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Cinéma à Genève – Les Cinémas du Grütli ont fêté leurs 50 ans – Bilan

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Le temps passe… C’était il y a cinquante ans. Propice aux projections de films, la Salle Patiño de la Cité universitaire proposait une rétrospective Bernardo Bertolucci. L’enfant prodige du cinéma italien, qui avait donné son premier long-métrage à 21 ans, avait le vent en poupe. Il venait de sortir «Dernier tango à Paris». Le film faisait scandale tout en remplissant les caisses des salles. Pourquoi cette manifestation, apparemment ponctuelle, à Genève? Parce qu’Alain Tanner, réalisateur suisse romand coté, et Claude Richardet, enseignant, voulaient doter la ville d’un Centre d’animation cinématographique axé sur l’histoire du 7e art comme sur les productions marginales, exotiques ou émergentes. Il existait bien depuis les années 1950 le Ciné-club universitaire, dont je m’occupais soit dit en passant à l’époque. Mais il fallait passer à la vitesse supérieure en dépit des objections des distributeurs et surtout des exploitants. Ces derniers flairaient bien la concurrence.
Quelques mois plus tard, le Centre en gestation s’installait dans un grand mais vieux cinéma de quartier, le Roxy. Ce dernier recevait le nom plus digne de Voltaire, emprunté à la rue où il se trouvait. C’était cette fois une quasi intégrale Michel Simon. L’acteur genevois vivait encore. La Cinémathèque suisse de Lausanne était partie prenante. Précisons que l’institution vaudoise ne possédait alors aucun espace fixe pour ses projections. Elle restait un endroit un peu bordélique avec de minuscules bureaux où rugissait Freddy Buache. Michel Simon a connu le succès populaire. Les subventions cantonales et municipales ont commencé à poindre. Il devenait possible de passer au stade professionnel. Tanner et Richardet ont alors fait appel à François Roulet, qui avait paraît-il fait des merveilles à la cinémathèque d’Alger. On ne connaissait pas encore les concours internationaux. A la Ville, Lise Girardin faisait presque tout elle-même, avec une main de fer dans un gant de fer. Idem pour André Chavanne, plus en rondeurs (plus cultivé aussi), au Canton. Les hordes de conseillers en ceci ou en cela restaient à venir.
«Claude Richardet m’a dit qu’il voulait s’en aller et qu’il me remettait le Centre. Il m’a tapé un papier signé dans ce sens. J’ai cru à une plaisanterie. Un an après je me voyais convoqué à Genève et je suis effectivement devenu directeur du CAC.»
François Roulet a duré un certain temps. Puis, pour des raisons qui s’estompent dans les mémoires, il a démissionné (ou dû partir) avec un sentiment d’aigreur. Je confesse avoir toujours eu avec lui des rapports difficiles. La programmation est allée cahin-caha, avec des séries thématiques. J’en ai même organisé une sur le cinéma italien, alors très vigousse. Deux filles assuraient la gestion sous la houlette de Claude Richardet. Il fallait visiblement resserrer les boulons. «Et c’est ainsi que j’ai été appelé», se souvient Rui Nogueira. L’homme a d’abord monté quelque chose autour du cinéma portugais. «Puis Claude m’a dit qu’il voulait s’en aller et qu’il me remettait le Centre. Il m’a tapé un papier signé dans ce sens. J’ai cru à une plaisanterie. Un an après je me voyais convoqué à Genève et je suis effectivement devenu directeur du CAC.» Entrée en fonction en janvier 1978 pour un mandat qui aura duré jusqu’en 2010. «J’ai alors atteint la limite d’âge, mais je n’avais bien entendu pas envie de partir.»
