Origines marranes de ma famille en Nouvelle-France – frblogs.timesofisrael.com

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Origines clandestines, racines de réfugiés

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« Jusqu’à Toi Québec 2008 – Hommage aux Filles du Roy » fresque de Suzan Edith Baron Lafrenière

Je suis marié à une québécoise d’origine colombienne qui est ébahie par notre « obsession » pour la généalogie. Cette quête des origines souvent passionnée de plusieurs québécois l’a marquée dès son arrivée il y a dix ans. A ses moqueries alléguant que nous nous réfugions dans le passé, je lui rétorque doucement que mes propres recherches sont réellement en train de changer mon présent, et peut-être pas seulement le mien…
Là où j’ai vraiment réussi à la gagner, c’est lorsque je lui ai révélé que j’avais découvert que mes ancêtres maternels avaient été, comme elle, des réfugiés, des migrants, fuyant un contexte de persécutions religieuses en Europe pour immigrer en Nouvelle-France. Et surtout, que ces petites découvertes m’ont apporté d’immenses surprises en détruisant (encore) le mythe de l’origine monolithique catholique française des ancêtres québécois arrivés avant 1760.

Mais comment le fait de jeter un peu de lumière sur mes racines pourrait-il modifier mon présent ?
On pourrait considérer la recherche généalogique et historique comme un luxe; dans mon cas j’exagère à peine si je dis qu’elle fut vitale et salutaire. Il existe parfois des non-dits ou non-sus transmis sur des générations durant qui peuvent finir par faire mal, de racine à bourgeon, et causer, à force de malentendus, des petites tortures d’incompréhension supportables. Peut-être que certains lecteurs me comprendront.
Je crois que la distance temporelle qui nous sépare d’un ancêtre ayant vécu il y a 500 ans nous donne souvent l’illusion que ce dernier n’est qu’un étranger dont le vécu n’a pas pu avoir une bien grande influence sur ce qu’on est devenu, ou juste un peu plus que la lune dans les marées de ma tasse de thé. Au contraire, je pense que de connaître ses coutumes ou ses traumatismes, surtout celles et ceux qui ont traversé la transmission générationnelle jusqu’à nous, peut grandement nous éclairer le chemin de l’épanouissement personnel et collectif.
Surtout, le simple fait de rendre conscient des sentis inconscients, de fournir des réponses intellectuelles à des intuitions profondes, constitue la source d’un vif bonheur et d’un indescriptible sentiment de libération. Peut-être même dans certains cas d’une éclatante lumière éclairant le chemin d’une vie.
Etranges coutumes

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 » À la lueur des bougies » oeuvre de Suzan Edith Baron Lafrenière

L’histoire de ma quête commence dans l’enfance avec une panoplie de questions inassouvies sur le caractère particulier de ma famille maternelle. Mais c’est lors de mon arrivée en Israël à l’âge de 17 ans que j’ai réellement eu le déclic, le choc foudroyant de conscience du fait que toutes ces questions inexprimées et enfouies sous ma timidité quasi-maladive n’étaient au fond pas si stupides, absurdes ou futiles que je l’avais cru jusqu’alors.
Je garde ce souvenir qui peut sembler anodin; il fut pourtant emblématique de mon passage de l’incompréhension à la joie de comprendre : je mange un de mes premiers repas à Tel-Aviv et on nous explique le principe casher de la séparation du lait et de la viande : « Tu ne cuiras pas le chevreau dans le lait de sa mère ». Et là-dessus je m’exclame avec un grand enthousiasme plein de naïveté : « Tiens, c’est drôle ! Je ne suis pas tout seul à faire ça ! »
De fait, depuis tout jeune, je ne mélangeais pas la viande et le lait, et je trouvais étrange mes compagnons qui aimaient boire un verre de lait pour accompagner un spaghetti aux boulettes de steak. Et en même temps, celui que je trouvais le plus étrange, c’était moi-même… Je n’avais pourtant jamais entendu parler de ce principe de la nourriture casher. Ce n’est que bien des années plus tard- l’an passé- que ma mère m’a révélé qu’elle tâchait d’éviter cette combinaison, et que j’avais pu être inconsciemment influencé par elle.
Je me souviens donc de ce sentiment serein au cours de ce repas à Tel-Aviv qui fit passer ma perception de bizzarroïdeté à l’état d’une coutume ancestrale qui avait ses divines raisons. Pendant longtemps après, j’ai cru que ce n’était qu’une coïncidence… C’est un exemple parmi tant d’autres, que je n’aurai pas le temps ou l’espace de partager dans ces pages pour l’instant, à part peut-être de dire que l’allumage des bougies du Shabatt pendant ce séjour jeta un éclairage nouveau sur la coutume qu’avait ma mère de faire brûler des chandelles le vendredi soir.

