Cervelet : une nouvelle fonction « sociale » ? – Pour la Science

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Notre « petit cerveau », le cervelet, a bien plus de rôles à jouer dans nos comportements que prévu : il serait notamment essentiel à la socialisation.
Le cervelet se trouve à l’arrière du crâne et était surtout connu pour son rôle dans les fonctions motrices.
Mais à quoi sert donc le cervelet situé à l’arrière du crâne ? On a longtemps pensé qu’il ne participait qu’aux fonctions motrices, à la coordination des mouvements et à l’équilibre, mais l’on découvre depuis peu qu’il intervient aussi dans des fonctions cognitives supérieures. Il aurait notamment un rôle dans la socialisation. En effet, il y a trois ans, des chercheurs américains ont montré que si l’on « inactive » certains neurones du cervelet se projetant dans le système limbique – le réseau cérébral émotionnel, dit « de la récompense » –, alors on rend des souris réticentes à l’idée d’approcher des congénères inconnus… Comme si elles ne souhaitaient plus « socialiser ».
Pour approfondir l’importance du cervelet dans la socialisation, Laura Cutando, de l’université de Montpellier, et ses collègues se sont donc intéressés à la dopamine, l’un des principaux neurotransmetteurs du système cérébral de la récompense : la dopamine colore nos pensées d’émotions et nous pousse à agir. En combinant des techniques d’analyse du contenu de cellules et d’imagerie, les chercheurs ont d’abord révélé, chez les souris, la présence de récepteurs particuliers de la dopamine – les récepteurs D2 – principalement sur un seul type de neurones du cervelet : les cellules de Purkinje, celles justement qui connectent le cervelet au reste du cerveau. Ensuite, avec des techniques d’électrophysiologie, Laura Cutando et ses collègues ont prouvé que la dopamine régule bien l’activité des cellules de Purkinje, leurs récepteurs D2 étant donc fonctionnels. Mais pour faire quoi ?
Les chercheurs ont inactivé ces récepteurs dans le cervelet des souris afin de déterminer leur rôle dans le comportement de sociabilité des rongeurs. Ils ont réalisé cette expérience en créant des souris génétiquement modifiées pour ne plus les exprimer. Conséquence : les animaux dépourvus de récepteurs D2 ne présentaient aucune difficulté motrice, mais surtout ils étaient bien plus sociables que leurs congénères. Par exemple, lors d’un des différents tests effectués par les chercheurs, les souris avaient le choix entre rester dans leur « chambre », aller visiter une autre pièce où se trouvait un congénère déjà connu, ou encore aller visiter une autre pièce abritant une nouvelle souris qu’elles n’avaient jamais côtoyée. Ainsi, les souris exprimant moins de récepteurs D2 s’approchaient plus volontiers du nouveau venu que les rongeurs « normaux ».
Mais d’où vient la dopamine qui stimule le cervelet et interviendrait ainsi dans les comportements sociaux ? « Nous avons observé des neurones qui relient le réseau cérébral de la récompense au cervelet, et qui fonctionnent avec de la dopamine ou de la noradrénaline. Mais on ignore encore si ce sont eux qui sécrètent la dopamine qui, à son tour, module l’activité des cellules de Purkinje », indique Emmanuel Valjent, de l’Inserm, qui a dirigé cette étude. Toujours est-il que cette nouvelle fonction sociale du cervelet stimulera probablement l’intérêt des chercheurs pour déterminer son implication dans les pathologies associées à des troubles des relations sociales, comme l’autisme, la schizophrénie ou la bipolarité.
Une solution pour supprimer les effets secondaires liés au traitement de la maladie de Parkinson : stimuler le cervelet !
Notre « petit cerveau », le cervelet, a bien plus de rôles à jouer dans nos comportements que prévu : il serait notamment essentiel à la socialisation.
Des chercheurs viennent d’identifier un nouveau noyau cérébral impliqué dans le comportement alimentaire : contre toute attente, il se trouve dans le cervelet et, quand il est inactif, il provoque un appétit insatiable.
Il y a des centaines de milliers d’années, le cervelet des premiers poissons s’est « dédoublé », donnant progressivement naissance à notre cortex. Mais l’encéphale des origines continue de jouer un rôle important, notamment dans les apprentissages.
Alors qu’on croyait le cervelet uniquement impliqué dans la motricité, de nouvelles études révèlent qu’il participe aussi à nos pensées et émotions. Le « petit cerveau », injustement oublié, fait son retour en force !
Le cervelet ne sert pas qu’à la coordination et à l'équilibre : il serait aussi nécessaire pour socialiser.

Bénédicte Salthun-Lassalle est rédactrice en chef adjointe à Cerveau & Psycho.
L. Cutando et al., Nature Neurosciences, 2022
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