Assurance vie – Faut-il encore croire aux fonds euros ? – UFC Que Choisir

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Actualité
Pour les 53 millions de contrats d’assurance vie détenus actuellement par les Français, 2022 ne devrait pas être une grande année. Les rendements des fonds euros devraient en effet être tous négatifs au regard de l’inflation galopante. Ils ne devraient pas non plus suivre la récente hausse des taux, ce qui les conduirait à remonter fortement. En attendant que les assureurs communiquent les performances de ces fonds d’ici quelques semaines, on vous explique la mécanique complexe, ou plutôt les vents contraires qui soufflent actuellement sur ce placement dont l’encours s’élève à plus de 1 826 milliards d’euros.
Souvenez-vous : il y a quelques années, on prédisait la mort du fonds euros du fait de la baisse historique et continue des taux des obligations, produits financiers que les assureurs détiennent majoritairement pour pouvoir rémunérer l’épargne qui leur est confiée. Baisse qui s’est concrètement traduite par des rendements qui sont passés de +5,8 % en 1997 à +1,28 % nets de frais de gestion seulement en 2021 (source : cabinet d’études Le Cercle de l’épargne). Résultat : à quelques exceptions près, les assureurs se sont alors mis en ordre de bataille pour promouvoir les unités de compte (UC), supports financiers investis en actions et qui, contrairement aux fonds euros classiques, ne comportent aucune garantie en capital. Autrement dit, avec eux, il est certes possible d’engranger des gains lorsque les marchés financiers sont bien orientés, mais il est également possible de subir des pertes lorsqu’ils sont baissiers.
Pour cette « promotion », des moyens variables ont été employés au fil des ans : il n’a ainsi plus été possible de loger la totalité de ses versements dans le fonds euros de nombreux assureurs (Axa, Prédica, Suravenir…). Dans une logique légèrement différente, des bonus de rendement, qui vont crescendo avec la proportion d’unités de compte du contrat, et que l’on peut assimiler à une forme de récompense à la prise de risques, sont apparus (Axa, Swiss Life…). Sans oublier les frais sur versements qui ont pu être majorés, afin de tenter de détourner des fonds euros les irréductibles qui préféraient encore jouer la carte de la sécurité à celle du risque (avec la perspective, non garantie, de rendements plus élevés).
En 2022, changement de décor. L’inflation (apparue dès la mi-2021) se met à galoper et les taux des produits obligataires se mettent brutalement à remonter : on n’avait pas vu cela depuis les années 1980 ! Désormais la question est de savoir si les rendements 2022 qui seront annoncés début 2023 vont continuer à s’inscrire dans cette tendance peu alléchante « de taux fortement négatifs, ce qui constitue un phénomène nouveau et complexe pour les assureurs vie », tel que le souligne Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’épargne, ou si, au contraire, à la lueur de ce contexte spécifique, ces rendements bénéficieront eux aussi de cette remontée des taux d’intérêts.
En effet, outre la possibilité d’adopter une gestion globalement un peu plus active que par le passé, les assureurs peuvent aujourd’hui profiter de la hausse des taux d’intérêts pour acheter des obligations aux rendements nettement plus intéressants que ceux de ces dernières années. Problème : ces nouvelles obligations ne remplacent et ne remplaceront que progressivement les anciennes arrivées à échéance. Par exemple, Odile Ezerzer, directrice de Macif Finance Épargne et directrice générale de Mutavie indique que « 10 % environ de notre portefeuille obligataire arrive à terme chaque année ». En creux, cela signifie que malgré l’embellie dont bénéficient les marchés obligataires, les épargnants vont devoir attendre plusieurs années pour constater une remontée significative du rendement de leurs fonds euros…
« Tout l’enjeu des assureurs vie est d’éviter aujourd’hui comme demain une décollecte trop importante, c’est-à-dire un volume de rachats qui les obligerait à vendre d’anciennes obligations à perte, source de moins-values. Une telle situation serait défavorable au secteur », fait remarquer Cyrille Chartier-Kastler, créateur de Good Value for Money, site spécialisé sur l’assurance vie et les placements financiers. Pour éviter ce scénario noir, il faut savoir que la loi a prévu la possibilité de restreindre temporairement la liberté des épargnants en limitant les retraits d’argent durant 6 mois maximum… Mais on n’en est pas là ! Et pour ne surtout pas en être là, les assureurs vie ont dans leur manche une carte intéressante : celle de la provision pour participation aux bénéfices (PPB) qui serait de « 71,5 milliards d’euros, soit environ 4,87 % des encours, toutes compagnies confondues », selon Cyrille Chartier-Kastler.