En somme, à partir de cet instant, au fil des cours sur l’histoire et la culture du judaïsme, où j’ai commencé à me sentir chez nous et libre pour la première fois en Israël, libéré à 17 ans du joug de ma timidité, débuta alors à germer une aventure intérieure qui me ferait comprendre bien des choses bien des années plus tard.
Ce ne sont cependant pas à toutes les questions de mon enfance et de plus tard que mon séjour en Israël a apporté des réponses. Pourquoi mes parents et mes grands-parents et presque toute la famille parle espagnol alors que nous sommes francophones ? Pourquoi mes grands-parents maternels avaient-ils une maison et une famille alliée à la nôtre en Espagne et pourquoi mon premier souvenir d’enfance était-il en Espagne et au Maroc ?
Il y avait une légende dans la famille de ma mère, presqu’une blague, chuchotée bien souvent, immédiatement noyée dans un grand esclaffement. Nous étions d’origine juive. Mon grand-père maternel était Espagnol, etc. Mais c’était dit en riant, pas mal souvent cependant.
À cet âge, je ne voyais pas le rapport qu’il pouvait y avoir entre les deux origines alléguées.
Une chose est certaine, c’est qu’une conscience juive très forte était présente du côté de ma mère et de ses parents, mes grands-parents. Dès mon tout jeune âge, ma mère me contait souvent l’histoire des Juifs, et nous sensibilisait mon frère cadet et moi à ce qui s’était passé durant la Deuxième Guerre Mondiale. Mon grand-père avait une immense bibliothèque dans son bureau de juge et j’avais été traumatisé par les images des livres sur la Shoah qu’il me montrait. Je me souviens en particulier d’une fois où il s’était enragé en tonitruant jusqu’aux larmes : « Mais comment un être humain peut faire ça à un autre être humain ?! »

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« Portrait de mon père l’honorable Robert Baron Lafrenière alors qu’il était jeune avocat » oeuvre de Suzan Edith Baron Lafrenière

Néanmoins, c’était impossible, nous ne pouvions pas être d’origine juive : notre famille, en tout cas l’ancêtre portant le patronyme de mon grand-père, Nicolas Baron, était arrivé en Nouvelle-France en 1672. Selon les livres d’Histoire, les Juifs n’avaient pas eu le droit d’immigrer au Canada avant le régime anglais. Et, à ce que je sache, ma famille était chrétienne, malgré le fait étrange que ni moi ni aucun de mes frères n’avaient été baptisés, malgré la présence d’autres coutumes propres à ma famille. Et il n’était fait aucune mention du côté espagnol de Nicolas Baron ou de Lupien son père, ni de Jeanne Tierson, sa mère.
Il y avait bien cette référence que mon grand-père m’avait faite au sujet du lien entre son patronyme « Baron » et Aaron, le nom du frère de Moïse, entre deux histoires bibliques, qu’il me racontait souvent. Sauf qu’ à l’époque ça ne m’avait pas frappé.
La vie passa. Mes études d’adolescence sur la culture juive et mon apprentissage rudimentaire de l’hébreu en Israël ont germé et furent nourries par de nombreuses rencontres, lectures et coïncidence qui, même lorsque j’esquivais en prenant un autre chemin, me ramenaient par une inexplicable synchronicité et m’attiraient vers le judaïsme comme un aimant. On ne peut pas contenir un tel Amour sans agir. Je me mis à l’étude de la Torah et à la pratique des Mitzvot. Mais c’est une autre histoire et peut-être pour un autre article, dans lequel j’ai hâte de pouvoir un jour exprimer ma gratitude envers La Congrégation Beth Israel Ohev Shalom et la maison Chabad de la ville de Québec, et en particulier envers Rabbi Dovid Lewin pour ses cours de Talmud Torah, ainsi qu’envers David, Myriam, Albert, Yakov, Simon, Arthur, Fiorelle, Michael, Iris, Sivane, Frédérik, Marie-France, Gilles, Arthur, Valérie et d’autres.

