Comment apprendre la pudeur aux enfants et aux ados ? – La Vie

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• DELPHINE MILLET/VOZ’IMAGE

La pudeur est définie comme une « disposition à se retenir de montrer, d’observer, de faire état de certaines parties de son corps, principalement celles de nature sexuelle, ou de quelque chose qui touche de près la personnalité, à la vie intime ». Il existe donc une pudeur corporelle et une pudeur sentimentale, qui fait que l’on cache son chagrin, par exemple.
Il y a une question de tempérament, comme l’explique Inès Pélissié du Rausas, auteure et conférencière en éducation affective et sexuelle : « Les personnes plus introverties, dont les événements résonnent davantage en elles, qui à la fois anticipent et ruminent, les émotifs dotés d’une forte sensibilité et d’une grande affectivité, se montrent souvent plus spontanément pudiques. » Mais la pudeur s’acquiert aussi, poursuit cette docteure en philosophie, dont la thèse De la pudeur à l’amour a été publiée aux éditions du Cerf. « Elle permet de traduire le respect du corps et la protection de son intimité. »
Selon elle, la mission essentielle des parents consiste à « donner à l’enfant une conscience de sa valeur, une connaissance de soi, qui conduisent à protéger son intimité et à attirer un respect spontané ». Mais surtout, poursuit-elle, à « former le cœur : nous sommes faits pour aimer et être aimés avec tendresse, pour des relations interpersonnelles authentiques, confiantes et non utilitaires. Là se trouve le bonheur ». Un dialogue s’instaure dès le plus jeune âge. « Beaucoup de jeunes en classe de 4e ignorent tout de leur fonctionnement physiologique, pointe Marie Sentier, infirmière scolaire. Le cycle féminin, par exemple, doit être connu par les filles comme par les garçons, afin d’éviter des remarques misogynes. Il y a des règles simples à exprimer : l’intimité ne se partage pas, ces parties-là ne se dévoilent pas, les seins sont des attributs sexués de la femme. »
Professeure de philosophie, Jeanne Larghero définit « la pudeur comme la sentinelle de notre intériorité. L’intime, c’est ce qui a besoin d’être apprivoisé pour être compris ». Cette auteure de Quand la philosophie se mêle de sexe (Desclée de Brouwer) évoque le modèle parental. « L’enfant imite… Ses parents déballent-ils leurs sentiments ou ressentis sur la belle-mère, le voisin, devant lui ? Les voit-il adapter leur tenue vestimentaire à leurs activités ou à leurs hôtes ? »

• ODILE MENNESSON/VOZ’IMAGE
Pas de surprise pour Stéphane Blocquaux, docteur en sciences de l’information : « Le numérique est par essence le monde de l’exhibitionnisme, qui invite à se montrer, à cultiver le paraître. Il flatte le voyeurisme inhérent à l’être humain. Internet a fait naître une génération Narcisse, qui aime à être vue et se donne à voir. » Un enjeu à la clé, développe cet auteur du Biberon numérique (Artège) : « Pour gagner des likes, des followers, faire le buzz, il impose d’être original, puisque le commun n’intéresse pas. Ainsi s’explique la surenchère du déballage émotionnel, du trash. » 
Sans contrôle social, du fait de la gratuité, de l’anonymat et de l’impunité. La pudeur, elle, relève de la vertu de tempérance. Parmi les différentes manières d’être intempérant, l’écrivaine Jacqueline Kelen cite ainsi, dans son ouvrage le Jardin des vertus (Salvator) : « Par un bavardage incessant, une curiosité envahissante, par le déferlement émotionnel, en parlant de soi exagérément, en étalant ses problèmes et ses malheurs, par la dépravation, mais aussi par les rumeurs que l’on répand. Est intempérance tout ce qui relève de l’ostentation, de la voracité, de la transgression. » Elle prévient : « De ce flot bourbeux d’avidité, seule l’ascèse peut garder l’être humain. » Car la tempérance rime avec maîtrise de soi, mesure et modestie. Tout un programme…
