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La résilience selon Macron : gérer la catastrophe au lieu de lutter … – Reporterre

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La résilience macroniste, c’est gérer la panique et essayer de survivre dans le désert plutôt que de combattre son avancée.
La résilience macroniste, c’est gérer la panique et essayer de survivre dans le désert plutôt que de combattre son avancée.
Durée de lecture : 8 minutes
Dans la logique macroniste, les catastrophes sont inévitables et, en dépit de la mort qu’elles sèment, il ne s’agit pas de les empêcher mais de « vivre avec ». Cette résilience mise en valeur par le pouvoir vise avant tout à ce que ses sujets continuent à être fonctionnels sans être paralysés par la panique ou l’anxiété.
Thierry Ribault est chercheur en sciences sociales au Clersé-CNRS-Université de Lille. Il est l’auteur de Contre la résilience. À Fukushima et ailleurs, aux éditions L’Échappée (2021).
À ceux qui s’étonnent encore de la volonté du candidat Macron de pousser encore plus loin le modèle productiviste et hypertechnologique qui est en grande partie responsable des catastrophes climatique, sanitaire et énergétique dans lesquelles nous nous trouvons, il convient de rappeler qu’en bon collapsologue, le président sortant n’a jamais eu l’intention d’empêcher ni les désastres en cours ni ceux à venir, mais d’amener chacun à consentir à « vivre avec ». De fait, se renforcer dans l’épreuve est au cœur de la métaphysique étatique du malheur vertueux qu’il incarne.
Si l’on en croit la lecture du très discret rapport de la mission parlementaire sur la résilience nationale, publié en février 2022, « engagement et résilience de la nation » constituent le programme d’une République en marche acquise aux thèses effondristes, selon lesquelles les désastres sont inéluctables. Sous la férule de la commission de la défense nationale et des forces armées en la personne de Thomas Gassilloud, rapporteur principal, il s’agit d’« envisager les chocs de toute nature auxquels le pays doit se préparer » et d’éduquer les citoyens à être des bons soldats au service d’une « défense totale » de la nation.
Dans un contexte de « conflictualité généralisée à tous les espaces » et de « compétition stratégique » entre grandes puissances, ces parlementaires imprégnés de militarisme en appellent à un engagement en faveur d’un durcissement de la nation qui ne peut passer que par un endurcissement des individus. Ils s’inquiètent du fait qu’« auparavant, alors que l’effort de guerre et ses répercussions sur la population française étaient considérables, ils étaient acceptés par la société », tandis qu’aujourd’hui, « l’acceptabilité sociale des crises et des difficultés est devenue plus faible ». Comment les adeptes de la Résilience En Marche envisagent-ils de nous adapter aux désastres ?
L’incantation à la résilience lancée par les auteurs de ce rapport en passe par l’éloge du sacrifice, sous couvert de solidarité : « Des centaines d’exemples d’héroïsme civil et militaire montrent la résistance collective des peuples face aux épreuves — famines, invasions, exils — qu’ils traversent, illustrant que les membres d’une société humaine peuvent être habités par un sentiment ou des idéaux qui leur paraissent plus élevés que leur propre vie. » Nous voici donc rassurés sur l’avenir, du fait que « la crise du Covid-19 a prouvé que des milliers de citoyens étaient prêts à s’engager, y compris en prenant des risques ». Il est vrai que pour les précepteurs de la résilience, on ne souffre jamais en vain.
On ne s’étonnera donc pas qu’outre l’« évaluation des effectifs directement mobilisables pour contribuer à la résilience nationale, c’est-à-dire des hommes et des femmes susceptibles d’intervenir en première ligne en cas de crise grave », les rapporteurs préconisent une généralisation du service national universel et du port de l’uniforme dans les écoles. Ainsi peut-on lire que, « chez de nombreux jeunes et moins jeunes, l’abondance inhérente à la société de consommation a fait oublier la possibilité du manque matériel, l’habitude du confort a fait perdre l’aptitude à la rusticité » aboutissant à « une société qui assimile moins le risque et le danger, et perd en résilience face à l’adversité ». Bref, nous serions des sous-hommes enjoints à nous tenir prêts à nous faire crucifier dans l’espace canonique de la résilience sans cesse en expansion. Décidément, dans ce « monde en guerre » dans lequel nous sommes projetés et dont il nous faut nous accommoder à tout prix, la quête effrénée de résilience nationale prend les allures d’une rhétorique de nationale-résilience.
Risques et menaces seraient partout : il en va de la guerre des minisatellites en orbite basse, indispensables au déploiement de la 5G, comme de la « menace cyber », de la crise climatique, des épidémies de maladies infectieuses émergentes touchant l’humain, des pannes de service internet, des tentatives de déstabilisation par la désinformation, ou des agressions directes. Il s’agit de les identifier sans jamais remettre en question leurs causes.
