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Dans les musées, la précarité généralisée de l’emploi – Le Quotidien de l'Art

Le Quotidien de l’Art
Par Marine Vazzoler
Édition N°2467
/06 octobre 2022 à 20h32

Crise de vocation ou ras-le-bol des mauvaises conditions de travail ? Dans les musées français, le marché de l’emploi n’est pas au beau fixe. Analyse.
« Ne vous attendez pas à avoir un jour un CDI ! » Tels furent les propos tenus récemment lors d’une réunion de bienvenue des nouveaux salariés dans un grand musée parisien. Comme dans beaucoup d’institutions culturelles, les nouveaux venus sont souvent salariés en CDD, vacataires, stagiaires, parfois en contrat d’apprentissage, auto-entrepreneurs ou financés par du mécénat. Ils et elles sont plutôt jeunes, et presque systématiquement mal rémunérés : le salaire d’un assistant ou commissaire d’exposition en CDD oscille autour de 1 500 euros nets par mois. D’année en année, l’emploi dans les musées n’a cessé de se précariser. Et rien n’indique que la situation va s’améliorer. Si aux États-Unis les employés des musées commencent à s’organiser en syndicats pour dénoncer des salaires injustes et des conditions de travail anormales, en France le silence reste de mise. « Je suis fatiguée de ce climat d’omerta, renforcé par la précarité des contrats – qui reste commun à beaucoup de milieux, confie une travailleuse du secteur culturel. Mais quand on est précaire et qu’on a mis tellement en jeu (santé physique et psychique, sécurité financière et matérielle, vie de famille, etc.), témoigner c’est prendre le risque de s’exclure d’un milieu auquel on a déjà beaucoup trop donné. » La précarité a des conséquences diverses, et parfois graves. « Ce qui me révolte c’est cette souffrance au travail, poursuit la jeune femme. Les risques psychosociaux touchent tout le monde, même si la précarité du contrat est un facteur aggravant, et tous les secteurs : surveillance, sécurité, bâtiment, médiation, administration, communication, conservation, régie, production… »
Dans les établissements de Paris Musées, on voit une hausse de l’absentéisme des agents de catégorie C. En cause : les conditions de travail. En 2020, dans un entretien à Documentations.art, le collectif des vacataires de Paris Musées s’indignait : « Comment voulez-vous louer un appartement à Paris avec des contrats aussi précaires, qui ne vont jamais au-delà de quatre mois ? La vacation, qui paye un employé à la tâche, conduit à des abus, comme la non prise en compte des accidents du travail ou de trajets, des arrêts maladie ou des congés enfant malade, sans oublier l’absence de compensation pour les dimanches travaillés ». Comment expliquer qu’une telle précarité de l’emploi soit devenue la règle ?
Frédéric Poulard, professeur de sociologie à l’université Paris Cité, et Marion Mauchaussée, post-doctorante au Centre d’études de l’emploi et du travail (CEET), ont enquêté sur le sujet et rédigé une série d’articles, en attendant la publication prochaine d’un rapport. Ils sont arrivés à la conclusion suivante : la dégradation de l’emploi dans les musées résulte de divers choix politiques qui fragilisent la fonction publique. Un élément émerge : les musées font de plus en plus appel à des contractuels. C’est surtout dans les années 1980 que leur nombre a commencé à augmenter, suite aux contraintes liées au statut juridique des établissements publics. « Dans les années 1980 le système mutualiste de la Réunion des musées nationaux est remis en cause, expliquent les chercheurs. Il est  contesté notamment par les grands établissements comme le Louvre et par la Cour des comptes. » Une vague d’autonomisation voit le jour avec le Louvre puis Versailles. Elle s’accompagne d’une délégation d’une partie des personnels du ministère vers les musées. Mais sans pour autant que soient débloquées des enveloppes supplémentaires. Les deux auteurs pointent également le fait que dans les musées près de 55 % des contrats sont signés pour moins d’un an, dont 14 % pour moins d’un mois. Une part très importante d’emplois non titulaires que le ministère de la Culture et les musées ont tendance à minimiser.
Depuis les années 2000, les établissements publics ont vu leurs contraintes s’accroître. Promulguée en 2001 et appliquée à toute l’administration depuis 2006, la loi organique relative aux lois de finances (LOLF) impose une contrainte de masse salariale et un plafond d’emploi. En 2007, la révision générale des politiques publiques (RGPP) oblige, quant à elle, au non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant en retraite. « Cela explique que le recours aux contractuels est en hausse et inévitable, estiment Frédéric Poulard et Marion Mauchaussée. Les musées doivent créer de l’emploi là où ils ont été supprimés. » En 2019, la loi de transformation de la fonction publique a permis de faciliter l’embauche de contractuels par les administrations. Or, « tous les musées n’ont pas la même capacité de négociation face au ministère de la Culture et à Bercy. Quand on est un musée modeste, c’est plus compliqué », ajoutent les chercheurs. Ainsi, à côté du musée national d’Art moderne qui a historiquement presque exclusivement recours à des agents contractuels (également pour les postes de conservateurs, puisque le concours de l’INP ne propose pas de spécialisation en art contemporain), les musées plus récents comptent également davantage de contractuels.
Autre constat : le développement de nouveaux métiers, comme ceux de la communication, implique le recours à des emplois non-titulaires. « Par ailleurs, dans la culture, la législation est très favorable au mécénat, notent Frédéric Poulard et Marion Mauchaussée. Cela permet de recruter des emplois payés par des mécènes. » Des contrats de courte durée qui ne sont jamais transformés en CDI par les tutelles afin qu’ils ne soient pas comptés dans le plafond de l’emploi.
Depuis plusieurs années, les musées sont encouragés à externaliser certains métiers (agents d’accueil, d’entretien ou personnel de médiation…). L’objectif : déléguer les tâches dites secondaires pour se concentrer davantage sur leur cœur de métier. Le Mucem, le Quai Branly, le Centre Pompidou-Metz… la liste est longue. À première vue, l’externalisation donne l’impression qu’elle pourrait résoudre certains problèmes, notamment financiers. Elle permet d’éviter de gérer les fins de carrière, de réduire le nombre d’arrêts maladie potentiels, mais peut aussi rendre le travail d’équipe plus difficile. « Le musée n’est pas employeur. Il est donc interdit aux permanents du musée de donner des ordres aux agents externalisés. Cela peut constituer un risque important pour les établissements et c’est sans compter l’impact sur la nature du service rendu », rapportent Frédéric Poulard et Marion Mauchaussée. 
Depuis quelques mois, Justine Bonhomme, directrice des ressources humaines au Centre des monuments nationaux (CMN), l’observe : « Il y a une tension pour une grande partie de nos emplois. C’est difficile de recruter et on a vu récemment plusieurs candidats ne pas aller au bout de la procédure de recrutement. On a du mal à se l’expliquer ». Peut-être les effets du Covid sur la psychologie des travailleurs, ajoute-t-elle. Mais la rémunération et le type de contrat ne sont pas les uniques freins. « L’augmentation de la charge de travail et les modes de management toxique provoquent beaucoup de souffrance, raconte une travailleuse du secteur culturel. Le nombre de projets augmente, il n’y a pas ou peu de renouvellement ou de remplacement en cas de maladie, un recours abusif aux contrats précaires ou aux stages : un projet peut brasser jusqu’à quatre ou cinq stagiaires de deux mois (non payés) ou quatre mois à temps partiel (pas payés non plus) ». Et la jeune femme de s’alarmer : « Quel drame attendent-ils pour réagir ? »
Retrouvez cet article dans l’édition N°2467 du 07 octobre 2022
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