J’avais déjà entrepris une démarche de conversion (que je perçois maintenant comme Techuvah et re-conversion, à l’échelle d’une réparation due à mes ancêtres) quand une série de rencontres, de commentaires et de « googlades » fortuites m’amenèrent à une enquête historique et généalogique aux découvertes surprenantes, et que je trouve fort inspirante pour les temps qui courent, ou qui nous échappent.
Un secret – et un amour – transmis il y a 500 ans

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« En secret » Oeuvre disparue de Suzan Edith Baron Lafrenière

Il y a quelques années, je travaillais souvent sur le plancher de la galerie d’art de notre famille et je rencontrais des touristes d’un peu partout dans le monde. Une certaine année, plusieurs couples israéliens vinrent nous visiter et je me remis à pratiquer l’hébreu, que j’avais pratiquement oublié. A chaque fois je ressentais une vive connexion avec mes visiteurs. J’ai rencontré aussi plusieurs couples de juifs américains et canadiens, et à chaque fois, ce lien sympathique qui dépassait la simple convivialité.
Quelques-uns sont devenus mes amis et nous continuons à entretenir des liens malgré la distance. Je pense en premier lieu à Barbara Woodman, envers qui je suis infiniment reconnaissant pour ses encouragements, ses questions, ses conseils, et pour m’avoir fait cadeau de ma première Ménorah.
Mais le fait à noter dans toutes ces rencontres est qu’à plus d’une reprise des visiteurs m’ont dit qu’il pensait que j’étais juif. Un autre couple m’avait marqué car ils m’avaient littéralement dit que j’étais juif, et quand je leur disais que non, ils souriaient et me disaient de redécouvrir mes racines… J’étais resté bouche bée un bon bout de temps après leur départ et évidemment l’ancienne question refit surface, même si je n’avais rien demandé…
Lorsque par la suite j’ai demandé à d’autres visiteurs pourquoi ? Je croyais que c’était à cause de mon hébreu rudimentaire et de mes souvenirs de jeunesse en Israël, ou encore de la pancarte de bienvenue polyglotte que j’avais inscrite à l’entrée avec le mot שָׁלוֹם, mais à ma grande surprise plusieurs répondirent simplement que c’était à cause du nom inscrit à l’enseigne de notre galerie d’art. C’était justement le nom de famille de ma mère, qui était l’artiste principale de notre galerie.
Je remarquais également que plusieurs clients juifs aimaient et achetaient les tableaux de ma mère, dans une proportion hors de l’ordinaire, et parmi les réponses à mon pourquoi, on m’expliqua que des symboles qui leur étaient chers étaient omniprésents dans les œuvres de ma mère, comme par exemple la table dressée comme un autel sacré dans ses tableaux, qui remplace le Temple dans chaque maison, depuis sa destruction.

