Julien Aubert : « Ce que je redoute, c’est une explosion » – Le Point

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Julien Aubert aurait des raisons d’être amer. Il fait partie des députés LR battus au soir du second tour des législatives après dix ans passés sur les bancs de l’opposition. Une génération sacrifiée pour une droite qui voit s’éloigner la perspective de revenir un jour au pouvoir. Sauf si la nouvelle Assemblée, où le président de la République ne dispose que d’une majorité relative, devait devenir le prochain théâtre des oppositions. Avec environ 60 députés, Les Républicains, réfugiés dans une opposition « responsable », pourraient bien jouer un rôle essentiel au sein du Parlement, voire définir les contours de ce second quinquennat. Quitte à parler à tous les partis, sans exclure personne. Une hypothèse que ne rejette pas l’ancien député de Vaucluse, partisan de combattre La France insoumise sans diaboliser le RN. Un chemin de crête.
Le Point : Quelle est votre perception de cette nouvelle Assemblée ?
Julien Aubert : Ce qui est passionnant, c’est que, pour une fois, l’Assemblée nationale n’est pas une espèce de machine automatique à reproduire la volonté du président de la République. Quand on voit ce qui s’est passé à propos de l’examen de la loi Covid-19 où la majorité d’Emmanuel Macron s’est trouvée mise en minorité, on se rend compte qu’il découvre enfin ce que devrait être un Parlement. Un espace de négociation et de compromis. Leur seule ligne de défense, assez pathétique, est que le RN et LFI, les deux extrêmes, ont voté ensemble pour faire échec au projet de loi.
Tous ces événements me font penser à la IVe République. Premièrement, la composition de l’Assemblée donne l’impression d’un Parlement élu à la proportionnelle qui ferait le jeu des partis. Au passage, ce qui est assez amusant, c’est de voir tous les anciens partisans de l’instauration d’une dose de proportionnalité se rendre compte qu’il s’agit d’une chambre aux « sables mouvants ». Deuxièmement, les mêmes qui réclamaient à cor et à cri cette proportionnelle sont les premiers à ne pas vouloir en jouer le jeu. Un scrutin à la proportionnelle suppose d’être capable de bâtir des alliances, de faire passer des compromis.

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Emmanuel Macron vous paraît-il affaibli ?
Ce qui est atterrant, c’est que la réponse apportée par le président de la République date de 1947 et se résume à ce que l’on appelait la « troisième force ». À l’époque, face au communisme et au gaullisme, les deux forces structurantes de la vie politique, toutes les autres familles politiques s’étaient unies pour constituer un bloc cohérent. C’est doublement atterrant parce que cela rappelle la IIIe République et le jeu des partis. Heureusement que nos institutions assurent une forme de stabilité, car, dans le cas contraire, si nous étions, par exemple, l’Italie ou la Belgique, nous n’aurions pas eu de gouvernement.

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Le positionnement de votre famille politique, celui d’une opposition résolue mais constructive, vous paraît-il être le bon ? Est-ce tenable à l’épreuve des textes ?
C’est la seule, mais c’est effectivement une opposition très compliquée. Le piège des LR comme celui du Parti socialiste, c’est d’abord celui d’être un parti dit responsable qui attire des gens qui votent en sa faveur en se disant que nous ferons preuve, quoi qu’il arrive, de rationalité. C’est pourquoi nous avons aussi un électorat plus composite que les autres. Il y a une moitié de notre corps électoral qui votera pour un parti de gouvernement alors qu’une deuxième moitié préfère choisir un parti d’opposition qui ne soit pas le RN. Or, à la fin, le risque est de mécontenter des deux côtés. On nous trouve trop durs dans ce que l’on a de mou et trop mous dans ce que l’on a de dur. Ce qu’il faut à tout prix éviter, c’est de laisser la possibilité finale à Emmanuel Macron de dire : « Regardez, les LR n’ont pas été suffisamment responsables » et d’être sanctionnés dans les urnes.

