« C'est votre petit-fils ? – Non, je suis sa mère ! » Le tribut de ma grossesse gériatrique – Le HuffPost

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Enseignante
TÉMOIGNAGE – « Quand vous donnez naissance à un enfant à 42 ans, beaucoup de mamans ont 10 ans, voire davantage, de moins que vous. Vous n’avez pas les mêmes références d’enfance et vous avez un peu de mal à vous faire des copines avec lesquelles échanger sur votre quotidien de jeune maman » explique cette enseignante.
MATERNITÉ – Mon chemin de vie m’a amené à découvrir les joies (et les difficultés) liées à la maternité à l’âge de 42 ans seulement. Aujourd’hui, notre fils Gaspard a 4 ans et je peux déjà apporter une première analyse de la « grossesse gériatrique » (et oui, c’est l’appellation officielle dans le milieu médical ! ) et de la maternité tardive.
À en croire les médias, c’est de plus en plus simple pour les femmes de choisir leur vie et le moment « idéal » pour donner la vie. Je mets le mot « idéal » entre parenthèses car ce que j’ai appris, c’est qu’il n’existe pas ce « moment parfait » pour devenir maman. Nous ne sommes pas de robots et notre vie n’est pas une succession d’objectifs à atteindre en suivant « to do list » aseptisée.
Je me voyais dans le schéma classique « papa – maman – bébé » et durant de longues années je me disais que ma « média naranja » (expression espagnole resplendissante de simplicité, bonheur et plaisir) était quelque part dans ce monde, bien cachée ! Je tiens à préciser que je ne prône pas la famille version « manif pour tous », chacun est libre d’aimer qui et comme il/elle veut !
Entière et curieuse, j’ai pu faire des études de management interculturel, parcourir le monde avoir de belles histoires d’amour passionnantes et passionnées. Ce n’est qu’en 2011, à l’âge de 38 ans que j’ai trouvé celui qui parcourait notre planète à sa façon. Il a 10 ans de plus que moi. Nous avons chacun un tempérament indépendant et fusionnel à la fois. Je suis franco autrichienne, il est anglais… Pas étonnant qu’il m’a fallu un certain temps pour finalement le rencontrer en Charente !
Notre histoire est belle, les moments de complicité s’enchaînent avec douceur et rapidité à la fois. Très vite nous évoquons le fait que j’aimerais devenir maman et lui, par amour, accepte de se lancer dans l’aventure de la parentalité.
Après notre mariage, je suis enceinte et malheureusement, cette grossesse se solde par un avortement spontané précoce. J’aurais pu dire « fausse couche » mais j’insiste sur l’expression « avortement spontané » qui est sur la fiche de rapport que le médecin m’a remise lors de mon passage aux urgences. Passé 40 ans, le risque de fausse couche est relativement élevé (je ne vous apprends rien) mais on en parle peu. Les personnalités publiques deviennent parents à tout âge avec un grand sourire et un corps parfait mais la réalité est bien différente.
C’est le choc, je sentais ce bébé en moi, et plouf, il est parti. Je le savais avant même que les examens médicaux ne soient réalisés. Même en tout début de grossesse, le corps change et on sent la vie qui se crée en nous. Une femme qui, pour des raisons bien personnelles, fait le choix d’avorter, sent ce qui se passe en elle et en aucun cas, le choix est « à la légère » car elle a des sensations physiques et émotionnelles qui se manifestent en elle. C’est simple, l’interdiction pure est simple de l’avortement dans une société moderne est un obscurantisme total car il faut accompagner toute femme de façon respectueuse afin qu’elle puisse, dans les meilleures conditions, faire son choix entre poursuivre sa grossesse ou l’interrompre de façon prématurée.
Bébé n’est pas encore là, les questions qui nous semblaient lointaines et impersonnelles nous rattrapent. Elles ne sont plus un simple sujet politique dont on est en train de débattre à l’Assemblée nationale mais une réalité, même pour nous, couple qui « de base », qui a une vie tranquille dans la campagne française.
