis « Quotidien », Panayotis Pascot devient alors un expert dans l'art du micro-trottoir embarrassant, qui frôle parfois le ridicule, et pour lequel le jeune homme n'hésite pas à donner de sa personne. Cela lui a-t-il permis d'acquérir une discipline de travail ? « Cela m'a surtout fait manquer des heures de sommeil », se rappelle l'humoriste, aujourd'hui âgé de 24 ans, conscient d'avoir réussi ce travail d'équilibriste au prix de grands sacrifices, « Je ne faisais rien d'autre. J'allais à l'école en banlieue, un chauffeur venait me chercher pour tourner les chroniques et je rentrais chez moi pour faire mes devoirs à une heure du matin. J'ai tenu une année, suffisamment pour décrocher mon Bac avant d'emménager à Paris pour la seconde saison. »
Sans regret, le jeune homme quitte le monde de la télévision au bout de cette dernière pour se consacrer exclusivement à sa passion : la scène. Loin d'être un retour en arrière, ces deux années au contact d'une équipe jeune et humoristique lui ont donné l'expérience nécessaire pour prendre un risque et surtout le temps nécessaire pour « retenter, créer et peinturlurer ». Le résultat est un virage surprenant.
Quand on lui dit que, non, son spectacle n'est pas forcément drôle voire carrément triste, Panayotis Pascot rit franchement avant d'acquiescer : « passer un bon moment, ça ne veut pas dire rigoler de A à Z ». Admirateur d'un genre comique capable de jongler entre le rire et les larmes, Panayotis Pascot veut refléter ce paradoxe dans son spectacle : « Faire du stand-up, cela passe par beaucoup d'humeurs. Cela représentedes soirées entières à fixer son plafond en se disant « mais je suis une merde, pourquoi je fais ça, ce n'est pas intéressant ce que je raconte » et puis le lendemain, au contraire, sortir de scène et se dire je suis le plus grand des génies de tous les temps », explique-t-il, loin de nous cacher les tumultueux courants qui l'agitent. Pourtant, Panayotis Pascot s'accroche à ces instants plus sombres pour en exhumer des moments vibrants. Ou comme le formule son ami comédien canadien Adib Alkhalidey, qu'il cite, « chercher un diamant dans de la merde »…tout un programme.
Pression sociale, santé mentale, rapport intergénérationnel : le comique n'élude aucun sujet délicat et n'hésite pas à pousser son spectacle loin dans l'introspection. « C'est difficile car il faut trouver la bonne distance quand on travaille sur des choses intimes. On aborde des choses très collé à soi et parfois quand on est proche de l'éléphant, on ne le voit pas forcément ».
Malgré le caractère exposé de son seul en scène, Panayotis Pascot s'entoure d'une équipe de comiques pour puiser dans cette matière brute. Fary , son ami et metteur en scène, l'aide notamment à atteindre l'équilibre entre le trop et le pas assez : « On a beaucoup discuté sur les moments durs qu'il a traversés, on a retravaillé beaucoup de nuances », explique le créateur d' « Hexagone » qui connait l'artiste depuis ses 14 ans et l'a vu grandir : « Le stand-up lui a permis d'exister autrement qu'à travers les autres ou en tout cas de ne pas exister de façon assez authentique. Il a pu vraiment exprimer sa créativité sans autre contrainte que le rire dont il a même réussi s'affranchir. Aujourd'hui, il arrive à être juste sincère et à dire des choses ».
Thème central de son premier spectacle, sa famille est un autre pilier de sa vie d'artiste. Son frère comédien gère sa tournée, un autre est devenu son avocat. Une revanche pour ce petit dernier qui a longtemps eu du mal à trouver sa place au sein de cette fratrie de six enfants : « j'étais un peu seul là où les autres, plus rapprochés en âge, ont grandi en groupe » explique le cadet qui évoque avec nostalgie cette période, « cela m'a permis de développer ma fibre artistique très tôt car je passais mes week-ends à lire, à découvrir des albums vinyles, à regarder des films ».
