Analyse – Egalité des sexes et autonomisation des femmes dans le monde arabe – Article19.ma

Par Dr Mohamed Chtatou
Pendant des décennies, les femmes du Moyen-Orient  et d’Afrique du Nord (MENA) ont activement lutté pour obtenir un statut égal devant les lois de leurs pays respectifs. Elles se sont efforcées d’obtenir une participation égale à la politique et à la société, ainsi qu’une justice progressive dans toute la région. Si des progrès ont été réalisés dans certaines parties de la région, de nombreux défis subsistent.
Pour Nathalie Bernard-Maugiron l’état des lieux n’est pas du tout satisfaisant:
  ‘’Malgré les progrès accomplis ces dernières années dans la protection juridique des droits des femmes, l’écart entre les sexes dans la participation à la vie économique persiste dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord. Un rapport de l’OCDE s’interroge sur l’incidence négative des cadres juridiques et de facteurs sociétaux et culturels sur l’autonomie des femmes et leur capacité à s’impliquer dans des activités économiques.’’
Les raisons anthropologiques du retard des femmes en matière d’autonomisation dans la région MENA
Les femmes du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MENA) ne sont pas confrontées à une seule idéologie sociale qui s’oppose au changement. Il est incorrect de conclure que l’Islam est responsable pour limiter l’accès des femmes aux ressources, à l’emploi, à la santé reproductive et aux services sociaux. Il est cependant essentiel de comprendre comment l’Islam est utilisé comme un instrument de contrôle entre les mains de l’élite dirigeante ; lorsque cela est opportun, l’islam et les traditions tribales et historiques du patriarcat fournissent un cadre et une justification pour entraver ou limiter les progrès des femmes. Parfois, il a aussi été utilisé de concert avec les objectifs du gouvernement pour ralentir la croissance démographique ou assurer la main-d’œuvre féminine.
Sur ce sujet Sadekka Arebi écrit:
‘’The view of Islam as a purgatory for women underlies most works written on Muslim women. They are commonly depicted as isolated from men, passive actors in the so-called public domain, confined to their kin groups, and so on. Such views have limited the discussion of women to the narrow topics
of veils, honor and shame, patriarchy, kinship, and polygamy. And, of course, Islam has been held responsible for this presumed degradation despite a considerable amount of literature, both historical and sociological, which characterizes these negative tendencies as being either pre-Islamic, non-Islamic,
un-Islamic, or as being one result of a process of the ideologization of Islam (Abdalati 1977; Alhibri 1982; Izzeddin 1953). Goody, for example, finds the position of women in seventeenth-century Turkey as one bearing no relation to any notion of a large patriarchal family. Women appeared freely before the court, sued other citizens, and were sued themselves. They were owners of property and made no less than 40 percent of all transactions (Goody 1983, 28). In relation to polygamy, Goody relates that in the Turkish city of Bursa in the seventeenth century, only 1 percent of men had more than one wife, compared with some 33 percent in Africa in the recent past (ibid., 34). This shows that Islam permits polygamy, but that it can by no means be considered a polygamous system.’’
[‘’La vision de l’Islam comme un purgatoire pour les femmes est à la base de la plupart des ouvrages écrits sur les femmes musulmanes.  Elles sont généralement dépeintes comme isolées des hommes, des acteurs passifs dans le domaine dit public, confinées dans leurs groupes familiaux, etc. , et ainsi de suite.
De tels points de vue ont limité la discussion sur les femmes aux sujets étroits suivants du voile, de l’honneur et de la honte, du patriarcat, de la parenté et de la polygamie. Et, bien sûr,  l’Islam a été tenu responsable de cette dégradation présumée malgré une quantité considérable de littérature, à la fois historique et sociologique, qui caractérisent ces tendances négatives comme étant soit pré-Islamiques, non-Islamiques, , ou comme étant le résultat d’un processus d’idéologisation de l’Islam.
(Abdalati 1977 ; Alhibri 1982 ; Izzeddin 1953). Goody, par exemple, trouve que la position des femmes dans la Turquie du dix-septième siècle comme n’ayant aucun rapport à la notion de grande famille patriarcale. Les femmes comparaissaient librement devant le tribunal, poursuivaient d’autres citoyens et étaient elles-mêmes poursuivies. Elles étaient propriétaires  de biens et réalisaient pas moins de 40 % de toutes les transactions (Goody 1983, 28). En ce qui concerne la polygamie, Goody raconte que dans la ville turque de Bursa, au XVIIe siècle, il y avait plus d’un million de femmes dans le pays, seulement 1 % des hommes avaient plus d’une une femme, contre environ 33 pour cent en Afrique dans un passé récent (ibid, 34). Cela montre que l’Islam autorise la polygamie, mais qu’il ne peut en aucun cas être considéré comme un système polygame.’’
Religion :
L’islam joue un rôle dans la régulation du statut social des femmes, cependant, une approche multidimensionnelle qui évalue les changements démographiques, les réalités économiques et politiques et l’instabilité régionale offre un aperçu plus large de la question du statut des femmes dans la région MENA.
Il n’y a pas de preuves uniformes dans la région MENA pour étayer l’opinion dominante selon laquelle le statut inférieur des femmes musulmanes et l’injonction avec des modèles démographiques « hors normes » comme la faible participation des femmes au marché du travail, la faible participation à la vie politique, etc. est une conséquence de l’islam dans la mesure où il est perçu comme tel. Certes, la doctrine religieuse peut être utilisée de façon plus totalitaire par le pouvoir pour justifier et rationaliser l’assujettissement femmes et limiter leur accès aux opportunités – les talibans en Afghanistan offrent un exemple – mais ces interprétations plus extrêmes de l’islam ne reflètent pas la communauté plus large pas plus que les pratiques des fondamentalistes chrétiens ne reflètent la pratique générale de la plupart des chrétiens.