Crop top (haut court), minishort, braless (sans soutien-gorge), mode laissant apparaître les mamelons, slip de bain ou boxer moulant… la mode occidentale actuelle laisse assez peu de place à l’imagination. Faut-il pour autant s’habiller tels des Amish ? « Le vêtement sert à mettre en valeur la personne, sans la réduire à son sexe, ni véhiculer le message “je suis sexuellement disponible”, nuance Inès Pélissié du Rausas. Nous-mêmes, adultes, comment vivons-nous notre masculinité et notre féminité, sommes-nous à l’aise avec notre corps, évitant deux excès : la négligence et l’hyperfocalisation sur nos atouts comme sur nos défauts ? » Suivre la mode à l’adolescence correspond à un fort besoin d’appartenance. « La décence invite au respect des normes relatives à une société, qui varient selon les cultures, les époques, le contexte, précise Jeanne Larghero. La pudeur, elle, n’est pas relative : elle réside dans cette délicatesse vis-à-vis de l’autre. L’impudeur se révèle ainsi dans le manque de perception de l’effet d’un regard, d’un geste, d’une parole. Elle en vient à imposer à l’autre mon intimité alors qu’il n’est pas prêt à la recevoir, à faire effraction dans son intériorité. »
En France, 63 % des 18-24 ans ont reçu la photo non sollicitée d’un pénis et 35 % des moins de 30 ans ont déjà envoyé une image d’eux à connotation sexuelle (Ifop pour CAM4, 2020). « Offrir un smartphone à son enfant le connecte à un monde infini, qui le rend imperméable aux limites, martèle Stéphane Blocquaux, qui invite les parents à « redonner des limites psychiques, des horaires, de l’importance au sensible : Internet donne la vertigineuse possibilité d’être vu sans être touché et de voir sans être vu. Aidez votre enfant à revenir dans le réel, dans le rapport à soi-même et aux autres, à le distinguer du virtuel. »
Quelle fut l’intention derrière cette exhibition corporelle ? Jeanne Larghero esquisse plusieurs pistes : « Si le jeune a agi par un mécanisme d’entraînement, cela révèle sa fragilité à l’égard de ses pairs. Peut-être s’agit-il d’une recherche narcissique, d’un besoin de reconnaissance pour la fille, de montrer sa puissance pour le garçon… En tant que parents, avons-nous transmis à nos enfants la beauté de la sexualité, qui est le lieu par excellence du don de soi et de la relation exclusive ? À l’heure où le sexe est banalisé, ils ont besoin d’être valorisés, réassurés dans la valeur intrinsèque de chacun, même si elle n’est pas regardée, même s’il n’a pas le plus grand pénis… »
Pour la psychanalyste Aurélia Mestre, auteure de Pudeur et impudeur (Césura), « une absence de pudeur peut venir d’un manque de conscience des limites, des frontières entre le symbolique, l’imaginaire et le réel ». Pourquoi ? « Un déficit de contenant parental a pu créer un manque de confiance en soi. L’enfant cherche alors ailleurs cette assurance : la loi de la bande va primer, et le jeune risque de se soumettre aux modes, aux injonctions de ses pairs, devenus des référents. Il éprouvera le besoin de se raconter, parfois même de s’exhiber afin de capter le regard de l’autre et se sentir exister. » Avoir confiance en soi aide à savoir dire non, quitte à résister seul face au groupe. « Certains passages à l’acte ont lieu simplement pour entrer dans ce qui apparaît comme une norme », confirme Marie Sentier.