C'est cette « famille de vanneurs », comme il l'appelle, qui lui a fait prendre conscience de la portée de l'humour. Face à ce comique en herbe, les adultes cèdent et l'autorisent à rester plus longtemps à table. Les aînés au collège l'intègrent davantage dans leur cercle. Une révolution pour le jeune Panayotis Pascot : « C'est un énorme atout pour pouvoir être aimé par les autres que de savoir faire des blagues ».
Et s'il évoque dans son stand-up la difficulté d'être pleinement soi à vingt ans ainsi que l'acceptation de sa sexualité, son récit fait écho à l'histoire de son père, soixantenaire et stéréotype vivant de ce que doit être un homme, un vrai. Avec humour, il déconstruit savamment les attentes qui pèsent sur les garçons et puis les hommes en prise avec leurs émotions. Et ce, parfois brutalement, au risque de froisser son propre géniteur : « Ma mère a tout de suite adoré. Mon père, ça a été un peu plus compliqué au début mais il a compris au bout d'un moment que c'était vraiment une déclaration d'amour plutôt qu'un constat amer. Au contraire, c'était une main tendue, pleine d'amour et d'espoir ».
Ce curieux spectacle crée dans son propre foyer des conversations sur la manière dont chacun à vécu son enfance, une chance pour laquelle le jeune homme est reconnaissant d'autant plus qu'il reçoit régulièrement des messages d'inconnus qui disent se reconnaître dans sa création. La confirmation que parvenir à être « presque » soi relève déjà d'un sacré chemin parcouru.
« La masculinité, la féminité, ça ne m'intéresse pas vraiment », confie Panayotis Pascot avant de se corriger, « la définition pure et dure de la masculinité en tout cas ». Cheminement subtil sur la voie de ce qui l'a poussé à devenir qui il est aujourd'hui, un garçon qui ne sait pas embrasser une fille et encore moins parler de ce qu'il ressent ou non, « Presque » est un spectacle lumineux sur la quête de l'être humain éternellement inachevé, avec ses désirs et ses contradictions. Un terrain de jeu qui convient parfaitement à l'humoriste : « C'est super de se définir quand on est à l'aise avec les définitions mais parfois ça stoppe un cheminement de réflexion. Au contraire, quand il n'y a pas de définition, on continue à essayer de la chercher, sans forcément vouloir la trouver, et ça nous pousse tout le temps à se remettre en question, à se demander comment on vit les choses, comment on les interprète, comment on les ressent ».
Produit de son époque et d'un progrès qui a permis d'ouvrir les digues, son one man show se trouve au croisement d'une abondance de questions : « qu'est-ce que ça veut dire qu'avoir des envies quand tu es petit et changer d'un seul coup de cap ? Comment gérer le fait d'être persuadé que tu seras comme ton papa ou comme ta maman alors que tu ne l'es pas du tout, ce sont ces enjeux-là qui m'intéressent davantage ».
Avec un CV aussi prolifique à un si jeune âge et autant de réflexion presque philosophique, nul n'en voudrait à Panayotis Pascot de se dévouer corps et âme au stand-up. C'est pourtant mal le connaître. En plus de ses représentations à guichets fermés, le jeune homme narre la seconde saison d'un podcast intitulé « Ça a commencé comme ça ». Dans chacun des épisodes de cette collaboration entre Binge Audio et la Bourse du Commerce, il fait le tour des grandes figures de l'art contemporain, une de ces premières vocations : « J'ai suivi beaucoup de cours d'arts plastiques et cela m'intéressait énormément plus jeune. L'art contemporain essaie de convoquer des émotions sans dire forcément, et c'est au spectateur de faire le trajet ». En succédant au micro de Charlotte Le Bon, la présentatrice d'origine, il emprunte lui aussi des chemins de traverse.
Ce #podcast cache une recette… d'œuvre d'art. 🍽️
Saurez-vous reconnaître la peinture dont il est question ?