De quoi s’agit-il ? De bénéfices ayant été stockés en réserve (et donc non distribués les années où ils ont été acquis) pour pouvoir affronter les années où la conjoncture financière est compliquée. Cette PPB, qui varie d’un assureur à l’autre (les bancassureurs ont par exemple d’importantes réserves qui se sont constituées, entre autres, au détriment des taux servis sur leurs contrats…), doit de toute façon être redistribuée aux assurés, avec un différé de 8 ans maximum : « Elle a été faite pour ça, c’est-à-dire pour amortir le moment où le rendement net des actifs est inférieur au taux moyen des emprunts d’État à 10 ans, comme c’est le cas actuellement », souligne Guillaume Rosenwald, directeur général de MACSF Épargne retraite.
En puisant dans cette réserve, « les taux 2022 nets de frais de gestion pourraient se situer entre 1,8 % et 2,6 % environ », selon Philippe Crevel, ce qui serait une bonne nouvelle pour les épargnants. Pour autant, pas d’illusions : cette redistribution, qui n’a rien de pharaonique, sera progressive, c’est-à-dire étalée sur plusieurs années. Et « elle ne fera pas la course avec l’inflation », selon Odile Ezerzer. Autrement dit, même avec une remontée graduelle et réelle des taux d’intérêts, l’épargne investie dans un fonds euros continuera de se situer en territoire négatif tant que l’inflation sera à un niveau élevé.
Autre problème conjoncturel que les assureurs doivent gérer : la très grande forme du livret A dont la rémunération actuelle n’a jamais été aussi haute depuis de nombreuses années puisque désormais de 2 % nets d’impôt et de prélèvements sociaux. Et qui pourrait passer à 3 % en février prochain, compte tenu des paramètres de calcul de cette rémunération, c’est-à-dire au-delà des rendements des meilleurs fonds euros du marché ! De quoi donner du fil à retordre à certains assureurs, même s’il est vrai qu’il n’est pas raisonnable de comparer ces deux produits, tant leurs paramètres (plafonds des versements, frais, fiscalité…) et leurs horizons de placement sont différents. Pour autant, selon Philippe Crevel, « certains épargnants feront tout de même cette démarche. D’ailleurs le livret A capte déjà une partie de l’épargne destinée aux produits longs. Un couple avec 2 enfants peut ainsi placer sans risque et sans aucune taxation, plus de 100 000 € aujourd’hui à la fois sur des livrets A et des livrets de développement durable et solidaire »
Face à cette conjoncture pour le moins inédite, certains assureurs pourraient être tentés, et c’est une bonne nouvelle, de changer leur fusil d’épaule et d’adoucir quelque peu les règles qu’ils ont eux-mêmes mis en place ces dernières années. Car au-delà d’une vague (inhabituelle) de rachats, qu’il s’agit à tout prix d’éviter, les assureurs doivent aussi continuer à engranger des fonds pour deux raisons. D’abord, pour que la collecte « nette » (c’est-à-dire le rapport entre les prestations versées du fait des retraits effectués ou du versement des capitaux-décès aux bénéficiaires et les primes reçues) reste positive. Ensuite, pour que leurs portefeuilles puissent être exposés plus vite à des taux qui ont beaucoup remonté, ce qui permettra ainsi d’en faire profiter plus rapidement la communauté de leurs assurés.
Plusieurs hypothèses sont aujourd’hui sur la table. La première, simple à mettre en œuvre et qui a le mérite d’être parfaitement compréhensible par tous les épargnants, serait « d’abaisser voire d’annuler les frais sur versements, car la garantie du fonds euros coûte désormais moins cher en fonds propres », souligne Guillaume Rosenwald. La seconde serait « d’abaisser les seuils d’éligibilité actuels aux fonds euros, souvent conditionnés à un investissement en unités de compte de 30 % ou de 40 % », anticipe Édouard Michot, président d’Assurancevie.com, qui indique « avoir d’ores et déjà des signaux en ce sens ». Pour mémoire, les contrats permettant de placer 100 % de son épargne sur leur fonds euros, comme Garance Épargne (Garance), Afer (Abeille Vie), Multi Vie (Mutavie) ou encore Actépargne 2 (La France Mutualiste) sont actuellement en nombre très restreint. La troisième pourrait être la réapparition des fonds de type eurocroissance dont le capital est certes garanti et dont le rendement est censé être supérieur à celui des fonds euros, mais dont la contrepartie est de pouvoir immobiliser son épargne au moins 8 ans…
Les rendements 2022, qui commenceront à être diffusés mi-janvier 2023, seront plus que jamais scrutés à la loupe.
Roselyne Poznanski

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