Sur ce sujet, Yara M. Asi écrit:
‘’Si l’islam, principale religion du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA), est généralement accusé d’être responsable de l’écart important entre les sexes et du mauvais traitement des femmes dans certaines parties de la région, les recherches suggèrent que cette explication n’est pas suffisante et qu’elle occulte les facteurs intersectionnels de la discrimination. Les écarts entre les sexes ont tendance à être plus importants dans les zones rurales où le niveau d’éducation est plus faible, où les populations sont appauvries et où les contextes de conflit et d’instabilité politique sont plus fréquents. C’est le cas dans le monde entier, mais la région MENA est surreprésentée dans les États présentant ces caractéristiques.’’
Statut social:
Le statut social correspond à une position sociale reconnue au sein de la hiérarchie d’une société. C’est la façon dont les individus définissent qui ils sont et leur relation avec les autres et le genre joue un rôle important dans la définition du statut social d’un individu. En plus d’être structurelle, l’inégalité entre les sexes est influencée par la classe, la religion, la race, l’ethnicité, et la sexualité.
Le genre et la sexualité ne sont pas seulement des identités personnelles ; ce sont des identités sociales. Elles découlent de nos relations avec d’autres personnes et dépendent de l’interaction sociale et de la reconnaissance sociale. En tant que telles, elles influencent la manière dont nous nous comprenons par rapport aux autres.
Dans le monde arabe, les femmes doivent non seulement faire face à l’éternel patriarcat, mais aussi à la pauvreté endémique et à l’analphabétisme paralysant, en particulier dans les zones rurales. Leur statut social, en tant que tel, est nul, pour ne pas dire que dans de nombreux cas, elles sont considérées comme des meubles que l’on peut déplacer et jeter à volonté. Souvent, le mariage est considéré par beaucoup de femmes comme une échappatoire à la misère et à la famine, mais il devient malheureusement une prison à vie sans possibilité d’amélioration du statut social.
Ainsi, les femmes rurales et périurbaines, malgré l’amélioration des conditions de vie dans les villes grâce au développement des pays arabes, continuent de servir d’esclaves sexuelles, de porteuses d’enfants et de servantes pour les hommes de la famille et cela est le résultats de pratiques tribales millénaires enracinées dans les traditions sociales plutot que le résultat de l’influence de la religion islamique.
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Patriarcat : 
Le patriarcat est considéré comme un système qui permet aux hommes de dominer les femmes et de maintenir pouvoir et contrôle des ressources. Les femmes, surtout les plus jeunes, ont peu de pouvoir et dépendent des hommes. Kandiyoti (1992) définit le patriarcat classique comme l’inégalité systématique des femmes dans les sociétés. Elle décrit une famille patriarcale comme multigénérationnelle et hiérarchique, où les jeunes femmes et les enfants sont placés au niveau le plus bas de la hiérarchie. La paterfamilias, comme elle l’appelle, se caractérise par des jeunes femmes qui épousent des hommes plus âgés qu’elles-mêmes (souvent beaucoup plus âgés).
Lorsque la jeune mariée entre dans le nouveau ménage, elle est placée au niveau le plus bas de la hiérarchie avec le moins de pouvoir. Lors de la naissance de fils, elle acquiert plus de statut et finalement, en devenant belle-mère, elle acquiert plus de pouvoir en tant que femme plus âgée dans le ménage. Le mariage de jeunes filles est important parce qu’il prolonge la durée pendant laquelle elles peuvent avoir des enfants. Une jeune femme est aussi plus facilement socialisée à son rôle inégal et à son droit inéquitable aux ressources familiales – même par rapport à ses propres enfants (Kandiyoti, 1992 ; Moghadam, 2004 ).
La pudeur des femmes et la pratique du voile, Hijab ou Purdah, est également mise en avant dans les sociétés patriarcales. Dans une communauté, l’honneur d’une femme est une extension de l’honneur et de la réputation de la famille. Qu’est-ce que les femmes tirent comme profit de leur statut inférieur avec ces arrangements inférieurs ? En échange de leur faible statut et un accès inégal aux ressources, les femmes n’ont droi qu’à la protection et à l’entretien, très maigre contrepartie, en perspective.
Modernité vs tradition : 
Sharabi (1988) décrit le néo-patriarcat comme l’effet secondaire de la rencontre entre modernité et tradition. Le néo-patriarcat pourrait expliquer le décalage entre industrialisation, l’absence d’augmentation du nombre de femmes dans la vie publique et leur statut toujours inférieur. Avec respect aux rôles de genre, le rôle principal d’une femme en tant que femme au foyer et mère (pas très éloigné du patriarcat traditionnel) reste un marqueur fort des normes culturelles. Par conséquent, les changements dans le niveau d’industrialisation a peu d’effet sur le statut social des femmes et leur implication globale en dehors de leurs cercles familiaux et de parenté.
Par ailleurs, Sharabi nous rappelle l’influence de la richesse pétrolière mêlée au patriarcat dans la région du Moyen-Orient. Aussi, Sharabi rappelle en outre que seules les sociétés occidentales ont connu la modernisation au sens « pur » parce que cela s’est passé sans interférence d’autres nations. En raison de leur dépendance politique et positions économiques et leurs différences culturelles, une longue histoire de colonialisme occidental, une ingérence continue du monde occidental dans les systèmes économiques et politiques de la région MENA (principalement en raison de la richesse pétrolière de la région), la modernisation dans le Moyen-Orient d’aujourd’hui a suivi un chemin onéreux.