Pendant un an, nous prenons part à un parcours de procréation médicalement assistée en mode accéléré – dans l’hôpital spécialisé la plus proche, c’est-à-dire 1 h 30 de route – car une FIV ou une insémination artificielle ne sont prises en charge par la sécurité sociale qu’aux femmes de moins de 42 ans. J’ai déjà 40 ans et « ça ne marche pas toujours du premier coup ».
Un premier processus est lancé, je me procure les différents médicaments, hormones que je vais devoir m’injecter. C’est la douche froide car le traitement est lourd. Se faire des piqûres d’hormones soit même à des horaires précis, ce n’est pas donné à tout le monde.
Bizarrement, mes doutes et mes prières sont entendus car avant de commencer, je suis à nouveau enceinte. Lors d’un grand moment de stress professionnel, je sens comme une décharge dans mon ventre et j’ai compris. Le bébé que j’attendais est mort. Quelques jours plus tard, c’est un nouvel avortement spontané.
Mon mari et moi, faisons une promenade. Notre choix est fait : on arrête le processus de PMA et on met la priorité sur notre amour et notre couple. Si bébé arrive, c’est bien, si ce n’est pas le cas, nous serons féconds par l’art et la créativité.
Choisir d’avoir un enfant, disons, trop tard peut nous amener à avoir du mal à concevoir ce petit être d’amour. Certaines entreprises soutiennent les femmes qui veulent faire congeler quelques ovocytes afin de leur permettre de se concentrer sur leur carrière vers 25/30 ans et avoir un enfant plus tard. C’est ça la modernité, l’avenir ? Je ne pense pas ! Il serait beaucoup plus judicieux de développer les crèches associées aux entreprises et trouver un véritable modèle de société qui permet d’allier vie professionnelle et parentalité. Je parle des papas et des mamans de façon totalement équivalente.
Miracle, j’ai donné naissance à un enfant qui est venu de lui-même, tout naturellement, dans notre foyer.
Quand vous donnez naissance à un enfant à 42 ans, beaucoup de mamans ont 10 ans, voire davantage, de moins que vous. Vous n’avez pas les mêmes références d’enfance et vous avez un peu de mal à vous faire des copines avec lesquelles échanger sur votre quotidien de jeune maman.
Vos copines d’enfance sont déjà dans la phase délicate de l’adolescence de leur progéniture et elles ne trouvent que peu d’intérêt à vos problèmes de sommeil ou de changement de couches.
Des conseils, comme toutes les mamans, vous n’en obtenez que trop mais difficile de trouver une alliée dans la famille. Vos parents sont relativement âgés et la brèche entre leur vision de l’éducation des enfants et la vôtre est devenue un grand fossé. De plus, un peu plus fragiles, vos parents ne pourront pas vous seconder pour garder bébé car la responsabilité est trop importante et physiquement ils ne peuvent pas suivre. Courir après loulou, le soulever, c’est trop difficile pour eux.
Au fur et à mesure que votre trésor grandit, vos parents, ses grands-parents, prennent de l’âge. Au début, vous étiez en train de pleurnicher car ils ne pouvaient pas vous aider et que vous idéalisez les familles dans lesquelles les papis et les mamies prennent parfois le relais afin d’autoriser les parents à se reposer un peu. Maintenant, vos parents ont besoin de soutien de votre part. Ils commencent à devenir dépendants et vous avez en parallèle un enfant en bas âge à accompagner, à éduquer.
À tout âge, la découverte de la parentalité est une merveille. On n’est jamais trop jeune ou trop vieux. Quand sur le marché de mon village on me dit : « C’est votre petit-fils ?  », je réponds avec bienveillance et fierté « non, c’est mon fils ! »
À voir également sur Le HuffPost : Après une fausse couche, comment cette maman s’est réconciliée avec son corps
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