Chanter son mal-être pour avancer – Le Devoir

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Collaboratrice
Le Devoir a réuni Elizabeth Powell de Land of Talk, Emma Beko, Mayfly et Gus Englehorn, des musiciens qui ont à coeur la santé mentale, lors d’une conversation où chacun a pris le temps d’exposer sa vision du sujet. Quelle est la place accordée à leur santé mentale dans leur art ? Comment en parler alors que l’industrie n’assume pas toujours une telle franchise ? Quelles leçons tirer de leur engagement ? Des interrogations qui ont toutes été abordées lors de cette discussion constructive et inclusive.
« En 2022, nous prenons un risque en parlant publiquement de notre santé mentale, car à tout moment nos propos peuvent être retournés contre nous. » Pour Elizabeth Powell, du bien nommé groupe Land of Talk, exprimer à travers son art ses états d’âme n’est pas un long fleuve tranquille. Au contraire. « Parce que j’ose, les conséquences sont réelles. Je sais que j’ai souvent perdu des opportunités de travail, en n’étant pas programmé dans certains festivals notamment », explique l’artiste qui, en vingt ans de carrière, n’a constaté une — infime — libération de la parole dans l’industrie de la musique que très récemment, dans les quatre dernières années.
Elizabeth Powell se souvient, par exemple, qu’à l’époque, le suicide de Kurt Cobain intéressait les médias plus pour l’étiquette sensationnaliste qu’ils n’ont pas hésité à lui apposer que pour l’état de santé mentale du chanteur et guitariste de Nirvana. Un paradoxe qui perdure, donc, puisque les musiciens sont généralement acclamés pour leur sensibilité et leur mise à nu émotionnelle. « Cela en dit beaucoup sur ce que le milieu attend de nous : on nous demande d’être transparents, mais lorsqu’il est temps de parler de la façon dont nous nous débrouillons au quotidien, personne ne veut rien savoir et nous devrions avoir honte de notre état mental, le cacher. »
Lors de la promotion de son dernier EP avec Land of Talk, Calming Night Partner, en 2021, Elizabeth Powell s’est d’ailleurs vu prier d’édulcorer ses déclarations au sujet de sa santé mentale. « Leave Life Alone est une chanson qui aborde clairement mon expérience des idées suicidaires, mais on a voulu que je sois plus vague parce que cela pouvait sembler décourageant. C’est exactement ce que je ne veux pas faire ! Je veux pouvoir en parler et ne pas avoir peur. Si nous sommes bombardés des campagnes commerciales de sensibilisation à la santé mentale, il faut que nous aussi, en tant qu’artistes, puissions être libres de notre parole sans craindre la censure. »
Issues de la génération suivante, Charlie Kunce et Emma Cochrane, du duo Mayfly, ainsi que la rappeuse Emma Beko partagent avec Elizabeth Powell la même volonté instinctive d’écrire sur la santé mentale. Emma Cochrane s’étonne de constater à quel point l’extrême solitude engendrée par les troubles de santé mentale touche autant de personnes de nos jours. « Dans l’industrie, on a parfois l’impression que moins on en dit, mieux c’est, notamment en ce qui concerne le suicide », fait-elle à son tour remarquer. 
« Dans le monde dans lequel on vit, c’est normal d’être malade et de souffrir, confie par ailleurs Emma Beko, atteinte de dépression et d’anxiété. Avoir des problèmes de santé mentale nous isole, alors dès que j’ai la chance d’en parler, je le fais. C’est lourd, mais ça fait partie de moi et la musique me permet de m’en délivrer. » Elle aussi regrette que certains aient, aujourd’hui encore, honte de se livrer sur ces troubles.
Comme il n’y a pas d’unique manière de transposer les problèmes de santé mentale en musique, l’auteur-compositeur-interprète basé à Québec Gus Englehorn, dont ce thème est récurrent au fil des compositions, est fasciné par la démarche en ce sens de Daniel Johnston, Frank Black et du cinéaste David Lynch. « C’est clair que quelque chose ne va pas bien chez eux ! À la différence d’artistes plus directs comme Elliott Smith, ils le font d’une façon détournée, étrange et confuse, mais tellement belle », indique-t-il. Pour lui, l’extériorisation de ses émotions et des questions existentielles qui l’habitent, aussi difficile soit-elle, passe par le mystère.
Selon Elizabeth Powell, se solidariser autour des histoires de santé mentale et de l’intime permet une guérison individuelle et collective. « Nous cherchons tous une connexion, à embrasser nos émotions. Toutes mes chansons nomment la déprime et cette vulnérabilité qui nous rassemblent avec le public lors des concerts. La musique est, de fait, là pour contrer le stigmate qui rend la dépression insupportable et qui peut parfois mener au suicide », croit l’artiste.
Nous voulons que ceux qui nous écoutent sachent qu’ils ne sont pas seuls, qu’ils puissent mettre des mots sur ce qu’ils vivent
Preuve en est avec le morceau It’s Okay, paru en 2008 sur l’album Some Are Lakes de Land of Talk, qu’Emma Beko cite en référence, presque comme un hymne salvateur face aux épreuves de la vie, et qui ne l’a jamais quitté depuis la première écoute. « Cette chanson appartient désormais à tout le monde, se réjouit Elizabeth Powell. Je l’ai écrite il y a une vingtaine d’années pour me consoler lorsque j’étais brisé, et les gens continuent de m’en parler, car elle résonne en eux. » En serait-il de même avec Crazy d’Emma Beko ? « Quand le public la chante avec moi, je sens que nous sommes tous plus forts ensemble, assure la rappeuse. Il n’y a pas de meilleur sentiment que de savoir que notre musique fait du bien. »
« Nous voulons que ceux qui nous écoutent sachent qu’ils ne sont pas seuls, qu’ils puissent mettre des mots sur ce qu’ils vivent », renchérit Emma Cochrane. Faire de la musique une thérapie est donc l’une des missions que s’est données Mayfly, qui croit au pouvoir de l’entraide pour surmonter les traumatismes. « Peut-être avons-nous tous besoin de parler de ce qui ne va pas et faire de la musique, et l’art en général, un soutien inconditionnel », soulève Charlie Kunce.
De son côté, Gus Englehorn poursuit dans son approche distincte, mais tout aussi efficace, teintée d’humour avec Oh Well Unwell (Dungeon Master, 2022). « Je relate dans cette chanson mes propres expériences et celles de mon petit frère autiste lorsqu’il était hospitalisé. »  Et il n’espère qu’une chose : dire aux gens que tout peut, un jour, aller mieux.
Elizabeth Powell en est sans doute l’incarnation de ce lumineux renouveau que décrit Gus Englehorn dans sa musique. Après avoir mis sa carrière sur pause à cause d’un épuisement et de harcèlement sexuel, l’artiste savoure ce retour sur le devant de la scène. « Je suis revenu avec beaucoup de reconnaissance, d’abord pour ma musique et mon public, et enfin pour essayer de briser ce tabou qui entoure la santé mentale. »
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