Le K4, un chantier majeur avant les Jeux Olympiques 2024 à Paris – L'Équipe

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De belles intentions qui débordent d’un discours sincère. L’occasion de définir une ambition et des sensations qui doivent mener leur embarcation aux Jeux Olympiques de Paris. Guillaume Burger à l’avant (33 ans), le vice-champion olympique de 2016 en K1 200m Maxime Beaumont (40), le gamin du collectif Quilian Koch (23), et Guillaume Le Floch Decorchemont (27) composent cette saison le K4 qui sera aligné ce mercredi, aux Mondiaux de Halifax (Canada). Ensemble, ils voudraient raviver la flamme de ce bateau-phare, celui qui détermine la valeur d’une nation. Depuis trop longtemps, il bringuebale côté français, même s’il ne s’est jamais échoué complètement. En 2009, les Bleus avaient décroché une médaille d’argent mondiale au Canada ; l’été suivant, ils avaient même été sacrés champions du monde. Encore en 2019, ils avaient frôlé l’objectif, mais finirent premiers recalés pour Tokyo. On ne peut donc que constater l’absence de cet équipage aux Jeux depuis sa demi-finale olympique à Sydney en 2000.

Depuis, les hommes ont valsé, le bateau est resté en mouvement, mais sans réussir jusque-là à fixer le cap. Ce n’était pas toujours la faute des hommes, parfois des choix fédéraux plus ou moins discutables. « Il y a eu des promesses qui n’ont pas forcément été au bout, confirme Guillaume Burger, qui était dans le bateau vice-champion du monde en 2009. Mais ce qui peut faire notre force en 2022, par rapport à tous les équipages précédents, c’est que les quatre bonshommes d’aujourd’hui ne font que du K4. » Aucun n’est engagé en mono ou biplace à côté. Même pas Maxime Beaumont, dont la distance fétiche (200m) a disparu du programme olympique. « Ça simplifie le schéma, les programmes d’entraînement. Et dans la tête aussi », observe encore Guillaume Burger.
« J’avais envie de partage parce qu’à quatre, on augmente la complexité, mais on augmente aussi les émotions »
Maxime Beaumont
Parmi les atouts que l’on relève dans ce projet du K4, on notera qu’il n’y a pas d’ego. À les écouter, les quatre hommes se voient davantage comme des équipiers au service du collectif. « J’ai accompli la majorité de ma carrière en mono, mais ce K4 est comme un renouveau, un nouveau challenge. L’occasion d’entretenir l’envie et la motivation, souligne Maxime Beaumont. J’avais envie de partage parce qu’à quatre, on augmente la complexité, mais on augmente aussi les émotions. »

Les plus jeunes abondent. « J’aime bien cet esprit d’équipe, prolonge Guillaume Le Floch Decorchemont. Il faut être bon soi-même et s’adapter aux autres. Mais une fois que c’est là, c’est le bateau qui va le plus vite, et c’est le plus plaisant. » Lui était dans celui qui a raté la dernière qualification olympique. « C’est parfois plus facile de se relever à quatre que seul dans son coin. Mais je n’aime pas trop rester sur une défaite. J’espère surtout partager de belles courses. »
Nouveau venu à ce niveau, Quilian Koch s’est aisément fondu dans le collectif. « Je peux m’appuyer sur l’expérience des autres pour me rassurer, dit-il, plus enclin à observer qu’à poser des questions. Je sais que, dans la performance, mon envie et la fougue de la jeunesse rattrapent cette expérience. Je suis le petit jeune, celui qui a le moins de palmarès aussi, mais je ne me sens pas inférieur. » Lui, comme les autres, évoque la fluidité qui s’est naturellement instaurée dans leur quotidien. Entre eux, ce n’est pas compliqué de communiquer. « Et c’est important, insiste Maxime Beaumont. Là où tu peux résoudre un problème rapidement en monoplace, il faut que ce soit tout le bateau qui décide en K4. Que ce soit techniquement, tactiquement, physiquement dans la gestion de course. En mono, tu te parles à toi-même, éventuellement au coach ; dans un équipage, il ne suffit d’ailleurs pas de dire les choses, il faut apprendre à les dire, après avoir appris à connaître tes équipiers. »
« En faisant bloc, en se mettant au service du bateau, on a tous réussi à augmenter notre niveau de jeu et à proposer une navigation intéressante. Ça a ouvert la voie »
Guillaume Burger
C’est peut-être ce qui a coincé un peu lors de la première sortie des Français, lors de la Coupe du monde à Racice (République tchèque). C’était en mai, et ils avaient fini 9es. Une semaine plus tard, lors de la seconde étape à Poznan (Pologne), ils progressaient à la 3e place. « On n’a rien changé fondamentalement, mais chacun a pris confiance à son poste, a pris ses marques pour bien s’exprimer, décrypte Guillaume Burger. En finale à Racice, on est passé à travers. Chacun a sans doute voulu en faire un peu plus, un peu différemment de ce qu’on avait prévu. Le syndrome du ”on va faire la différence”, alors que c’est ensemble, en se fixant un plan et en s’y tenant, qu’on fait la différence. C’est le truc qu’on a trouvé à Poznan. En faisant bloc, en se mettant au service du bateau, on a tous réussi à augmenter notre niveau de jeu et à proposer une navigation intéressante. Ça a ouvert la voie. »
Pour l’instant, il s’agit de l’unique référence des Bleus. Mais ils ont planché sérieusement sur la question. Et même si Guillaume Burger a dû lever un peu le pied pendant dix jours, à cause d’une blessure à l’avant-bras, ils ont eu le temps de comprendre des choses pour faire avancer le bateau sans se précipiter. « Il faut être patient, précise justement Burger. C’est la différence entre pagayer très vite mais s’étouffer et mourir sur la fin de course -ce qui est arrivé à Racice- ou être focus sur le rythme à imprimer pendant 450 ou 480m de course, ce qui est compliqué en confrontation parce qu’on a envie de mettre de l’énergie, mais le bateau a tellement d’inertie, il est tellement lourd, qu’il faut garder ce rythme et un peu de lucidité pour relancer et se finir sur la ligne à la bagarre. » Une idée parfaitement dessinée, qu’il conviendra maintenant de reproduire sur l’eau.

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