En revanche, concernant ce sur quoi nous pourrions effectivement agir, c’est le grand silence. Nous ferions tous partie des forces vives de la résilience nationale pour sauver la 5G et non pour que tout le monde, en France, ait un toit et mange à sa faim. Quant à la leçon de la « crise sanitaire », elle réside dans la nécessité d’être solidaires, non pas pour se battre afin d’avoir suffisamment de lits d’hôpitaux pour la prochaine pandémie annoncée, mais pour « renforcer significativement notre autonomie en matière de production industrielle et d’approvisionnements ». Effectivement, à quoi serviraient des lits supplémentaires dans un contexte où « la crise sanitaire a montré l’aptitude remarquable de notre pays à résister aux conséquences de la catastrophe », notamment grâce au « dynamisme de la société civile » et à « des services publics développés et performants » ?
De même, bien que soulignant avec force le rôle des activités humaines dans l’« accélération de la fréquence des épidémies », notamment en matière d’élevage industriel et d’urbanisation échevelée, les auteurs ne nous proposent là encore que la résilience comme arme d’adaptation massive aux effets des catastrophes. Non seulement le modèle de la ferme industrielle n’est aucunement questionné, mais son expansion est encouragée par les actions biosécuritaires : confinement, vaccination, destruction de cheptels. De manière similaire, pour toute réponse au dérèglement climatique, les résilients en marche se rabattent sur une énergie nucléaire dont ils reconnaissent pourtant qu’« elle comporte inévitablement des risques industriels, sanitaires et environnementaux », et « s’accompagne d’exigences supplémentaires de prévention des accidents et de résilience en cas de survenue de ces derniers », substituant la fatalité des risques liés à l’atome à celle des risques liés au réchauffement. Car résilier signifie gouverner dans la fatalité des désastres, sans jamais se demander si l’adaptation est véritablement adaptée.
Pour les rapporteurs, « nous avons tous le devoir de faire prendre conscience à nos concitoyens que le monde qui les entoure est un monde violent et qu’ils vont être rattrapés par cette violence très rapidement, quoi qu’il arrive ». Une fois ce vent de panique semé, ils prescrivent d’« éviter que s’immisce au sein de la population des jeunes une peur du futur », car « si ce futur est perçu comme hostile, comme menaçant, cela devient très problématique […] la propension à l’anxiété et à la frustration des générations actuelles tend à réduire notre capacité de résilience collective dans une situation de crise grave ».
Dans cet édifiant exercice de double pensée, où il faut simultanément avoir peur et cesser d’avoir peur, il s’agit donc d’évacuer cette anxiété que craignent tant les dirigeants, pour mieux se préparer au pire sans jamais se révolter contre ses raisons. Le récent « Plan de résilience économique et sociale » proposé pour faire face à la flambée des prix de l’énergie dans le contexte de la guerre en Ukraine, s’inscrit pleinement dans ce gouvernement par la peur de la peur, la remise à la pompe ayant pour principale fonction d’étouffer toute volonté de révolte. Mieux vaut des Français ultra-résilients, plutôt qu’« ultrajaunes », pour reprendre le terme des parlementaires. Le « bouclier tarifaire » est un palliatif temporaire aux boucliers des CRS.
« Réduire le sentiment d’anxiété, voire d’angoisse, éprouvé »
Tout comme à Fukushima les autorités ont enjoint la population à participer à la gestion du désastre en décontaminant afin d’apprendre à ne plus avoir peur de la radioactivité, on veut demander aux Français de cogérer les catastrophes avec des bouts de ficelle pour qu’ils se calment : « Votre rapporteur estime qu’il est indispensable qu’en France, les populations soient mises dans la position d’acteurs plutôt que de consommateurs, comme lorsque nous avons été incités à fabriquer nous-mêmes des masques sanitaires. Cette implication pourra, en retour, réduire le sentiment d’anxiété, voire d’angoisse, éprouvé. »
Ce gouvernement par la peur de la peur est cohérent avec l’abandon du principe de précaution, cet empêcheur de résilier en rond jugé « omniprésent », faisant l’objet d’une « utilisation abusive », et contribuant à « donner le primat à l’émotion et à l’irrationalité ». Les auteurs en appellent à une évolution collective de notre rapport au risque, « en passant d’un principe de précaution à un principe de résilience, qui reposerait sur une approche bénéfice-risque perçue comme plus souple et plus dynamique ». Conscients du fait que « la communication gouvernementale est un enjeu majeur de bonne gestion d’une crise », les résilients En Marche confirment que l’administration des désastres, c’est-à-dire la cogestion généralisée des catastrophes et de leurs dégâts, est indissociable de l’administration des sentiments et des émotions à leur égard. Car la morale de la fable de la résilience est toujours la même : rien ne sert de se fâcher, il faut résilier à point.
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