Les raisons sociologiques du retard des femmes en matière d’autonomisation dans la région MENA
Pauvreté : 
La pauvreté a une énorme influence sur l’accès d’un individu à l’éducation seule, cependant, elle est plus reconnue comme un obstacle pour les filles par rapport aux garçons (UN Women, 2012). Les femmes et les filles sont très affectées par la pauvreté, car on leur a appris à n’avoir que peu ou pas leur mot à dire dans leurs propres décisions, même si cela affecte leur propre vie (Health Poverty Action, 2018). Souvent, les ménages pauvres avec de nombreux enfants, donnent la priorité à l’éducation des garçons plutôt qu’à celle des filles, car la mentalité selon laquelle les filles font toutes les tâches ménagères et s’occupent des membres de leur famille, perdure .
 Le mariage précoce des enfants :
Le mariage d’enfants soulève de nombreux problèmes tels que le développement global d’une fille, en raison d’une grossesse précoce, de l’isolement social, de l’interruption de la scolarité et d’une entrave à ses opportunités futures, tout en augmentant le risque de violence domestique (UNICEF, 2021).
Malheureusement, le mariage précoce des enfants est plus courant qu’on le pense. On estime que 650 millions de femmes et de filles qui sont en vie aujourd’hui, ont été mariées dans leur enfance (World Vision, 2021).
Pour World Vision, le mariage précoce des enfants est un acte qui bafoue leurs droits:
‘’Chaque année, 12 millions de filles se marient avant l’âge de 18 ans. Forcés ou non, ces mariages sont souvent une double peine pour les jeunes filles : leurs droits à une enfance heureuse et à une éducation sont bafoués, et leur santé mise en péril du fait des grossesses précoces que le mariage implique. Une fois mariés, les perspectives d’avenir pour ces enfants sont minces et les empêchent de sortir de la pauvreté.’’
En 2020, les statistiques sur le mariage des enfants ont démontré que chaque année, 12 millions de filles sont mariées avant leur 18e anniversaire (World Vision, 2021). Se marier avant l’âge de 18 ans est une violation des droits fondamentaux de l’homme, et pourtant, à ce jour, les filles sont encore forcées contre leur propre volonté (World Vision, 2021).
Des recherches antérieures ont indiqué que pour chaque année où une fille se marie avant l’âge de 18 ans, la probabilité qu’elle termine ses études secondaires diminue de quatre à dix points de pourcentage, en tenant compte de son pays ou de sa région (Global Partnership, 2021). En outre, les enfants mariés qui atteignent l’âge adulte ont des revenus inférieurs en raison de leur manque d’éducation, ce qui empêche les femmes d’atteindre leur plein potentiel dans la vie (Global Partnership, 2021).
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On this thorny issue, Quentin Wodon from The World Bank argues, quite rightly:
‘’The largest impacts in terms of economic costs are through fertility and population growth. Child marriage leads girls to have children earlier and more children over their lifetime. This in turns reduces the ability of households to meet their basic needs, and thereby contributes to poverty. Ending child marriage would generate large welfare benefits through a reduction in population growth, helping to usher in the demographic dividend.’’
[‘’Les impacts les plus importants en termes de coûts économiques sont liés à la fertilité et à la croissance démographique. Le mariage des enfants conduit les filles à avoir des enfants plus tôt et à en avoir davantage au cours de leur vie. Cela réduit à son tour la capacité des ménages à satisfaire leurs besoins fondamentaux et contribue ainsi à la pauvreté. L’abolition du mariage des enfants générerait d’importants avantages sociaux grâce à une réduction de la croissance de la population, contribuant ainsi à l’avènement du dividende démographique.’’]La violence sexiste : 
La violence sexiste comprend de nombreuses catégories telles que les préjudices physiques, mentaux et économiques, qui sont infligés en public ou en privé.
Pour UNHCR, la violence sexuelle et sexiste est purement et simplement une violation des droits humains de base:
‘’On désigne par violence sexuelle et sexiste tout acte commis contre la volonté d’une personne et fondé sur les rôles différents que la société attribue aux hommes et aux femmes et sur des relations de pouvoir inégales. Elle comprend la menace de violence et la contrainte. Elle peut être de nature physique, émotionnelle, psychosociale et sexuelle et elle peut également s’exprimer par une privation de ressources ou d’accès à des services. Elle inflige des souffrances aux femmes, aux filles, aux hommes et aux garçons.
La violence sexuelle et sexiste est une violation des droits de l’homme. Elle prive l’individu de sa dignité humaine et elle est préjudiciable au développement humain.’’
Encore une fois, la principale cause du faible niveau d’éducation des filles est la violence sexiste, avec un accent sur le mariage des enfants et le harcèlement sexuel (Banque mondiale, 2015). Les filles sont constamment victimes de harcèlement sexuel et il faut les protéger de cette forme de violence non seulement dans la rue lorsqu’elles se rendent à l’école et en reviennent, mais aussi au sein de leurs établissements scolaires.
Dans cette optique, Elisabeth Hofmann écrit:
‘’L’incitation à lutter contre les violences de genre en milieu scolaire (VGMS) figure parmi les sujets qui ont accompagné les profondes mutations des secteurs éducatifs des pays du Sud au cours des vingt dernières années. Sous l’influence d’une mobilisation accrue contre les violences à l’égard des femmes, ce sujet était introduit dans un agenda international centré sur l’accès universel à une éducation primaire de qualité dans le cadre des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et de l’initiative « Éducation pour tous » (EPT). La lutte contre les VGMS figure aujourd’hui implicitement à la croisée de différents indicateurs des objectifs 4 et 5 des Objectifs de développement durable (ODD). Une attention particulière concerne l’Afrique subsaharienne, entre autres à cause du risque lié à la pandémie du sida pour les enfants [Leach, 2015, p. 30], entretenant un focus sur la sexualité et la violence.
