Comment notre cerveau donne-t-il du sens à notre ressenti ? – La Vie

https://seo-consult.fr/page/communiquer-en-exprimant-ses-besoins-et-en-controlant-ses-emotions




Déjà abonné ?
VOUS ÊTES ABONNÉ AU MAGAZINE PAPIER ?
Activez votre compte pour accéder
à l’édition numérique incluse dans votre abonnement
Inscrivez-vous pour recevoir nos newsletters
Suivez-nous
Vous souhaitez offrir un abonnement ?
Nos applications
PARTAGE
• FLORENCE LEVILLAIN/SIGNATURES – IMAGE ISSUE DE LA SÉRIE NÉBULEUSES

Imaginez : un collègue vous invite à prendre un verre après le boulot. Vous êtes libre, votre journée de travail a été rude et vous vous dites que cela vous changera les idées. Mais alors qu’il vous parle, votre cœur se met soudain à battre la chamade, vos joues rougissent. Votre tête tourne un peu et vous vous sentez étonnamment bizarre…
Se pourrait-il que vous soyez en train de tomber amoureuse ? Ou bien peut-être n’étiez-vous pas vraiment consciente de vos sentiments à son égard jusqu’à présent ? Troublée, vous acceptez un deuxième rendez-vous… C’est ce qui est arrivé à la neuroscientifique Lisa Feldman Barrett lorsqu’elle était encore étudiante. De retour chez elle, elle s’est mise… à vomir ! Elle restera clouée au lit pendant une semaine. Son trouble n’était donc pas l’œuvre de Cupidon… mais d’un méchant virus. Comment peut-on ainsi confondre une infection virale avec la fièvre de l’amour ?
Dans un livre étonnant, intitulé How Emotions Are Made (« Comment les émotions sont fabriquées »), cette chercheuse de renommée internationale, professeure à l’université Northeastern de Boston, aux États-Unis, détaille avec précision les mécanismes par lesquels le cerveau produit la joie, la colère, le contentement aussi. Et comment, parfois, celui-ci nous joue de drôles de tours. C’est la théorie des émotions construites.
Pour comprendre, il faut mettre de côté tout ce que vous pensez savoir sur les émotions. Cette idée, par exemple, que celles-ci vous envahissent, sans que vous puissiez y faire grand-chose. Un bruit étrange dans une maison déserte déclenche en vous une peur incontrôlable… La rencontre fortuite d’un ami dans la rue vous remplit de joie…
Les scientifiques ont ainsi longtemps pensé que le cerveau ne faisait que réagir aux stimuli extérieurs. Or, on sait aujourd’hui que son fonctionnement est prédictif. Enfermé dans une boîte noire – notre crâne – telle une momie égyptienne, le cerveau n’a pas accès directement au monde extérieur. Seule une petite partie des informations venant de nos sens est véritablement traitée par le cortex. Celui-ci s’appuie sur ces informations parcellaires, les compare à ce que nous avons déjà vécu et émet des prédictions sur la réalité.