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J’ai déjà voté des amendements émanant de La France insoumise, donc je ne vois pas pourquoi je ne voterais pas des amendements provenant du RN.
Vous parliez d’esprit de responsabilité. Est-il possible que LR, dans le cadre d’un travail en bonne intelligence avec tous les groupes, votent des propositions formulées par le RN si vous les jugez bonnes. C’est la position adoptée envers Emmanuel Macron…
Oui, il le faudrait parce qu’une idée, d’où qu’elle vienne, doit pouvoir être adoptée pourvu qu’elle soit bonne. Il y a aussi un important travail intellectuel à réaliser de la part de la droite. Nous sommes trop restés sur la vision des années 1980 qui veut que tout ce qui touche, de près ou de loin, le RN soit considéré comme radioactif, dans un registre relevant du bien contre le mal. Objectivement, le RN a évolué. Ce parti a fait des efforts pour se dédiaboliser. Ensuite, les électeurs ont propulsé près de 90 députés sous ses couleurs à l’Assemblée nationale, ce qui a pour effet de l’ancrer, de l’institutionnaliser. Une approche trop manichéenne nous empêche finalement de savoir ce que nous rejetons réellement. On a pu le constater lorsqu’Éric Zemmour est parti avec une partie du RN historique créant « deux fronts » : il y a eu une gradation dans ce que les électeurs pouvaient estimer détestable, Éric Zemmour agissant comme un repoussoir. Nous devrons mener ce travail de réflexion pour déterminer ce à quoi nous nous opposerons, ce que nous estimons digne de nos valeurs, et travailler sur cette base pour examiner chaque proposition. Il faudra se déterminer par soi-même et pas par rapport aux autres.

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Votre sentiment est-il le même envers l’alliance de gauche, la Nupes, ou encore La France insoumise ?
Inversement, j’ai déjà voté des amendements émanant de La France insoumise, donc je ne vois pas pourquoi je ne voterais pas des amendements provenant du RN. Je rejette deux choses chez le parti de Jean-Luc Mélenchon : une économie administrée de blocage des prix et le wokisme qui vise à essentialiser l’individu.
Interrogé dans nos colonnes, Xavier Bertrand rappelait le sens de son combat contre l’extrême droite et le danger que représenterait l’accession de Marine Le Pen au pouvoir. C’est une erreur stratégique ?
L’objectif de la droite dans ce pays ne doit pas être le barrage républicain contre untel ou untel. C’est le sens du travail intellectuel que nous devons engager pour désigner nos adversaires idéologiques. Pour moi, mon adversaire le plus farouche est plutôt à chercher du côté de la Nupes, chez cette ultragauche wokiste, essentialiste, totalitaire par certains aspects et qui s’attaque à la liberté d’expression sous le couvert de la bienveillance sociale. Cette gauche-là mènerait le pays au chaos. Il y a effectivement des éléments dans le programme du RN qui ne tiennent pas la rampe, mais, plutôt que de le rejeter en bloc, nous devrions avoir un débat pour savoir ce qui nous différencie. Faire du RN le premier adversaire de la droite serait une erreur parce qu’aujourd’hui, dans certains territoires comme le mien, c’est plutôt un concurrent.
Xavier Bertrand postule que « la droite ne parle plus à grand monde ». C’est aussi votre avis ?
Il a tout à fait raison, mais ce sont Les Républicains qui ne parlent plus à personne. Le grand paradoxe est que la France n’aura jamais été autant à droite, mais que la famille gaulliste ne parvient pas – ou plus – à incarner cette recherche d’absolu des électeurs. Xavier Bertrand est juste dans son analyse sur les classes moyennes et populaires, mais ces catégories d’électeurs ont justement basculé chez le RN. Je partage sa réflexion dans le sens où nous devons combattre les injustices sociales ainsi que le sentiment de paupérisation auxquels sont confrontées les classes moyennes. Nous avons trop négligé nos réponses économiques face à cette exigence de protection. Nous butons sur une contradiction, partagée entre un esprit de responsabilité affichée et la nécessaire prise en compte des besoins en protection sociale de la population. En revanche, ce n’est certainement pas en excommuniant les catégories populaires, en les traitant de fascistes, de racistes, que nous pourrons les faire revenir dans le giron des Républicains.