Alors qu’il se dégage clairement un consensus contre les VGMS, l’acception du terme s’avère floue et variable. La complexité de la dimension définitionnelle est d’une part un défi très important concernant la production de données probantes sur les VGMS. D’autre part, le terme VGMS n’évoquant pas les mêmes actes et situations pour tous les acteurs à différentes échelles, la question terminologique représente un enjeu considérable pour susciter des efforts concertés.’’
Les statistiques montrent qu’une grande partie des femmes a eu affaire à du harcèlement sexuel dans des espaces publics, ou de manière fortuite dans la rue (Banque mondiale, 2018). À partir de cette expérience, 37 % des filles n’ont pas voulu aller à l’école, tandis que 10 % ont choisi de prendre un autre chemin pour se rendre chez elles (Banque mondiale, 2018). Il a également été reconnu que deux tiers des étudiants de l’université sont victimes de harcèlement sexuel, d’autres recherches indiquant que seulement 20 % des étudiantes qui subissent une agression sexuelle, le signalent aux autorités .
L’analphabétisme empêche l’autonomisation
L’éducation est très importante pour le développement global d’un pays. En matière de santé et de conscience sociale, l’éducation joue un rôle essentiel. Les femmes gèrent généralement les affaires de la maison, les affaires économiques quotidiennes et contrôlent le budget familial.
En ce sens, si elles sont éduquées, elles seront en mesure de gérer le budget familial plus efficacement, ce qui aura une incidence sur leur croissance économique et leur développement global. Elles peuvent participer et contribuer au processus démocratique et à divers programmes gouvernementaux, ce qui permet d’améliorer le développement national.
Pour surmonter la situation dans laquelle les femmes doivent être autonomisées, il est essentiel qu’elles soient d’abord alphabétisées. L’alphabétisation est la première étape qui rendra une femme puissante en termes de prospérité et de vie heureuse. Sans éducation, il est difficile pour elles de comprendre le système de gestion familiale. La gestion familiale est un facteur très important qui affecte l’autonomisation des femmes.
L’éducation à la santé pour l’autonomisation des femmes est connue comme l’un des facteurs importants. Une femme éduquée peut être plus consciente des différents types de problèmes de santé et de leurs remèdes, précautions, vaccinations, etc.
Le développement économique est lié à ces questions. En général, on a constaté que les personnes analphabètes ne se tiennent pas au courant des questions de santé et pour cette raison, elles sont soudainement confrontées à des problèmes de santé et dépensent une énorme quantité d’argent pour le traitement de différentes maladies.
L’illettrisme renforce les problèmes sociaux, les coupures sociales et les différences entre les gens dans la société. Un petit problème peut même prendre la forme d’un problème social vaste et sérieux qui finit par défigurer la valeur de la société et perturber toute la chaîne de la vie sociale, de la culture et de la croissance économique ; la sensibilisation sociale est donc l’une des questions importantes pour l’autonomisation des femmes en Inde. Mais le manque d’éducation n’est pas non plus possible.
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L’autonomisation économique des femmes
L’autonomisation économique des femmes est essentielle à la réalisation des droits des femmes et à l’égalité des sexes. Dans la région arabe, l’écart entre les sexes reste important en termes de participation et d’opportunités économiques, malgré la priorité accordée à l’autonomisation économique des femmes dans les programmes de développement arabes et le haut niveau d’éducation des femmes.
La participation des femmes au marché du travail reste la plus faible du monde, et elles demeurent largement sous-représentées dans les postes de direction de haut niveau et très bien rémunérés, ainsi que dans certains secteurs dominés par les hommes.
Pour l’ambassadrice Inas Mekkawy, directrice du département de la femme, de la famille et de l’enfance de la Ligue des États arabes s’exprimant lors d’une réunion que la Ligue des États arabes a accueillie le 19 octobre 2016 pour le Réseau arabe pour l’autonomisation économique des femmes (Khadija), dans le cadre du programme « The Spring Forward for Women » – un programme régional conjoint de l’Union européenne (UE) et d’ONU Femmes, financé par l’Union européenne :
« Investir dans l’autonomisation économique des femmes conduit à l’éradication de la pauvreté et à une croissance économique inclusive. Les femmes contribuent énormément aux économies, mais elles restent faiblement rémunérées et touchées de manière disproportionnée par l’exploitation. La Ligue des États arabes vise à garantir aux femmes arabes des revenus plus élevés et un meilleur accès aux actifs économiques afin qu’elles puissent participer à l’élaboration des politiques économiques et sociales dans leurs pays ».
Cette réunion qui a rassemblé la Ligue des États arabes , l’UE, les agences de l’ONU, le réseau Khadija et les associations d’entreprises s’est concentrée sur les principales conclusions d’une analyse de rentabilité sur la participation économique des femmes, réalisée par ONU Femmes et a convenu des principales étapes à franchir par le réseau Khadija en 2017.
Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord (MENA) connaissent des changements transformateurs alors que la région fait face aux retombées des soulèvements du printemps arabe, aux guerres civiles en Syrie, au Yémen et en Libye, aux changements géopolitiques et à la pandémie de COVID-19. À mesure que le paysage complexe des problèmes de la région évolue, la priorité donnée à l’autonomisation économique des femmes devrait être un élément essentiel pour relever les défis actuels dans les pays de la région MENA.
L’égalité des sexes favorise la croissance économique, contribue à réduire les inégalités de revenus et stimule la diversification économique. Ces besoins sont cruciaux dans la région MENA, qui est confrontée à des défis tels que la pauvreté, une faible gouvernance économique, la concentration des richesses, le déséquilibre de l’éducation et un marché du travail en difficulté avec des taux de chômage élevés.