 
Je décidai donc de faire enquête.
Et je fis de stupéfiantes découvertes.
Ce que je ressentais était incroyable.
Je n’étais donc pas si fou.
D’abord, le déclic tout simple de cette phrase, googlée presqu’au hasard, qui, bien que bien loin d’être le début de l’ombre d’une preuve, laissait entrevoir que toutes ces légendes familiales et ce mélange d’intuitions et de vécu qui m’avaient rapproché constamment d’Israël, tout cela avait une chance de ne pas être complétement dénué de racine avec la réalité :
« A noter enfin que Baron peut aussi être un patronyme juif (forme contractée de Bar Aaron = le fils d’Aaron). Le nom de famille est très répandu en France, il est particulièrement présent en Bretagne et dans le Nord. »
Mais évidemment, ce n’était qu’une possibilité parmi tant d’autres, puisqu’il y a des origines diverses au patronyme Baron. Sauf que mon grand-père m’avait parlé du lien de notre nom de famille avec Aaron. Mais toujours le même doute :
A quel point peut-on se fier à la tradition orale ?
Ensuite, cette révélation en lisant l’article « Un secret bien gardé » de Jean-Marie Gélinas dans La Voix Sépharade : un québécois comme moi avait lui aussi vécu cette sorte d’attirance mystérieuse et inéluctable envers le judaïsme, depuis les légendes et les traditions familiales jusqu’aux quiproquos et aux coïncidences de vie qui ne lui avaient guère laisser le choix de se poser de sérieuses questions et d’investiguer sa généalogie. La découverte était quand même majeure, et pourtant restée assez discrète depuis ces années : son ancêtre Gélinas était arrivé en Nouvelle-France alors qu’il n’était pas catholique. Plusieurs documents indiquaient qu’il appartenait à une petite communauté crypto-juive de Saintes.
La révélation fut suivie d’un choc en lisant une publication relatant un discours de JM Gélinas lors de la présentation du livre de Pierre Lasry ‘’Une juive en Nouvelle-France’’, sur la célèbre histoire de Esther Brandeau qui avait tenté de franchir la frontière clandestinement par bateau en se déguisant en garçon. A la fin de la transcription de son discours (http://archive.is/89nEH) où il reprenait essentiellement son article dans LVS, JM Gélinas écrit :
« Les noms des ancêtres québécois qui suivent, ont immigré (sic) en Nouvelle-France aux XVIIe et XVIIIe siècles. Leurs noms ont été trouvés dans les listes de personnes condamnées et recherchés par l’Inquisition (le Saint-Office), dans divers recensements de juiveries et autres sources qui indiquent clairement que les personnes porteuses de ces patronymes sont soupçonnées d’être d’ascendance juive, même si ces titulaires n’en ont pas conscience :
Abel
Abraham  (Desmarais)
Abram
Aquin
Adam
Aragon
Arel (Harel)
Augé (Auger)
Baron – Braun (Brun)
Benoit
Bonnin (Bonin)
Bonenfant
Cardinal
Campo (Campeau)
Canepannetonne (Panneton)
Caron
Charon
Chayé
Cayat (Caya)
David
Dasilva
Derry (D’Héry, Déry)
Drouin
Ducas (Duguas)
Dupuy
Dussaud (Dussault)
Duval
Garau (Gareau)
Gélida (Gélina, Bellemare, Lacourse, et Gélineau)
Gilbert
Hamel pour Hameln
Jacob
Jordan
Lafond
Lambert
Lamy
Larocque
Lemoyne
Lévesque
Maranda
Martel
Moreau
Paret (Paré)
Petit
Pinel
Piquart
Prat, Prats (Prat,  Pratt, Pratte, Duprat)
Paris
Raby
Rodrigues
Roger
Vidal
Vel
Vezino (Vezina)
Viana  (Viano, Viancour, Vilancour, Vaillancourt)
M’inspirant de la figure la plus marquante de la pensée juive moderne, Léopold Zunz,
« Aucun peuple ne peut rester vigoureux sans avoir un vif orgueil de son passé » »
Et les patronymes de mes 2 grands-parents maternels y figuraient : Baron et Caron.
Évidemment, encore le doute. Et c’est à ce moment que j’ai commencé à me plonger dans les archives pour faire mes propres recherches.
La découverte du phénomène marrane, notamment avec Histoire des marranes de Cecil Roth, l’Aventure marrane de Yirmiyahu Yovel et de articles Nathan Wachtel, fut aussi évidemment une puissante révélation puisqu’il expliquait d’un point de vue anthropologique ce que notre famille était, des Bnei Anousim (en hébreu « fils (ou descendants) de ceux qui ont été forcés (à se convertir au christianisme)  » ) et me fournit ultérieurement les outils pour documenter ce que nous vivions.
Un secret, et un Amour pour le judaïsme, transmis depuis 500 ans.

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 » Esther » oeuvre de Suzan Edith Baron Lafrenière

Je suis obligé de « passer des étapes » pour les besoins de cette publication, mais je dois absolument raconter en terminant l’autre choc immense que fut de retrouver encore une fois le nom de famille de mon grand-père Baron, qui avait un attachement, un terrain et une maison en Espagne à laquelle je suis allé petit, sur la liste des noms de famille des juifs expulsés d’Espagne en 1492 avec le décret de l’Alhambra. Même si cette liste s’est avérée « non rigoureuse et non officielle », il n’en reste pas moins qu’elle attira mon attention sur la loi en Espagne de 2015 accordant la nationalité espagnole sépharade aux descendants des expulsés. C’est là que la piste des origines sépharades de ma famille fut empruntée et que ses origines sépharades furent prouvées plus tard par des documents pour les besoins de la demande de nationalité.
L’an dernier j’ai publié dans le magazine montréalais La Voix Sépharade cet article.
Quelques temps après la publication, La Federación de las comunidades judias de España (FCJE) m’a demandé de trouver une preuve de la condition sépharade d’un de mes ancêtres et c’est ainsi qu’avec l’aide de l’historien David Zapirain Karrika j’ai pu – et je tiens à remercier ici du fond du cœur – retrouver, dans les précieuses archives des Actas de junta de la région de Guipuzcoa mon ancêtre Juan Lopez de Najera, qui fut expulsé de San Sebastian en 1593 en tant que « judio converso ».
Mais l’histoire ne s’arrête pas là, bien au contraire, et c’est avec émotion que j’ai hâte de partager la suite avec vous.
Shabbat Shalom !

 

source

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