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Vous avez perdu votre mandat de député de Vaucluse lors de ces législatives après dix ans passés dans l’opposition. Estimez-vous avoir essuyé les plâtres du score catastrophique de Valérie Pécresse à l’élection présidentielle ?
Je suis surtout une victime de l’étiquette des Républicains. Quand je suis entré en politique, je me suis dit que le moteur de la colère d’une partie de l’électorat à voter RN, c’est le sentiment généralisé que les élites et leurs élus sont corrompus, paresseux, ne travaillant qu’au service de leur propre intérêt. Pendant dix ans, j’ai essayé d’être, au contraire, très travailleur, très présent, très attentif à la défense des classes populaires. Je l’ai fait en expliquant qu’il était encore possible de restaurer un lien de confiance. Mais, au bout de dix ans, c’est l’étiquette qui l’a emporté sur tout, malgré mon activisme à l’Assemblée nationale. À la fin, cela n’a pas fait bouger une voix, c’est-à-dire que les gens votent volontiers pour une étiquette, même si ce sont de parfaits inconnus qui se portent candidats. C’est une vraie question qui se manifeste à moi, aujourd’hui. Forcément, il y a toujours une part d’introspection, on peut se demander si l’on a mal fait certaines choses, mais pas au point d’être éliminé dès le premier tour… Comment faire pour que la démocratie fonctionne, pour renouveler le personnel politique, si, au moment de choisir, les citoyens ne regardent pas vers qui ira leur vote ?
Je préfère être moi-même plutôt que faire une carrière politique en mendiant des sortes d’accords avec les uns ou les autres.
Vous l’avez dit, le RN est très présent dans le Vaucluse au point de se qualifier au second tour dans votre circonscription. C’est mécanique, le parti de Marine Le Pen pourrait bien finir par vous remplacer.
J’avais expliqué qu’en cas de réélection, je souhaitais faire campagne pour prendre la tête des Républicains et réorienter idéologiquement ce parti. De mon point de vue, il était difficile de le faire sans battre directement mes adversaires politiques dans les urnes, contrairement à d’autres qui n’ont pas eu de candidat du pouvoir contre eux. J’ai été approché par quasiment tous les partis, en dehors de la gauche, mais j’ai toujours refusé, car je voulais avant tout gagner sur mon équation personnelle ou être battu sur mes idées. Je ne regrette rien, c’est le jeu démocratique. Je préfère être moi-même plutôt que faire une carrière politique en mendiant des sortes d’accords avec les uns ou les autres.
Vous pourriez arrêter la politique ?
D’abord, en l’absence de mandat, il faut pouvoir travailler et donc revenir à la vie civile. Ce n’est pas un choix que j’ai fait, c’est une décision des électeurs. Cela s’appelle une traversée du désert. Nous verrons dans quelques mois si c’était le désert de Gobi ou le désert des Agriates. Est-ce que j’abandonne la politique ? La réponse est non. Même si j’ai compris une leçon sur la démocratie, il n’en reste pas moins que je suis terriblement inquiet pour l’avenir. Nous serons confrontés dans les mois, les années à venir, à un double risque, à la fois social et économique, que subit une société culturellement et identitairement fracturée. Toutes les choses ne se règlent pas de façon démocratique. D’un certain point de vue, même l’élection de Jean-Luc Mélenchon ou de Marine Le Pen relèverait d’une option démocrate. Non, ce que je redoute, c’est une explosion. Je reste donc en politique dans l’objectif de me battre avec mon mouvement Oser la France.