Dans le même temps, la montée en puissance de la génération de jeunes la plus nombreuse, la plus instruite et la plus urbanisée de l’histoire de la région impose à la fois des défis et des opportunités qui auront un impact sur l’avenir de chaque pays et de la région MENA dans son ensemble. La capacité de la région à garantir à ses jeunes l’accès à une éducation solide, à des emplois adéquats et à la qualité de vie à laquelle ils aspirent déterminera le rôle que les jeunes joueront dans ce paysage en mutation.
Les progrès ont élevé les attentes des gens, mais comme le souligne le Rapport arabe sur le développement humain 2021, faire progresser le bien-être général n’a de sens que si les gens ont la possibilité de faire des choix et de les exercer. Dans ce sens l’autonomisation des femmes reste en deçà des attentes de la population arabe :
‘’En 2021, le taux de chômage a atteint 12,6 % dans la région des États arabes, soit plus du double de la moyenne mondiale qui est de 6,2 %. Le taux d’activité des femmes était parmi les plus bas du monde, estimé à 20,3 % dans la région des États arabes en 2019. Le taux de chômage des femmes est resté à 24 % dans la région des États arabes, soit trois à quatre fois plus que la moyenne mondiale.’’
 Les Nations unies définissent le développement humain comme 
« … l’expansion de la richesse de la vie humaine, plutôt que simplement la richesse de l’économie dans laquelle les êtres humains vivent. Il s’agit d’une approche axée sur les personnes, leurs possibilités et leurs choix. »
Le développement des économies de la région MENA est un élément essentiel de cet effort. En outre, alors que la région arabe dans son ensemble a connu une augmentation des niveaux de développement humain entre 1980 et 2010, principalement due à des gains en matière d’éducation et de santé, les inégalités se creusent davantage.
Comprendre l’autonomisation économique des femmes
L’autonomisation économique des femmes comprend la capacité des femmes à participer de manière égale aux marchés existants, l’accès et le contrôle du capital et des ressources productives, l’accès à un travail décent, le contrôle de leur temps, de leur vie et de leur corps, ainsi qu’une voix, une agence et une participation significative accrues dans la prise de décision économique à tous les niveaux, du ménage aux institutions internationales. La participation à la force de travail n’est qu’un indicateur de l’autonomisation économique des femmes, mais elle illustre cette lutte plus large : Dans la région MENA, la participation des femmes au marché du travail est de 21 %, alors que la moyenne mondiale est de 51 %.
 Selon un rapport récent du Wilson Center, cela est dû à l’absence de politiques favorables aux femmes sur le lieu de travail, en particulier dans le secteur privé, à la médiocrité des systèmes de transport public et à la persistance de normes sociales qui dictent à la fois la décision d’une femme de prendre un emploi et les carrières jugées acceptables. Pour les 21 % de la population active, la participation économique peut varier en fonction d’un certain nombre de facteurs.
Par exemple, en Jordanie, les emplois dans l’éducation, les services de santé et l’administration publique que les femmes occupent traditionnellement n’ont pas augmenté assez vite pour le grand nombre de femmes qui obtiennent des diplômes universitaires. En Irak, la guerre et les conflits ont entraîné un grand nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays, des violences sexistes et des femmes chefs de famille. En outre, 4 millions de réfugiés syriens tentent de reconstruire leur vie en Irak et sont confrontés à des contraintes similaires quant à leurs opportunités économiques. Les choses vont mieux pour près de 3,6 millions de réfugiés syriens en Turquie, où le gouvernement a accordé l’accès à l’éducation, au système de santé et aux services sociaux, et, depuis 2016, les réfugiés ont le droit d’obtenir un permis de travail.
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Depuis COVID-19, cependant, les niveaux croissants de chômage ont posé un défi à la création d’emplois et stimulé la concurrence pour les opportunités disponibles. Malgré ces circonstances troublantes, 800 000 hommes et femmes syriens travaillent de manière informelle, et il existe des exemples de femmes entrepreneurs syriennes qui trouvent des solutions créatives pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs communautés d’accueil.
L’entreprise privée et le développement du secteur privé contribuent à atténuer la pauvreté et à stimuler la croissance économique. Dans la région MENA, les femmes dépassent les hommes en termes d’inscriptions et de résultats dans l’enseignement supérieur, mais cela ne se traduit pas par une plus grande participation des femmes à la population active, notamment dans le secteur privé. Combler l’écart entre les sexes dans la main-d’œuvre – les femmes étant employées au même niveau que les hommes dans tous les secteurs – pourrait ajouter 28 000 milliards de dollars au PIB mondial. C’est un défi que la région doit relever.
Selon un rapport du Wilson Center qui s’interesse à la Jordanie, la Tunisie et Oman comme études de cas pour la région, les systèmes éducatifs ne fournissent pas les compétences essentielles à la main-d’œuvre en matière de gestion, de travail d’équipe, de leadership, de communication et de présentation orale et écrite. Bien qu’il y ait eu une augmentation rapide des inscriptions à l’université, les programmes d’études n’ont pas été adaptés et alignés sur les besoins du secteur privé, et les étudiants ne choisissent pas d’étudier dans des domaines qui correspondent aux besoins du marché du travail. En outre, le secteur privé se compose principalement de petites et moyennes entreprises à faible productivité qui sont confrontées à des contraintes de croissance. Pour les femmes en particulier, le secteur privé est considéré comme moins « favorable à la famille » – le secteur public offre des horaires de travail plus courts, de meilleures politiques de maternité et des emplois plus stables et plus sûrs.
Les femmes qui souhaitent créer ou développer leur propre entreprise peuvent se heurter à des obstacles juridiques et/ou réglementaires, tels que l’impossibilité d’obtenir un prêt faute de garanties nécessaires. Ces barrières économiques sont immenses : Seulement 20 % des femmes de la région MENA sont indépendantes, contre 47,7 % au niveau mondial, selon la Société financière internationale (SFI). Les femmes entrepreneurs de la région sont également souvent exclues des marchés du crédit ; la SFI estime qu’il existe un écart de 16 milliards de dollars entre le montant du crédit dont elles ont besoin et celui qu’elles reçoivent effectivement.
