Bien connaître la flore des parcelles pour mieux la gérer – Terre-net

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Connaître la flore des parcelles est une étape primordiale au raisonnement agronomique du désherbage. Chaque adventice a ses caractéristiques biologiques propres, qu’il est bon de connaître pour activer des leviers agronomiques adaptés. Périodes de levée, de grenaison, longévité des semences, risques de dormance, profondeurs de germination… sont des caractéristiques directement liées au potentiel de réussite des leviers agronomiques activés.
Adventices dans un champ de bleConnaître la biologie des adventices pour mieux les gérer. (©Terre-net Média)
Raisonner le désherbage, avec l’agronomie c’est d’abord prévenir les risques d’infestation via la rotation, les techniques d’implantation ou la gestion de l’interculture. Ces actions préventives ne peuvent être efficaces que si elles sont raisonnées en adéquation avec le type de flore visé et ses traits biologiques. La connaissance des périodes de levées des adventices permet, via l’activation de certains leviers agronomiques (rotation des cultures, diversité des dates d’implantation, faux semis) de mettre en œuvre des stratégies d’esquive par rapport à ces dates préférentielles d’émergence.
Cet exemple, qui illustre l’enjeu que représente la connaissance de la biologie des adventices, n’est pas un cas isolé. Par exemple, connaître les profondeurs de germination ou la longévité des graines dans le sol peut aider à comprendre l’évolution de la flore en fonction du travail du sol, et donc à orienter les choix de gestion de l’interculture.
Période préférentielle de levée : Rien qu’en connaissant la période préférentielle de levée d’une adventice, nous pouvons agir à trois niveaux pour en réduire la pression :
Risque de dormance : L’éventuelle dormance des graines a des conséquences sur l’efficacité des faux semis. En effet, même quand les conditions semblent réunies pour un faux semis (adéquation avec la période de levée de l’adventice, travail superficiel avant une pluie…), l’efficacité peut ne pas être au rendez-vous si les graines que l’on cherche à faire germer sont en dormance. Ce risque ne peut pas facilement être évalué mais l’on sait que l’historique des graines visées peut être une donnée déterminante. C’est le cas par exemple pour les graines de vulpin : si les conditions ont été fraîches et humides pendant leur maturation sur la plante mère (mai-juin) le risque que ces graines soient dormantes à l’interculture est élevé et peut limiter la pertinence d’un faux semis.
Profondeur de germination : La plupart des graines germent dans les cinq premiers centimètres du sol. Cependant il existe des exceptions, comme la folle avoine, dont la taille des réserves explique une capacité à germer jusqu’à plus de 20 cm de profondeur. Cette information est importante, elle explique l’efficacité des labours sur la plupart des adventices à l’exception de la folle avoine. À l’inverse, pour être efficace, un faux semis doit être le plus superficiel possible pour éviter d’enfouir les graines à faire lever.
Taux annuel de décroissance : Le taux annuel de décroissance (TAD) est révélateur de la longévité des semences non dormantes dans le sol. Plus il est élevé, plus vite les graines perdent leur viabilité dans le sol. Une adventice qui présente un taux annuel de décroissance particulièrement élevé est le brome stérile. Son TAD est de quasiment 100 %. Cela signifie qu’un an après l’enfouissement, presque 100 % des graines ne pourront plus jamais germer. C’est la raison pour laquelle le brome stérile, qui appartient donc au stock éphémère du sol, se gère facilement en une année via un labour.
Au contraire, la plupart des dicotylédones font partie des stocks quasi permanent du sol car leur TAD est faible à très faible. Pour cette raison, le labour est moins efficace sur ces adventices car seule une petite partie des graines enfouies perdent leur viabilité chaque année. Le risque de remonter en surface des graines viables de dicotylédones à chaque labour est donc élevé. Les adventices comme le ray-grass, le vulpin ou le gaillet font partie du stock transitoire avec leur TAD aux alentours de 75 % (il faut 3 à 5 ans après labour pour que la quasi-totalité des graines enfouies meurent). C’est pourquoi un labour occasionnel peut être plus pertinent qu’un labour systématique sur ce stock transitoire pour ne pas remonter chaque année en surface de semences ou graines capables de germer. C’est également dû à leur TAD que ces adventices habituellement assez bien contrôlées en systèmes labourés augmentent en pression suite à l’abandon du labour.
Période de grenaison : Connaître les périodes de grenaison des adventices peut s’avérer utile, notamment pour des personnes en réflexion par rapport à l’acquisition d’un récupérateur de menue paille. Ce type de dispositif, vise à exporter au moment de la récolte les graines d’adventices encore sur pied. Si la flore dominante d’une parcelle est arrivée à maturité avec des semences pas encore tombées au sol à la récolte, récupérer la menue paille peut être l’occasion de réduire la réalimentation annuelle du stock semencier. Ainsi, ce dispositif peut être pertinent sur ray grass, gaillet, matricaires par exemple. En revanche, son efficacité, sans être nulle, peut-être plus limitée sur vulpin.
Vitesse de réalisation du cycle : Certaines adventices peuvent monter à graine très rapidement. Ces adventices à cycle court comme le séneçon vulgaire, le pâturin annuel ou le chénopode blanc sont donc à même de réalimenter le stock semencier très facilement si on les laisse monter à graine. Ce type d’adventice est à surveiller. Et notamment en interculture longue en zones vulnérables, choisir un couvert concurrentiel en conséquence pour éviter au maximum le développement de ces adventices à cycle court sur la parcelle.
