Café pédagogique : un «Expresso» qui carbure à l'indépendance – MSN

C’est une missive que ses lecteurs attendent comme la première dose de caféine du matin : avec avidité. L’Expresso, flash quotidien d’information sur l’éducation du Café pédagogique, arrive à l’aube dans la boîte mail de ses 40 000 abonnés. Un nectar inédit où l’on trouve un décryptage rigoureux des politiques publiques aussi bien que des articles pointus sur la pédagogie. Parmi les fidèles de ce média associatif au design élémentaire, des enseignants mais aussi des cadres de l’éducation nationale, des élus de collectivités locales et tous les journalistes spécialisés. «Vous ne trouverez pas une seule personne du système, que ce soit au ministère ou dans les syndicats, qui ne le consulte pas», prévient Jean-Paul Delahaye, ex-numéro 2 de l’éducation nationale.
Sa disparition des écrans pendant plus d’une semaine lors de la dernière rentrée scolaire a laissé les lecteurs désemparés. En cause, un bug technique lié à la liquidation judiciaire de l’hébergeur du site, qui a mis le Café et ses vingt et un ans d’archives en péril. «On a reçu des messages de soutien, les gens s’inquiétaient pour nous, indique François Jarraud, rédacteur en chef et unique salarié du Café pédagogique. Mais attention, il y en a aussi beaucoup qui aimeraient nous voir disparaître !» S’il a récemment partagé un petit-déjeuner avec le nouveau ministre de l’Education, l’enseignant devenu journaliste n’a rien oublié de l’ère Blanquer. Intimidations, prises à partie en public… «Il n’a pas seulement essayé de nous faire taire, il m’a aussi dit ce que je devais écrire», tempête-t-il. La rédaction a gardé le cap, mais son budget a été divisé par deux. Les subventions du ministère pour l’organisation annuelle du Forum des enseignants innovants (dont Libération est partenaire depuis 2016) ont sauté sous Blanquer, tout comme le soutien financier de plusieurs institutions dont le Café relayait les actions. Aujourd’hui, les 60 000 euros de frais de fonctionnement, un salaire et des frais courants, sont financés quasi exclusivement par les adhésions des lecteurs. «L’argent est un souci permanent, mais au moins, personne ne peut demander ma tête», glisse le rédacteur en chef.
Quand il a lancé ce média en 2001 avec une poignée de collègues, François Jarraud voulait avant tout restituer le point de vue des enseignants. Au départ exclusivement consacrés à la pédagogie, les articles se tournent peu à peu vers l’actualité et la politique. Un équilibre qui perdure aujourd’hui. François Jarraud s’y dévoue corps et âme, travaillant «de quinze à dix-huit heures par jour» selon l’un des fidèles du Café, le pédagogue Philippe Meirieu.
S’il écrit 80 % des articles, ce «moine-soldat» est entouré d’une équipe de rédacteurs qui effectuent un précieux travail de veille. «On se situe à la marge, mais on nourrit la réflexion de nombreux enseignants», constate Jean-Michel Le Baut, professeur de lettres dans un lycée de Brest, où il entend souvent parler du Café dans la salle des profs. Lilia Ben Hamouda a connu l’équipe de ce média associatif grâce à son temps fort annuel, le Forum des enseignants innovants, auquel elle a participé en 2018. Alors directrice d’une école en Seine-Saint-Denis, elle présente son projet : une chorale des parents organisée tous les samedis matin, avec un axe particulier autour des langues maternelles des familles. Elle décroche le grand prix du jury et rédige son premier article quelques mois plus tard. Un engagement bénévole et militant. «Le Café porte et prône des valeurs que je partage complètement : la conception de l’école comme un lieu d’émancipation pour tous les élèves et particulièrement ceux des milieux populaires, éloignés de la culture scolaire. L’école est attaquée de tous les côtés, vidée de sa substance. Pour moi, l’enjeu est énorme, c’est un combat aussi fort que celui de l’écologie.»
Partisan, le Café ? «Evidemment, reconnaît Jean-Paul Delahaye. C’est un média indépendant, à qui rien n’interdit de prendre parti. Il a parfois une plume sévère envers les ministres, quels qu’ils soient.» Najat Vallaud-Belkacem ne dira pas le contraire. Elle a plus d’une fois été agacée par la plume de François Jarraud et trouvé à «l’Expresso» un goût amer. «Je me souviens à quel point il avait été pointilleux concernant mes annonces sur le nombre de créations de poste dans l’éducation nationale, en décortiquant précisément de quel type de contrat il s’agissait.» Mais les analyses du Café, qu’elle considère comme une institution, l’ont aussi éclairée. «Comme ministre, j’avoue que j’ai apprécié de lire ce média parce qu’il me permettait d’évaluer notre action et de trouver des articles sur des sujets de fond : la lutte contre le décrochage scolaire, la formation continue des enseignants, la situation des fonds sociaux qui aident les familles les plus démunies.»
Des sujets éloignés des radars médiatiques qui s’inscrivent pourtant dans le quotidien des profs. «Si «le Café» s’arrêtait, je sentirais un gros manque dans ma vie professionnelle», avertit ce directeur d’école primaire, lecteur compulsif du matin. Rarement un média aura aussi bien trouvé son nom.

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