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L’alphabétisation pour l’autonomisation des femmes dans les pays en développement
L’accès à l’éducation de base est un droit humain fondamental. S’assurer que ce droit est une réalité pour les filles et les femmes est un engagement international depuis plusieurs décennies. Il est consacré, par exemple, dans la Déclaration et la Plateforme d’action de Pékin (1995), le Cadre de  d’action de l’Education pour tous (EPT) de Dakar (2000-2015, objectif 5), et les objectifs du Millénaire pour le développement des Nations unies (OMD, 2000-2015, objectif 3/cible 1). L’objectif 4 de l’EPT stipule explicitement que les efforts pour atteindre « une amélioration de 50 % des niveaux d’alphabétisation des adultes doivent être poursuivis d’ici à 2015 » et doivent être axés en particulier sur les femmes. Cependant, les progrès accomplis vers ces objectifs et d’autres  ont été mitigés.
Si de nombreux pays ont pris des mesures pour réduire les disparités entre les sexes (programmes d’alphabétisation qui ciblent directement les femmes), il n’en reste pas moins que les deux tiers des adultes non alphabétisés dans le monde sont des femmes, une statistique qui n’a pas changé depuis 2000. Cette situation risque de perpétuer la pauvreté de millions de femmes et entraver ainsi le développement humain dans de nombreuses régions du monde. L’alphabétisation des femmes est étroitement liée à l’autonomisation des femmes, qui est depuis des décennies un objectif déclaré de l’alphabétisation et de l’éducation des adultes.
L’impact de l’alphabétisation sur l’autonomisation est généralement perçu en termes de développement, tels que la diminution des taux de mortalité maternelle et infantile, l’accroissement des revenus et l’amélioration des moyens de subsistance. Cependant, l’autonomisation des femmes devrait également être appréciée comme un processus participatif qui est transformateur par nature (Robinson-Pant, 2014). Contrairement des notions d’autonomisation à des fins socio-économiques plus socio-économiques, les chercheurs féministes ont défini l’autonomisation « comme un processus par lequel les structures de pouvoir peuvent être identifiées, négociées et transformées », et ont reconnu que « l’alphabétisation et l’éducation sont des moyens critiques par lesquels de tels processus peuvent être déclenchés »  (Ghose et Mullick, 2015 : 350).
L’éducation est un élément clé des stratégies visant à améliorer le bien-être des individus et le développement économique et social des sociétés. Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (MENA), l’accès à l’éducation s’est considérablement amélioré au cours des dernières décennies, et l’on observe un certain nombre de tendances encourageantes dans l’éducation des filles et des femmes. La scolarisation dans le primaire est élevée ou universelle dans la plupart des pays de la région MENA, et les écarts entre les sexes en matière de scolarisation dans le secondaire ont déjà disparu dans plusieurs pays. Les femmes des pays de la région MENA sont également plus susceptibles de s’inscrire à l’université qu’elles ne l’étaient par le passé.
Mais de grands défis subsistent. De nombreuses personnes – en particulier les filles – sont encore exclues de l’éducation, et beaucoup d’autres sont scolarisées mais apprennent trop peu pour être préparées aux marchés du travail du XXIe siècle. Dans certains pays, l’accès à l’enseignement secondaire et supérieur qui permet de créer une main-d’œuvre qualifiée et compétente reste limité ; même lorsque l’accès n’est pas un problème, la qualité de l’enseignement dispensé est souvent faible. « L’aspect le plus inquiétant de la crise de l’éducation est l’incapacité de l’éducation à fournir les conditions nécessaires au développement des sociétés arabes », selon le Rapport arabe sur le développement humain de 2002.
Toutefois, pour le Rapport arabe sur le développement humain de 2022 l’objectif primordial est d’élargir les opportunités pour un relèvement inclusif et résilient à l’ère post-COVID sachant que:
‘’En 2021, le taux de chômage a atteint 12,6 % dans la région des États arabes, soit plus du double de la moyenne mondiale qui est de 6,2 %. Le taux d’activité des femmes était parmi les plus bas du monde, estimé à 20,3 % dans la région des États arabes en 2019. Le taux de chômage des femmes est resté à 24 % dans la région des États arabes, soit trois à quatre fois plus que la moyenne mondiale.
En 2021, la région affichait le taux de chômage des jeunes (15-24 ans) le plus élevé au monde, soit 28,6 %, une forte hausse par rapport aux 25,3 % de 2019. Le taux de chômage des jeunes femmes était également le plus élevé au monde, et plus du double à celui des jeunes hommes, atteignant 49,1 en 2021 contre 44,7 % en 2019 (contre 23,8 % chez les jeunes hommes en 2021 et 20,8 % en 2019).’’
Les pays de la région MENA présentent généralement des niveaux d’éducation et de participation à la vie active des femmes inférieurs à ceux d’autres régions ayant des niveaux de revenus similaires. L’interaction entre la structure économique de la région et sa culture conservatrice, dans laquelle les rôles traditionnels des hommes et des femmes sont fortement appliqués, en est largement responsable. Les hommes de la région MENA sont plus susceptibles d’avoir un accès direct à l’emploi salarié et au contrôle des richesses, tandis que les femmes sont largement dépendantes économiquement des membres masculins de leur famille.
