“Diddl, c’est du partage, de l’amour et de la tolérance” : rencontre avec une chineuse de Diddl en 2022 – Konbini

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Publié le
par Pauline Allione
© Maëlle Legars
Quiconque est né dans les années 1990 a connu le business de feuilles Diddl à la récré, l’odeur de pop-corn en grattant un dessin et les nœuds disproportionnés dans les cheveux de Diddlina. Déclinée sur tous les accessoires et fournitures possibles, du sac en papier aux taies d’oreiller, la souris star d’une génération s’est essoufflée à la fin des années 2000 pour s’éteindre en 2014, emportant avec elle sa bande de potes et les rêves d’enfant qu’elle portait. Heureusement, chez Maëlle, Diddl, Diddlina, Pimboli, Wollywell et tous les autres continuent de vivre dans le monde naïf et ultra-marketé qui est le leur. Passionnée de la petite souris sous toutes ses formes, cette artiste céramiste de 27 ans collectionne toujours les Diddl, pour voir le monde en rose et bleu.
Konbini | Quels souvenirs gardes-tu de Diddl quand tu étais plus jeune ?
Maëlle | Les Diddl sont arrivés dans ma vie juste après les billes et les pogs, je devais avoir 10 ans. Une boutique remplie de Diddl venait d’ouvrir dans la galerie marchande de mon patelin, et ç’a été l’explosion dans mon école. Je pourrais dessiner cette boutique les yeux fermés tellement je l’ai dévalisée. Ma sœur avait un classeur de 150 feuilles rares mises sous plastique, mais moi, j’étais plutôt peluches et objets. Je préférais le volume, ça rendait les Diddl plus vivants. J’ai encore l’image de mon bureau en CM2 : j’avais une trousse violette Pimboli [l’ourson avec une petite crête, ndlr] toute douce avec un petit pompon pailleté, un sous-main Diddl plastifié et des crayons qui sentaient bon. Mes Diddl étaient des compagnons de chambre, je les amenais à l’école et on faisait du troc dans la cour. J’ai d’ailleurs perdu plein de feuilles dans des échanges pour lesquels je n’étais pas du tout prête.
As-tu interrompu ta collection à un moment ?
C’est quand le numérique est arrivé et que je suis devenue une skyblogueuse que le Diddlverse a pris fin pour moi. Je rentrais dans une période de transition et il était temps de laisser les enfantillages de côté. On pensait que grandir, c’était se détacher du rose et du violet pour le noir, le gris et le beige. Ce qui est ouf, c’est qu’on a tous quitté Diddl à un moment, mais qu’on a tout gardé.
Qu’est-ce qui t’a poussé à renouer avec tes vieux potes de primaire ?
Les Diddl sont devenus un refuge pour moi quand il a fallu passer d’adolescente à jeune adulte. Cette transition a été hyper brutale et j’ai ressenti le besoin de revenir aux choses qui m’avaient bercée à une époque où tout était idyllique. Pendant la période chaotique et anxiogène du Covid-19, j’ai aussi trouvé dans Diddl quelque chose de bien plus profond que quand j’étais plus jeune, où mon attrait était avant tout esthétique. J’ai d’abord pensé que cet attrait était nostalgique et que ça allait avec le retour des années 2000, mais c’est devenu une nécessité pour moi. Tout le monde devrait avoir un Diddl commis d’office.
La collection de Diddl de Maëlle, quasi au complet. (© Maëlle Legars)
Tu peux me parler un peu de ta collection ?
J’ai surtout des peluches, dont un Vanillivi [le mouton blanc, ndlr] qui est resté tellement longtemps dans mon grenier qu’il a les yeux jaunes, on dirait qu’il a fumé trois pétards. J’ai aussi deux classeurs de feuilles que j’ai récupérés, et j’étais abonnée à Diddl Mag, dans lequel il y avait des BD, des loisirs créatifs, des recettes… Je me souviens avoir fait un gâteau au chocolat du Diddl Mag une fois, il était incroyable. J’ai des tirelires, des boîtes à bijoux, des porte-clés, des petites figurines en résine, et même les sacs en papier, qu’on gardait ! C’était si pointu que tout se prêtait à la collection, et entre chaque feuille ou sac, il y avait toujours un détail qui rendait l’objet unique. Dans les cours d’école, on ne s’échangeait d’ailleurs que les doublons, je pense qu’on était plus attaché·e·s aux feuilles qu’aux carnets eux-mêmes. J’ai aussi des autocollants, Le Livre de Diddl et de ses amis qui est collector, et, bien sûr, des mugs, par rapport à mon attrait pour la céramique.
La production Diddl est finie depuis pas loin de dix ans, où est-ce que tu chines tous ces objets ?
Diddl est devenu plus rare, mais il reste encore hyper accessible. Un quart de ma collection vient de chez mes parents, mais le reste sont des choses trouvées en brocante, avec peut-être une peluche chopée sur Vinted. Tu trouves forcément un Diddl dans une brocante, et à chaque fois, le vendeur va dire quelque chose comme : “J’espère que vous en prendrez soin autant que j’en ai pris soin.” C’est incroyable, j’ai l’impression de participer au deuil de la séparation avec le vendeur, parce qu’on a tous gardé une attache sentimentale à ça.
Un Diddl en céramique qui fait le signe Jul, de Royal Câlin, la marque de Maëlle, entouré de toutes ses Diddlina. (© Maëlle Legars)
Tu t’inspires aussi de cet univers pour Royal Câlin, ta marque de céramiques pour laquelle tu fais des pièces uniques, elles aussi très douces, réconfortantes et naïves. Comment l’univers Diddl impacte-t-il tes créations ?
Diddl, c’est du partage, de l’amour et de la tolérance : il a plein de copains, tout est rose, et les maux de notre monde n’existent pas chez lui. On a souvent du mal à exprimer nos émotions et à les assumer ; or, chaque feuille ou objet Diddl est porteur d’un message. C’est aussi ce que je veux faire, avec mes créations : ancrer des messages d’amour dans le quotidien, comme boire un café dans un mug sur lequel il est écrit “JTM”. J’aime le fait que cet univers soit à la fois cartoonesque et onirique, sans être fantastique. C’est juste une déformation de la réalité, et je pioche dans ces choses auxquelles je suis sensible pour les mettre dans mes créations et ramener de la légèreté et de la tendresse dans nos vies. Et quand je vois la créativité folle du dessinateur et l’univers graphique auquel il a donné vie, avec du papier à lettres à effet aquarelle ou des pieds de table en fromage, je me dis “Wow”. Ce sont des détails que je ne remarquais pas avant, je n’ai plus la même lecture. Je regarde Diddl avec mes yeux d’adulte, tout en éveillant mon enfant intérieur.
Tu as un·e préféré·e dans la team ?
Plus jeune, c’était Pimboli, et Diddlina était vraiment the star à l’école, sans doute parce que c’était la Diddl féminine et que les Diddl étaient en majorité collectionnés par des filles. Mais aujourd’hui, je les aime tous autant qu’ils sont. Et quand je regarde une feuille, une peluche ou que je feuillette un Diddl Mag, ça agit comme un antidépresseur sur moi.
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