L'INTERVIEW Fred Jumel, le patron de Paloma : "Aucune tournée nationale ne peut s'envisager sans passer par Nîmes" – Objectif Gard

Le 7 septembre 2012. Où étiez-vous ce jour-là ? Jean-Paul Fournier s’en souvient très certainement. Maire de Nîmes, mais aussi président de Nîmes métropole et sénateur à cette époque, il coupait aux côtés d’autres élus de la Ville, du Département et de la Région, le ruban inaugural de la scène de musiques actuelles dénommée Paloma. Un bâtiment de quelque 6 000 m2 signé du cabinet d’architecture Tetrarc, à la carapace brune formée par des formes triangulaires. Un projet qui se démarquait déjà visuellement de par sa structure, ses couleurs criardes, ses traits d’humour dessinés sur les murs. Un côté décalé jusque dans le projets artistiques, devenu l’ADN de cette SMAC dirigée depuis dix ans par Fred Jumel. Interview.
Objectif Gard : 10 ans, déjà ! C’est peu de dire que Paloma a bien grandi. Quels étaient les objectifs de l’époque ?
Fred Jumel : C’était de créer un équipement communautaire qui réponde aux besoins de la population en termes de répétitions, de formation, d’accompagnement et de diffusion. Tout cela pour que les habitants de l’agglomération nîmoise trouvent un lieu pour se rencontrer, jouer et pratiquer de la musique.
Les frontières de l’Agglo nîmoise ont très vite été franchies ?
En dix ans effectivement, l’objectif a largement dépassé les espérances des gens qui ont porté ce projet. Il figure parmi les cinq équipements majeurs sur le territoire national ou en tout cas souvent cité en référence. C’est vrai qu’aujourd’hui, aucune tournée nationale ne peut s’envisager sans passer par Nîmes. Ce qui est assez incroyable car on joue la concurrence avec des agglomérations de tailles bien différentes telles que Nantes, Paris, Lyon, Bordeaux ou autres. C’est par ailleurs un outil qui permet aux artistes locaux, mais aussi nationaux, de pouvoir créer leur spectacle. De nombreux artistes dont la notoriété n’est plus à faire comme Stromae, Vitalic, Fauve, Clara Luciani, Phoenix etc, y sont venus créer leur spectacle avant de partir en tournée. Ce qui nous a permis d’avoir de nombreuses avant-premières de tournées sur Nîmes, ce qui est une de nos fiertés.
Dans ces dix dernières années, deux ont été marquées entre autres par une crise sanitaire. Quelle est la tendance aujourd’hui à l’heure de l’ouverture d’une nouvelle saison ?
C’est très complexe à décrire. Nous avons vécu une période assez douloureuse et compliquée liée à des spectacles empêchés, l’impossibilité d’ouvrir nos studios de répétitions, de mener des actions éducatives etc. Aujourd’hui, nous sommes sur une reprise avec une crise sanitaire qui n’est pas finie même si elle est moins prégnante, avec une crise économique qui risque de pointer son nez de manière assez forte sur les prochaines années. Nous sommes là pour faire rêver les gens et pour ça il faut que nous-mêmes nous soyons en capacité de rêver. Alors on espère en tout cas que le rêve sera encore là. On sent malgré tout que les gens ont envie de se retrouver, de recréer du lien les uns avec les autres, de trouver même une certaine forme de légèreté pour s’évader du quotidien qui n’est pas toujours simple.
Et si on s’appuie sur le nombre des réservations actuelles…
C’est complexe parce que les réservations se font toujours de manière un peu tardive depuis cette reprise. On voit déjà que quelques dates sont complètes, mais nous ne sommes pas sereins pour autant. Nous avons une réelle inconnue sur l’avenir budgétaire, nous sommes conscients de l’inflation qui arrive avec des marges artistiques qui se réduisent etc. Le vrai enjeu de cette rentrée est de pérenniser la dynamique annuelle de Paloma en allant aussi vers la découverte et le soutien à la jeune création.
C’est sur quoi vous avez insisté pour la programmation de cette nouvelle saison ?
Ce qui ressort, c’est qu’on tente de s’attacher à des groupes, créés sur les deux dernières années, sur les nouveaux spectacles qui se sont créés pendant les périodes de confinement et notamment ceux qui posent les grandes questions de la société. Nous avons aussi laissé une grande place à la culture hip hop, un des courants musicaux aujourd’hui les plus écouté dans le monde. On a aussi travaillé sur la programmation d’artistes qui invitent à la danse, parce qu’on y a été empêché pendant très longtemps.
Pour célébrer les 10 ans de Paloma, ce n’est pas une mais deux soirées que vous proposez. L’ouverture de la billetterie s’est faite en programmation cachée (*). La soirée du vendredi 9 septembre affiche complet, celle du lendemain n’en est pas loin. La preuve que la culture est essentielle, non ?
Oui, c’est une belle revanche ! D’autant que c’était une programmation un peu à l’aveugle, sans rien annoncer. Avec ces dix ans, on voit que le public retrouve l’envie de se permettre d’être surpris et de se surprendre. Et ça, c’est plutôt agréable pour un lieu comme le nôtre parce que ça fait partie de nos missions. En tout cas de permettre à des artistes moins connus, moins soutenus par les médias et autres, de s’exprimer et rencontrer leur public.
Au regard de l’engouement du public, avez-vous d’ores et déjà pensé à organiser d’autres soirées surprises ?
C’est assez atypique comme fonctionnement. Mais effectivement, l’engouement du public nous permet d’espérer de relancer des soirées découvertes où les gens ne sauraient pas forcément ce qu’ils iront voir. Si le public répond de manière positive à ces propositions, pour nous ce serait un gage de confiance énorme par rapport au lieu, et nous permettrait de s’autoriser de vrais coups de cœur artistiques.
 Propos recueillis par Stéphanie Marin
*Pour voir le programme du vendredi 9 et samedi 10 septembre 2022, cliquez ici.
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