Cela a d’abord été l’âge d’or du CAC-Voltaire. Assisté par son épouse, l’extraordinaire et volubile Nicoletta Zalaffi, toujours chapeautée, l’homme a proposé des titres nouveaux et beaucoup de festivals dédiés au cinéma classique. «Il s’est passé quelque chose de curieux. A Lausanne, Freddy Buache rêvait d’amener les cinématographies du tiers-monde et les jeunes auteurs. A Genève, j’éprouvais plutôt envie de créer une cinémathèque.» Inversion de rôles. Il s’est ainsi créé un public de cinéphiles à l’ancienne, dont les yeux demeuraient plutôt tournés vers le vieux Hollywood. «J’ai importé pour eux l’idée de marathons, qui disparaissait un peu en France. Une quinzaine de films du même réalisateur en un week-end.» Avec des discussions sans fin ensuite dans le bistro, plus bricolé que créé, à côté de la salle en sous-sol. Je me souviens ainsi des deux jours passé en compagnie de Joseph H. Lewis, grand réalisateur de «séries B» dans les années 1940 et 1950.
Et puis, en 1988, est intervenu le grand déménagement! Le CAC quittait le Voltaire pour s’installer au Grütli, un multipack culturel créé par la Ville dans une ancienne école et… caserne de pompiers. L’heure était aux regroupements, dans un endroit un peu trop propre. «Je n’ai pas aimé cette installation», explique Rui Nogueira. «Nous perdions notre identité. Situées en sous-sol, nos deux salles se retrouvaient prises entre des lieux de répétition, des ateliers d’artistes ou un théâtre. Les gens venaient désormais entre autres pour nous. Certains ont eu de la peine à accomplir le saut.» Je dois reconnaître qu’une partie de la chaleur humaine s’est alors perdue. Nicoletta est de plus morte en 1994. Un interminable deuil. «Je ne l’ai pas remplacée.» Avec le salaire économisé, Rui s’est mis à acheter des copies de films. Beaucoup de films. Ceux-ci restaient au début des rouleaux de pellicule roulés en cinq ou six bobines dans des boîtes. «Chaque titre pesait dans les vingt-cinq kilos». La collection a fini à la Cinémathèque suisse, qui s’était depuis longtemps professionnalisée dans l’ancien Casino de Montbenon. Un fonds de 1800 films, souvent rares.
Tout a ainsi roulé jusqu’en 2010, Rui ayant cessé en 1988 d’aller à Cannes pêcher des inédits. «J’ai dès lors privilégié les petits festivals, plus conviviaux.» Le public vieillissait doucement sur ses sièges. La cinéphilie à l’ancienne tendait à s’éteindre. Et puis, ce qu’on appelle «la profession» changeait. Les grandes salles du centre de Genève disparaissaient l’une après l’autre. Molard, Hollywood, Plaza, Studio 10… Il y avait bien les nouveaux complexes, comme le Rialto débité en tranches, avec leurs lieux de projection grands comme des placards. «Je constatais malgré tout une nette diminution du choix proposé. Les distributeurs, qui me tenaient naguère la dragée haute, ont commencé à me proposer les titres qui ne trouvaient pas, ou plus, preneurs.» Le CAC devenait du coup un cinéma d’art et d’essai, comme l’étaient jadis dans notre ville L’Ecran ou le Ciné 17. Un phénomène européen, que Nogueira va tempérer avec des reprises de grands classiques et des cycles. Il n’y avait pas moins là comme un passage de génération.
Le vrai passage va donc intervenir en 2010. «Je devais partir. Il me fallait un successeur. J’avais ma petite idée. Je suis allé voir à Fribourg Edouard Waintrop. L’homme dirigeait là-bas un festival du film international tout en coiffant la Quinzaine des réalisateurs à Cannes. Je voulais qu’il se porte candidat, mais sans lui donner officiellement mon appui. Soutenir quelqu’un, c’est souvent diminuer ses chances.» Le stratagème a fonctionné. Edouard s’est confortablement installé jusqu’à sa propre retraite. L’homme connaissait bien son affaire, mais il avait la parole moins facile que Rui. La transition a pu se faire en douceur, avec des titres exotiques, mais aussi français. Le «nouveau jeune cinéma». Plus des rétrospectives, notamment celles venues du Festival de Locarno. Paolo Moretti a repris le témoin en 2019. Lui aussi, étonnante prolongation, s’occupe en parallèle de la Quinzaine cannoise. L’homme a aussi un pied à l’ECAL en remplacement de Pauline Gygax. A la HEAD aussi. Refondé en 2011 sous le nom de Cinémas du Grütli, pourvu d’une nouvelle organisation plus administrative, l’ex-CAC (un acronyme qui servait aussi pour le Centre d’art contemporain…) travaille aujourd’hui en réseau. Autant dire que nous ne sommes plus en famille.