Pour en savoir plus, écoutez le 2e épisode de #ÇaACommencéCommeÇa : https://t.co/kX7PmYaq6b pic.twitter.com/xeGJihyZW4
Et quoi de mieux sur la route vers le « presque » soi que de s'imaginer être un autre. Depuis août, Panayotis Pascot tourne également une série pour Arte intitulée « De Grâce ». Il incarne dans cette production dramatique, réalisée par Vincent Maël Cardona ( « Les Magnétiques »), Simon, mêlé à une sordide affaire de drogue en plein coeur du Havre. Si son personnage a quelques similitudes avec le comédien, dont une relation complexe avec son père, un docker syndicaliste incarné par Olivier Gourmet là où Philippe Pascot est lui-même un ancien homme politique proche du mouvement des Gilets Jaunes, et quelques différences (une moustache plus fournie), la fiction est une expérience déroutante pour le jeune homme.
Plus taciturne, timide et renfermé que ne l'est Panayotis Pascot, ce personnage lui permet de prêcher le faux pour trouver une part de vrai : « Il pourrait être ce que j'aurais pu devenir si je n'avais pas commencé à me remettre en question en montant sur scène et en parlant de mes émotions ». Pourtant jouer un autre rôle que le sien s'avère difficile pour l'humoriste de l'intime : « Etre au service d'une histoire que je ne contrôle pas, c'est plus compliqué pour moi. On fait 25 fois la scène et on voit le résultat monté six mois plus tard et puis plein de trucs sont coupés. Le projet est diffusé au bout d'un an dans les salles avec un étalonnage de ouf, des plans serrés. Il n'y a pas une vérité du moment ou alors on est obligé de la recréer, alors que sur scène il y a quand même quelque chose de très authentique toujours présent ».
En attendant de passer derrière la caméra pour raconter d'autres vérités, un voeu cher pour celui qui a déjà réalisé un court-métrage « Merci de votre visite » dans lequel il joue un guichetier de banque dépressif, Panayotis Pascot continue de se dévoiler sur scène à travers la France. Dernier lieu de sa villégiature quasi-thérapeutique et pas des moindres, l'Opéra Garnier. Le 15 janvier, il défendra son stand-up à 15 heures, 18 heures et 21 heures dans l'un des endroits les plus emblématiques de la capitale. Une consécration qui dépasse quelque peu l'artiste. « C'est la première fois probablement que je vais voir des yeux aussi émerveillés que les miens », s'enthousiasme Panayotis Pascot qui a tenu auprès de l'institution à conserver des prix bas, accessibles à tous. « Je voulais vraiment retrouver le même public qu'à l'Européen. C'est dommage d'aller jouer à l'Opéra si c'est pour être devant un public blindé qui a l'habitude des dorures ».
Panayotis Pascot à l'Opéra GarnierDR
Ce marathon de trois représentations dans la même journée, qui a affiché complet en moins de 24 heures achève la métamorphose d'un artiste : « Cela clôture ce spectacle qui a été le parcours initiatique de comment un enfant devient un adulte et que j'ai commencé dans des caves à Paris devant 20 personnes et que je termine devant 6.000 personnes à l'Opéra Garnier dans le plus beau théâtre de France. Il y a un trajet pour moi qui est très significatif du spectacle ». Un petit stand-up devenu grand, donc, à l'image de son créateur.
Ce qui différencie peut-être « Presque » d'un autre spectacle de stand-up n'est pas tant sa propension à faire rire que sa volonté limpide de raconter une histoire. En cela, comme le confie Fary qui est lepremier humoriste français a s'être vu accorder un « special » par Netflix, le choix de la plateforme n'est pas anodin : « Cela rend accessible un genre de spectacle un peu psychologique et verbeux, teinté d'une forme d'honnêteté poétique par moments, qui peut être sujet à de l'incompréhension au regard de ce qui se fait en France sur scène. Or, la captation est vraiment à l'image de ses envies artistiques ».
Avant même que le spectacle ne démarre, on découvre le jeune homme solitaire face à une marée de couples amoureux, annonciateur du fil rouge du spectacle : un héros malgré lui qui tente, retente (et reretente) d'embrasser l'élue de son coeur. Les ingrédients sont les mêmes que pour un bon film; une trame, des blagues hilarantes qui prennent leur temps pour éclore, et une chute puissante et sensible. « J'ai très vite compris en montant sur scène que ce qui m'intéressait face à une salle pleine de gens que je ne connais pas, ce n'était pas de les faire rire, c'était de leur transmettre une histoire », explique Panayotis Pascot. A voir sa communication, entre sa publicité pour le moins originale sur le site Pornhub qui devient virale pendant le confinement ou la manière dont il réalise une mise en abyme pour sa propre promotion sur Netflix, son storytelling est acéré et il adore cela.
Pourtant, à l'origine, le spectacle se veut moins cinématographique, les blagues s'enchaînent, le public rit, mais sur scène le comédien ressent un vide : « c'était autant une question d'ego que de bien-être. Pour garder le public, même lorsque le spectacle devenait hyper personnel voire bizarre, il fallait attiser leur curiosité. Je suis comblé en sortant de scène quand je sens que tout le monde a compris cette histoire ». Que l'audience ait saisi ou non l'intention du jeune comique, la captation, elle, s'attarde encore quelques instants sur le visage grave de l'homme de l'heure et nous laisse l'impression que l'on vient d'assister à quelque chose de, sinon profondément sérieux, véritablement humain.
Léa Colombo
Tous droits réservés – Les Echos 2022

source

https://seo-consult.fr/page/communiquer-en-exprimant-ses-besoins-et-en-controlant-ses-emotions

A propos de l'auteur

Avatar of Backlink pro
Backlink pro

Ajouter un commentaire

Backlink pro

Avatar of Backlink pro

Prenez contact avec nous

Les backlinks sont des liens d'autres sites web vers votre site web. Ils aident les internautes à trouver votre site et leur permettent de trouver plus facilement les informations qu'ils recherchent. Plus votre site Web possède de liens retour, plus les internautes sont susceptibles de le visiter.

Contact

Map for 12 rue lakanal 75015 PARIS FRANCE