L’économie pétrolière de la région, qui a produit une énorme richesse dans certains pays de la région MENA, renforce les rôles des sexes dans la région. Dans un certain nombre de ces pays, l’utilisation de technologies à forte intensité de capital qui nécessitent peu de main-d’œuvre, ainsi que les salaires relativement élevés des hommes, ont empêché les femmes de s’impliquer davantage dans la main-d’œuvre. Les options d’emploi des femmes ont été limitées à un petit nombre d’occupations et de professions socialement acceptables, comme l’enseignement et la médecine. Dans les États du Golfe, les emplois qui ne sont pas considérés comme appropriés pour les femmes de la région MENA, comme le métier de serveuse, sont souvent occupés par des travailleuses importées d’Asie du Sud et de l’Est.
La discrimination sexuelle dans la région MENA est parfois codifiée dans la loi, fréquemment dans les lois sur la famille ou les codes civils. Dans de nombreux pays de la région, les femmes doivent obtenir la permission d’un parent masculin, généralement le mari ou le père, avant de chercher un emploi, de demander un prêt, de créer une entreprise ou de voyager. Ces lois accordent souvent aux femmes une part plus faible de la richesse familiale héritée. Par conséquent, les familles ont tendance à investir davantage dans l’éducation des garçons que dans celle des filles.
Discrimination sexuelle et inégalité des sexes
La discrimination fondée sur le sexe décrit la situation dans laquelle des personnes sont traitées différemment simplement parce qu’elles sont de sexe masculin ou féminin, plutôt que sur la base de leurs compétences ou capacités individuelles.
Les filles et les femmes subissent la plupart des conséquences négatives des normes et des rôles sexospécifiques rigides, elles sont plus susceptibles de subir des restrictions de leur liberté et de leur mobilité, elles connaissent des niveaux épidémiques de violence et de harcèlement dans le monde entier et ont moins de possibilités de choisir comment vivre leur vie.
Refuser aux gens la liberté de choisir leur chemin dans la vie en raison de leur sexe les empêche de réaliser pleinement leur potentiel. Il y a beaucoup de choses à faire pour aider à construire un monde plus égalitaire entre les sexes. Comprendre les racines profondes de l’inégalité entre les sexes et s’opposer à la discrimination  sont les premières étapes.
Les stéréotypes sont la manière dont les sociétés attendent que les gens agissent en fonction de leur sexe. Par exemple, les filles doivent rester à la maison et aider aux tâches ménagères et à la garde des enfants, s’habiller modestement et ne pas sortir tard le soir. Les gens sont souvent jugés sur la façon dont ils adhèrent aux stéréotypes de genre.
Analyse - Egalité des sexes et autonomisation des femmes dans le monde arabe - Article19.ma
Ces stéréotypes peuvent souvent se répercuter à l’école et au travail, où les filles sont moins susceptibles d’être encouragées à s’orienter vers des sujets scientifiques et technologiques ou des rôles de direction, en raison de la perception de la « nature masculine » de ces activités. De même, des stéréotypes et des rôles sexospécifiques apparemment positifs, comme le fait que l’homme soit le « pourvoyeur » ou le « protecteur » de la famille, font peser sur les hommes et les garçons une charge inutile qui pourrait être partagée de manière plus positive dans le cadre d’un partenariat égalitaire.
Ces attitudes limitent le pouvoir des filles en les rendant moins aptes à contribuer à rendre le monde qui les entoure meilleur.
L’objectivation consiste à traiter une personne comme une marchandise ou un objet sans tenir compte de sa personnalité ou de sa dignité. Ce phénomène est courant dans les médias, où les femmes sont photoshopées et aérographiées, ce qui a pour effet d’accorder plus d’importance et de valeur à leur apparence extérieure qu’à d’autres capacités. Cela affecte l’image corporelle des filles, leur estime de soi et, en fin de compte, la valeur qu’elles s’accordent.
Cependant, les filles sont aussi souvent mal représentées dans les divertissements et les médias, d’une manière qui renforce les stéréotypes de genre et les rôles traditionnels nuisibles. L’objectivation doit être dénoncée et les filles doivent être encouragées à raconter leurs propres histoires – celles qui reflètent leur pouvoir, leur potentiel et leur diversité.
Si l’inégalité entre les sexes est une réalité mondiale regrettable, la région arabe est non seulement confrontée au plus grand écart, mais aussi à des défis importants pour corriger cette inégalité. La région a longtemps souffert d’insécurités économiques et politiques, aggravées par des obstacles socioculturels et un système de patriarcat bien ancré. Cette combinaison toxique bloque – et dans de nombreux cas, inverse – les progrès vers l’égalité des sexes.
Cette situation est encore aggravée par de multiples crises humanitaires prolongées, telles que celles qui sévissent en Syrie, en Palestine, au Yémen et en Irak. Dans toute la région, l’instabilité devient la norme. Ces conflits ont détruit les systèmes de protection sociale, réduit l’accès à des services et à un soutien sûrs, déplacé les communautés et accru les vulnérabilités, entraînant de nouvelles insécurités pour les femmes. En période de conflit, les objectifs d’égalité des sexes disparaissent rapidement de l’agenda.
Le rapport 2018 du Forum économique mondial sur l’écart entre les sexes dans le monde fournit un aperçu essentiel de l’ampleur des inégalités entre les sexes dans la région arabe. Le rapport mesure quatre dimensions : Participation et opportunités économiques, Niveau d’éducation, Santé et survie, et Autonomisation politique. À l’heure actuelle, le score global de l’écart entre les sexes s’élève à 68 %, ce qui signifie que, à l’échelle mondiale, il reste un écart de 32 % à combler. Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord sont les régions les plus éloignées de la parité entre les sexes : 40%.
Les pays du Golfe, tels que les Émirats arabes unis et le Koweït, ont réduit les écarts en termes de participation économique et de santé, mais des lacunes subsistent en matière d’égalité salariale. Le Qatar a augmenté la participation politique des femmes – passant d’aucune femme au parlement en 2017 à près de 10 % en 2018.