«Je dois m’effacer quand il y a un festival cinématographique genevois, et ils sont nombreux du GIFF à Nobody’s Perfect.»
Il existe heureusement un homme pour assurer le lien. Il s’agit d’Alfio Di Guardo, qui assure la programmation. J’ai l’impression de l’avoir toujours connu, même si c’est un leurre. Présent en première ligne, cet interlocuteur très sympathique compose année après année un bouquet de manifestations sous l’aile de son directeur. «Nous proposons plusieurs centaines de titres par an. En principe, je les ai tous vus auparavant.» Il s’agit de faire rouler sans grain de sable près de dix projections quotidiennes, réparties entre les salles Henri Langlois (le fondateur de la Cinémathèque française) et Michel Simon (une dette de reconnaissance). «Je dois m’effacer quand il y a un festival cinématographique genevois, et ils sont nombreux du GIFF à Nobody’s Perfect. Les lieux leur appartiennent pendant quelques jours. Il nous faut ensuite rattraper nos habitués.»
L’idée reste bien sûr de jongler avec l’ancien et le moderne, le grand public et ce qui l’est moins, voire pas du tout. Les spectateurs ne sont plus du même genre (il y a aujourd’hui beaucoup de titres rares à découvrir chez soi sur internet) qu’en 1972, mais il reste encore des habitués. Ceux-ci se retrouvent après la projection dans un hall voulu intime et cosy. «A chaque fois, quand je passe jeter un œil, je reconnais des têtes connues. Il y a même un certain nombre de personnes qui viennent chez nous tous les jours.» Une fois par mois, ils sont là pour la «carte blanche» donnée à Rui Nogueira, quatre-vingt-quatre ans. «Je choisis un film qui me touche vraiment ou qui peut interroger les spectateurs», explique ce dernier. «Le dernier en date était «Les racines du ciel» de John Huston (sur un roman de Romain Gary), tourné courant 1957 en Afrique. C’était vraiment de l’écologie avant l’heure. Le film est devenu plus actuel encore en 2022.»
Les Cinéma du Grütli ont donc pu fêter dignement il y a quelques jours leur cinquantenaire, alors que les autres salles locales se portent commercialement plutôt mal, avec Paolo Moretti en directeur, Alfio di Guarda en vigie et Rui Nogueira en ombre tutélaire. Un anniversaire qui a un peu passé inaperçu au milieu du vomissement culturel genevois de l’automne, du théâtre aux expositions. Et François Roulet? Et Claude Richardet? «Le premier est mort il y a bien longtemps», me répond Alfio. «J’ai bien sûr cherché à retrouver quelque part Richardet. Je n’y suis pas parvenu. C’est comme s’il avait complètement disparu.» Voilà, pour en revenir à mon début, comme on constate vraiment le passage des ans! Pour moi, Richardet, c’est presque hier. Je l’ai toujours dans l’œil. Signe des temps, Alain Tanner s’est éteint à 92 ans au moment des célébrations, suivi deux jours plus tard par un Jean-Luc Godard qui a beaucoup compté pour Paolo, Alfio et surtout Rui. «Il m’a souvent aidé, de loin, dans des moments conflictuels», confesse ce dernier. Que voulez-vous? La vie commune avec l’État et la Ville ne se révèle pas toujours facile…
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