Une bataille pour la présidence de votre famille politique doit avoir lieu à l’automne. Même battu, vous comptez peser au sein des Républicains ?
J’observe. J’ai souhaité logiquement mettre en pause ma candidature faute de l’avoir emporté. Cela n’aurait pas eu beaucoup de sens, mais je suis assez inquiet, car j’ai l’impression que beaucoup, au sein de LR, font comme si ce qui venait de se passer – deux défaites d’affilée – était chose anodine, alors que c’est une véritable catastrophe qui nous est tombée sur la tête. Nous sommes en passe de mourir. Dès cet automne, nous ne pourrons plus nous payer le luxe d’un « pacte de transition » à la tête des LR, encore moins d’un triumvirat. Nous devrons avoir un chef et, avec lui, une équipe prête à se battre. Revenons à nos fondamentaux.
Vous n’êtes pas sans savoir que Laurent Wauquiez, même s’il fait toujours mystère de ses intentions, est pressenti pour diriger Les Républicains. C’est un choix de raison ?
Comme aux échecs, Laurent Wauquiez est face à un coup obligé : il est obligé de « prendre une pièce », en l’occurrence, le parti, même sans en avoir forcément envie. Je crois que, d’une certaine façon, c’est son destin. S’il ne prend pas la présidence, le risque, c’est qu’il n’y ait plus de présidence tout court. C’est presque racinien, par certains aspects. De mon côté, si une future présidence est dans une équipe de véritable redressement, je l’aiderai évidemment à la place qui sera la mienne.
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Le parti républicain s’est trompé sur les vrais adversaires depuis Chirac
Les Républicains ont eu le tort depuis Chirac de diaboliser le RN. Car les électeurs du RN préfèreront toujours la ligne du parti de Mme Le Pen qui s’est beaucoup investie dans la défense du pouvoir d’achat et de la protection sociale, et en même temps est restée fidèle au principe du contrôle de l’immigration. De plus c’était la tactique des socialiste de diaboliser les candidats qui pactisaient avec le RN. Et voilà le résultat 20 ans plus tard, Le parti les républicains est sur le point de disparaitre faute d’avoir anticipé la volonté des électeurs de droite de lutter contre l’extrême gauche et le communautarisme, et le rétablissement de l’état de droit avec une politique efficace.
@ dutch1
C’était par rapport au fait que LR ne défendait pas le libéralisme (je précise que je prends le dernier quinquennat, pas juste aujourd’hui).
Woerth portait une ligne libérale et de sérieux économique. Hélas, ça voit a toujours été étouffée par des Auber / Ciotti. Les militant ont oublié que LR s’appuyait sur 2 jambes, pour ce centrer sur celle identitaire / sécuritaire. Ce fut une erreur, car c’était justement la ligne de démarcation avec le RN, qui a concrètement un programme socialiste sur le plan économique.
Droite
Un grand nombre de. Commentaires me semblent ignorer une élément important : ou est le centre et donc où commence la droite et la gauche. Considérer que par sa qualification l’extrême droite est effectivement l’extrême de la droite est une erreur. Et ses résultats ne traduisent pas une addiction aux valeurs de droite. Et le désarrois des LR c’est qu’ils ne peuvent plus proposer de social tant le social est extrêmement développé en France. L’augmentation de l’interventionnisme et de la redistribution est impossible sauf à basculer d’une simple pichenette dans le collectivisme. Quant au libéralisme réel personne n’en veut. Toute notre société est intoxiquée par l’anti libéralisme anti capitalisme véritable substitue à l’enfer catholique. Quant à la sécurité tout le monde en veut mais personne n’ose le
dire. Tant que tu ne te fera pas poignarder au stade de France ! Voir la chronique de FOG. Alors avant de critiquer la pseudo droite classique réfléchissons à ce que nous voulons vraiment et qui pourrait l’incarner.
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