C’est ce qu’a notamment montré un essai mené à Boigneville (Essonne) en monoculture de blé sur 40 ans. La flore automnale s’est renforcée, notamment le raygrass qui pouvait compter jusqu’à 1 260 pieds par m² en 2010 en travail superficiel. La destruction du blé 2010 avant la formation de graines de ray-grass, l’introduction d’un pois de printemps destiné à casser le cycle de l’adventice et le recours à des modes d’action herbicides non utilisés auparavant, a permis de faire chuter les infestations à 9 pieds de ray-grass par m² dès la récolte 2011. Ensuite, la succession culturale mise en œuvre a permis de continuer à réduire le niveau d’infestation : il y avait moins d’un pied de ray-grass par m² dans le blé 2016, qui n’avait reçu aucun antigraminée.
Plusieurs essais de faux semis ont été réalisés, tous ont démontré l’intérêt de travailler le plus superficiellement possible pour générer le plus de levées à l’interculture. Ceci est lié à la profondeur de germination des adventices. Des tests en pots ont montré que les levées de ray-grass semés en surface s’étalent sur 4,7 jours à 18,7°C en moyenne contre 13,7 jours pour les mêmes ray-grass aux mêmes températures semés à 5 cm de profondeur. Les levées des graines en surfaces sont plus rapides et homogènes alors que celles des graines plus dispersées en profondeur (5 cm) sont échelonnées. D’où l’intérêt avec les faux semis de ne travailler que les 2-3 premiers cm de sol, pour ne pas risquer de générer de levées échelonnées et non homogènes qui pourraient infester la culture semée.
Le vulpin des champs, comme beaucoup de graminées, a une assez faible dormance. Néanmoins, les conditions climatiques, notamment au moment de la maturation des graines sur la plante-mère, semblent avoir une influence sur la dormance primaire des semences (Cook et al., 2006). Les conditions d’humidité du sol et de manière plus significative la température jouent sur l’induction de la dormance primaire, comme nous le montrent les graphiques ci-dessous :
 Pourcentage de graines de Vulpin des champs non dormantes en fonction des conditions climatiques et suivant les années Pourcentage de graines de vulpin des champs non dormantes en fonction des conditions climatiques et suivant les années. (wet = humide, dry = sec, cool = frais et hot = chaud) (©Cook et al, 2006.) 
Ainsi, une année qui a été fraîche et humide pendant la maturation des graines, tout laisse à penser qu’un faux semis sur vulpin ne sera pas efficace. Cette donnée ne concerne bien entendu que les graines produites dans l’année. La réalisation d’un faux semis agit sur tout  le stock semencier, incluant donc les graines produites les années précédentes, qui elles sont capables de germer.
La figure ci-dessous donne la densité de ray-grass au m² de 2009 à 2012 dans un essai en monoculture de blé où le travail du sol a été différencié entre labour, travail superficiel et semis direct depuis 1971. Les densités de ray-grass ont atteint des sommets en 2010. Année suite à laquelle le choix a été pris de casser la monoculture en introduisant un pois de printemps pour gérer cette flore graminée à levée automnale. A noter cependant que le labour a quand même permis une meilleure gestion du ray-grass que les modalités en non labour. La densité de ray-grass n’y dépasse pas 9,5 pieds par m² en 2010, année où on ne dénombre pas moins de 1260 ray-grass par m2 dans la modalité en travail superficiel. Cet essai confirme que la pression des adventices appartenant au stock transitoire (TAD de 75 %) est plus importante en non labour qu’en labour. Cependant, on constate que la pression est plus faible en semis direct par rapport au travail superficiel. Cela semble être dû à la non perturbation du sol : en créant moins de terre fine, cela génèrerait moins de levées d’adventices. Ici, les parcelles en semis direct sont plus sales qu’en labour, mais toujours plus propres qu’en travail superficiel.
Densité de ray-grass dans un essai longue durée travail du sol (en monoculture de blé de 1971 à 2010 puis introduction d’un pois de printemps et d’un colza pour réguler la population de ray-grass)Densité de ray-grass dans un essai longue durée travail du sol (en monoculture de blé de 1971 à 2010 puis introduction d’un pois de printemps et d’un colza pour réguler la population de ray-grass) (©Arvalis-Institut du végétal)
Seules les graines non tombées au sol lors de la récolte sont susceptibles d’être récupérées. La technique n’est donc pas efficace sur les vulpins et bromes stériles à la récolte du blé, à l’exception de levées tardives de vulpin. Elle l’est en revanche sur ray-grass, folle avoine et brome faux seigle car ils conservent leurs graines plus longtemps. L’utilisation de variétés précoces de blé pourrait sécuriser la démarche. Pour les espèces récoltées plus tôt comme l’escourgeon, les graines d’adventices ont plus de chance d’être interceptées.

Autre élément important de l’efficacité de la technique : les graines doivent être situées au-dessus de la barre de coupe de la moissonneuse. La récupération des graines de graminées, à port dressé, est donc plus efficace que celles des dicotylédones, à port étalé. Cependant, pour les dicotylédones comme le coquelicot, le gaillet ou le sisymbre (dans le colza), les graines peuvent aussi être interceptées. Celles de grande taille comme le gaillet sont plus susceptibles d’être envoyées dans la trémie à grains que dans le caisson de récupération de la menue paille. Du côté des vivaces, la récolte de la menue paille ne devrait pas impacter la gestion du chardon et du chiendent car ils colonisent le milieu essentiellement par leurs rhizomes. En revanche, un intérêt n’est pas exclu sur le rumex dont la colonisation passe principalement par la production de graines.
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