• FLORENCE LEVILLAIN/SIGNATURES – IMAGE ISSUE DE LA SÉRIE NÉBULEUSES
Pour cela, il fait appel à une faculté très humaine : notre capacité à conceptualiser. Nous sommes ainsi capables de forger des catégories, des concepts qui nous permettent de décrypter le monde qui nous entoure et d’émettre des prédictions très rapidement. Nous avons appris par exemple qu’un fruit de forme ronde de couleur verte, jaune ou rouge et qui a cette saveur caractéristique est une pomme.
Plus étonnant encore, nous fonctionnons aussi de cette manière quand il s’agit de notre propre corps… Nous percevons parfois les battements de notre cœur, ceux de notre pouls et même les sensations que nous procurent les mouvements de nos viscères… C’est ce que les scientifiques nomment « l’intéroception », soit la perception que nous pouvons avoir de notre propre corps.
Or, Lisa Feldman Barrett a fait une découverte étonnante : les zones du cerveau qui traitent ces données forment un réseau neuronal en lien avec celles gérant nos humeurs. Ainsi, nos humeurs seraient liées à ce que notre cerveau perçoit de l’état de notre corps.
Cela vous semble improbable ? Et pourtant, l’intelligence humaine et donc les émotions sont d’abord au service du corps. Les premiers embryons de système nerveux ne datent que de 500 millions d’années environ, alors que la vie, elle, est apparue il y a 3,8 milliards d’années sous forme de bactéries. C’est parce que ces petits organismes unicellulaires sont devenus de plus en plus complexes qu’un besoin d’une coordination s’est fait sentir. Et c’est comme cela que se sont constitués peu à peu le système nerveux puis le cerveau.
Pendant longtemps, ces derniers n’étaient pas là pour « penser », mais pour servir le corps. Leur rôle : garantir « l’homéostasie », une caractéristique découverte par Claude Bernard au XIXe siècle, qui désigne l’ensemble des processus vitaux permettant à un organisme d’œuvrer à sa conservation.
Notre cerveau fonctionne ainsi comme le département chargé des finances d’une entreprise. Il liste les recettes et les dépenses et effectue des transferts d’argent, afin que son budget reste à l’équilibre. Ce n’est pas de tout repos : sans cesse sollicité – chaque action, chaque pensée a un coût énergétique –, le cerveau va chercher à toujours compenser les dépenses par des gains. « Les sensations de calme ou d’agitation, de plaisir ou de déplaisir, ce que les scientifiques nomment les “affects”, et que nous appelons humeurs, seraient ainsi des résumés de l’état de notre “budget corporel” venant de notre système intéroceptif », explique Lisa Feldman Barrett.
Comme des flashs d’informations nous tenant au courant de l’état de notre budget corporel. Sauf que tout cela est un peu difficile à décrypter. Nous ne recevons pas de notifications venant de notre système intéroceptif nous informant que nous avons besoin d’une sieste ou de boire un verre d’eau. Mais ces affects, nos humeurs, sont en quelque sorte la matière première de nos émotions. Ce sont ces sensations associées à ce que notre cerveau perçoit de l’extérieur qui nourrissent le processus mental à l’origine de celles-ci.
Comment ? Parce qu’il fonctionne, comme nous l’avons vu, de façon prédictive, notre cerveau va tenter de donner du sens à nos réactions physiques. Exactement comme il le fait déjà avec les informations venant de nos cinq sens. De la même manière que nous avons appris le concept de « pomme » pendant notre enfance, nous avons aussi intégré les concepts de peur, de joie, de surprise, etc. et nous les avons associés à des sensations physiques spécifiques.
« À chaque fois que vous ressentez une émotion ou que vous en percevez une chez les autres, vous la classez à l’aide de concepts, en donnant un sens à la fois aux sensations issues de l’intéroception et de vos cinq sens, écrit ainsi Lisa Feldman Barrett. Dans chaque cas, votre cerveau suit un processus similaire, il classe par catégorie pour mieux s’adapter à la fois à la situation et à vos sensations internes, sur la base de vos expériences passées. Puis sélectionne un concept gagnant qui devient votre perception et guide votre action. »
Le simple bourdonnement d’une abeille, par exemple, va provoquer des réactions physiques différentes selon les personnes. Si vous avez été piqué par une abeille dans votre enfance, votre cœur va se mettre à battre, vous allez transpirer, etc. et votre cerveau va forger un concept de peur. Ce ne sera pas le cas si vous avez un souvenir d’enfance heureux lié aux abeilles, si votre grand-mère avait des ruches au fond de son jardin. Ou si vous êtes… apiculteur !
« Toutes les informations sensorielles constituent un énorme puzzle en constante évolution que votre cerveau doit résoudre, poursuit la chercheuse. Les objets que vous voyez, les sons que vous entendez, les odeurs que vous sentez, les contacts que vous ressentez, les saveurs que vous goûtez et les sensations intéroceptives que vous ressentez… tous ces éléments impliquent des signaux sensoriels continus qui sont très variables et ambigus lorsqu’ils atteignent votre cerveau. Son travail est de les prédire avant qu’ils n’arrivent, de combler les détails manquants et de trouver des similitudes là où c’est possible, afin que vous puissiez faire l’expérience d’un monde d’objets, de personnes, de musique et d’événements, et non de la “confusion florissante et bourdonnante” qui existe réellement. »
Une œuvre titanesque que votre cerveau réalise en un temps record ! Vos perceptions sont si immédiates qu’elles vous poussent à croire que vous faites l’expérience du monde tel qu’il est, alors qu’en réalité vous faites l’expérience d’un monde que vous avez vous-même construit. Et, parfois, vous vous trompez ! Ce fut le cas pour Lisa Feldman Barrett lors de son rendez-vous fiévreux. Mais cela vous est sans doute déjà arrivé à vous aussi.
Surtout, cela signifie que nous ne sommes pas à la merci de nos émotions ! Certes, nous ne sommes pas tous égaux devant elles. Il existe ainsi un lien entre notre capacité à l’intéroception et nos émotions. Une étude menée par une équipe de scientifiques de l’université de Cambridge, au Royaume-Uni, a ainsi montré en 2012 que les personnes qui perçoivent davantage leur rythme cardiaque ressentent plus intensément les émotions, qu’elles soient positives ou négatives. Et sont aussi plus aptes à identifier leur propre état émotionnel, ainsi que celui des autres.
Nous pouvons aussi mieux gérer nos émotions en faisant attention à notre « budget corporel ». Ainsi, si vous vous sentez de mauvais poil de façon chronique, que vous vous noyez dans une mer d’émotions négatives, sans vraiment savoir pourquoi, c’est sans doute que vous avez besoin d’un dépôt d’urgence. Dans ce cas, peut-être faut-il vous demander si vous dormez assez, ou si vous vous êtes alimenté correctement ces derniers jours. Ou bien même si vous avez attrapé un virus. Ce qui pourrait sans doute vous éviter quelques malentendus fâcheux (et fiévreux).
Pour continuer votre lecture, Abonnez-vous
le premier mois puis 5,50€/mois
Notre sélection d’articles sur le même sujet
Comment notre cerveau donne-t-il du sens à notre ressenti ? - La Vie
Newsletters de La Vie
"La Quotidienne", "Le choix de La Vie", "Regards chrétiens" : recevez tous nos articles d'actualité directement dans votre boîte mail.
S'inscrire
Dans la même rubrique

source

https://seo-consult.fr/page/communiquer-en-exprimant-ses-besoins-et-en-controlant-ses-emotions

A propos de l'auteur

Avatar of Backlink pro
Backlink pro

Ajouter un commentaire

Backlink pro

Avatar of Backlink pro

Prenez contact avec nous

Les backlinks sont des liens d'autres sites web vers votre site web. Ils aident les internautes à trouver votre site et leur permettent de trouver plus facilement les informations qu'ils recherchent. Plus votre site Web possède de liens retour, plus les internautes sont susceptibles de le visiter.

Contact

Map for 12 rue lakanal 75015 PARIS FRANCE