• EDUARDO DUTRA/UNSPLASH
« Le droit à l’intimité n’est pas négociable, surtout à la puberté, que les adolescents ne vivent pas au même rythme, avec parfois deux à trois ans de décalage, souligne l’infirmière scolaire. Certains ont déjà un corps d’homme ou de femme, quand les autres sont encore des enfants. Ces derniers peuvent ressentir un malaise, voire une angoisse de ne pas être normal(e), d’être montré(e) du doigt. »
Or si les pratiques hospitalières ont beaucoup évolué en la matière afin de préserver l’intimité du patient, il reste des progrès à réaliser, notamment pour les sports collectifs, dont les vestiaires et les douches sont communs. « L’enfant n’est pas obligé de se retrouver en tenue d’Adam devant des pairs qui ont tôt fait de comparer leurs attributs et de ridiculiser, reprend-elle. Il peut arriver déjà habillé et rentrer chez lui pour se laver. L’éducation à la sexualité à l’école devrait aussi être davantage individualisée : tout le monde n’est pas concerné par les questions intimes qui sont posées et qui peuvent agresser. »
« Le corps féminin n’a pas à être pris pour un objet sexuel, et le regard s’éduque », accorde Jeanne Larghero. Une éducation qui n’est pas réservée aux hommes, comme elle le rappelle : « Quand une femme scanne une autre femme des pieds à la tête, elle est impudique ! Car elle objectivise, juge, mesure, compare. Est juste le regard qui considère la personne dans son entièreté. » Néanmoins, reporter l’accusation sur les hommes révèle une méconnaissance de l’impact d’un corps dénudé, dans une société marquée par la pornographie.
« Un néoféminisme revendique une désexualisation du corps féminin, une absence totale de contraintes, dans une vision individualiste de la liberté. Or la vraie liberté ne se construit pas aux dépens des autres ou en les ignorant : elle les intègre, car elle n’est pas absolue, précisément. » Cette attention à l’autre s’apprend et se manifeste dans le quotidien : fermer la porte des toilettes, toquer à celle de la chambre avant d’entrer… Mère de cinq enfants et infirmère scolaire, Marie Sentier complète : « Ne pas laisser traîner ses vêtements sales partout, ne pas rester en pyjama toute la journée, adopter une tenue correcte. Chez nous, pas question de passer à table torse nu ou avec un marcel pour exhiber ses biscotos : chacun s’habille, par respect pour les autres. »
« Non ! Il faut cesser. Ce n’est pas une question de morale, mais de confort affectif et de bien-être psychologique pour votre ado », répond le pédopsychiatre Stéphane Clerget dans son manuel intitulé Ados : le décodeur (Leduc Éditions). Et de préciser : « À l’adolescence, on contrôle mal ses émois sexuels. La nudité de ses parents peut induire, même partiellement, ce type d’émoi. J’en vois certains qui sont très angoissés d’avoir fait des rêves érotiques avec un parent, même si, dans la journée, ils ne ressentaient sexuellement rien vis-à-vis de ce dernier et semblaient insensibles à sa nudité, voire se baladaient aussi nus. J’ai vu également des ados qui, lors de leurs premières relations sexuelles, étaient parasités par des images de leurs parents nus. »
Il invite donc les parents adeptes de naturisme à ne pas pratiquer avec leurs enfants. Et conclut : « Ne traitons pas nos ados plus mal que les voisins ou le livreur, pour lesquels on se couvre le corps quand ils passent à la maison. J’ai reçu beaucoup de jeunes venus pour instabilité, qui se sont apaisés après que leurs parents sont devenus pudiques à la maison. »
« Pourquoi n’y a-t-il pas de pudeur dans le monde animal ? », interroge Inès Pélissié du Rausas. Réponse : « Parce que l’animal n’a pas d’intériorité à protéger ; l’instinct seul régule sa vie. La pudeur témoigne de ce que l’homme et la femme sont faits pour aimer, sans appropriation de l’autre. Elle renvoie donc à la conscience d’être “quelqu’un”, d’avoir une dignité personnelle, d’être à l’image de Dieu. » Le Catéchisme de l’Église catholique (§ 2524) note : « Les formes revêtues par la pudeur varient d’une culture à l’autre. Partout, cependant, elle reste le pressentiment d’une dignité spirituelle propre à l’homme. » Elle révèle le sacré en soi. Ainsi, au-delà de la morale ou de la décence, la pudeur n’est autre qu’une justice rendue à soi-même et une délicatesse à l’égard d’autrui.
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