Malgré ses mauvais résultats en termes d’égalité des femmes, l’Arabie saoudite a réduit les inégalités salariales et augmenté la participation des femmes au marché du travail. Cependant, des systèmes oppressifs comme la tutelle masculine restent en place, limitant la liberté et la mobilité des femmes.
La Jordanie et le Liban n’ont pratiquement pas changé, malgré les progrès minimes du Liban en ce qui concerne la proportion de femmes au parlement. À Oman, l’écart entre les sexes est plus important que les années précédentes en raison de la diminution de la participation économique.
Les femmes occupent à peine 7 % des postes de direction dans les quatre pays les moins performants du monde, dont trois se trouvent dans la région – l’Égypte, l’Arabie saoudite et le Yémen. Sur les dix-huit pays couverts dans la région, douze ont régressé. Au rythme actuel, la région aurait besoin de 153 ans pour combler son écart entre les sexes.
En ce qui concerne ce sujet Doaa Salman Abdou écrit:
‘’Les femmes arabes sont confrontées à d’innombrables défis sociaux, juridiques, politiques, économiques et culturels. Si l’on considère tout d’abord les défis sociaux, le taux d’analphabétisme des femmes est beaucoup plus élevé que celui des hommes, en raison d’un accès inégal à l’éducation et à l’information. Un autre problème essentiel est que les femmes des pays arabes sont confrontées à un accès inégal et insuffisant aux soins de santé. Ces difficultés sont le résultat des traditions et des stéréotypes qui encouragent la discrimination à l’égard des femmes et permettent que leurs droits fondamentaux, tels que l’accès aux soins de santé et à l’éducation, soient violés. En outre, les lois des pays arabes sont discriminatoires à l’égard des femmes à de nombreux égards et leur accès à la justice est extrêmement limité. En outre, les femmes doivent faire face à certains défis économiques au quotidien en raison de la méconnaissance de leurs droits économiques, du poids de la pauvreté sur les femmes, des taux de chômage élevés, du pourcentage important de participation à des emplois mal rémunérés, à temps partiel ou informels, de la ségrégation professionnelle, des barrières entrepreneuriales et culturelles et, enfin, de l’inégalité sur le marché du travail. D’autres obstacles auxquels les femmes sont confrontées se situent au niveau de la participation politique, en raison d’un manque de sensibilisation aux droits politiques des femmes, de l’inégalité entre les deux sexes dans la détention du pouvoir et de la discrimination à l’égard des femmes dans les postes de décision. Enfin, et surtout, les femmes doivent faire face à des défis culturels et à des comportements sexistes.’’
Aucune société dans le monde ne peut prétendre avoir éradiqué toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et des filles. Toutes les régions du monde sont confrontées à des défis spécifiques liés à la promotion et à l’avancement des droits des femmes. Dans la région arabe comme en Occident, l’amélioration du statut social des femmes revêt une grande importance. Les obstacles et les défis qui empêchent de faire de l’égalité des sexes une réalité ne peuvent pas être considérés comme imputables à une seule région ; la définition d’un programme plus inclusif pour renforcer l’égalité des sexes exige que toutes les régions identifient un cadre approprié répondant à leurs besoins et défis spécifiques, conformément aux dispositions énoncées dans l’Objectif de développement durable 5 intitulé « Réaliser l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles. »
Analyse - Egalité des sexes et autonomisation des femmes dans le monde arabe - Article19.ma
Conclusion : garantir l’égalité d’accès des femmes aux opportunités de la vie
L’éducation est un élément clé des stratégies visant à améliorer le bien-être des individus et le développement économique et social des sociétés. Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (MENA), l’accès à l’éducation s’est considérablement amélioré au cours des dernières décennies. Plusieurs tendances encourageantes dans l’éducation des filles et des femmes . L’inscription à l’école primaire est élevé ou universel dans la plupart des pays de la région MENA, et les écarts entre les sexes dans le secondaire ont déjà disparu dans plusieurs pays. Les femmes des pays de la région MENA sont également plus susceptibles de s’inscrire à l’université qu’elles ne l’étaient par le passé.
Le Sommet du millénaire des Nations unies, qui s’est tenu en septembre 2000 à New York, a débouché sur un ensemble de huit objectifs du millénaire pour le développement (OMD) couvrant une série de questions de développement, notamment la réduction de la mortalité infantile, la lutte contre diverses maladies infectieuses, l’éradication de l’analphabétisme et l’autonomisation des femmes.
Les OMD et les objectifs et indicateurs associés ont été conçus comme des points de référence pour suivre les progrès réalisés dans les pays en développement et pour fournir un cadre pour soutenir le développement et éliminer la pauvreté. La communauté internationale reconnaît que si l’éducation des filles ne s’améliore pas, peu d’OMD seront atteints. Deux des objectifs traitent spécifiquement de l’éducation des femmes et de leur l’autonomisation des femmes.
Selon Maroun Kairouz et Kelsey Goodman écrivant dans World Economic Forum:
‘’It will take 115 years to close the gender gap in the Middle East and North Africa according to the World Economic Forum’s Gender Gap Report.
The region does well in providing equal health outcomes and continues to improve in reducing the gap in educational attainment. However, considerable progress is still needed to secure equal economic opportunities and governmental empowerment. Indeed, the average participation rate of women in the labour force is 31% and in six countries women’s pay is on average less than a quarter of what men make. Across the region, not enough women are represented in boardrooms, parliaments, and cabinets to participate actively in decision-making.’’
[ »Il faudra 115 ans pour combler l’écart entre les sexes au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, selon le rapport du Forum économique mondial sur l’écart entre les sexes.
La région obtient de bons résultats en matière de santé et continue de réduire l’écart en matière de niveau d’éducation. Toutefois, des progrès considérables sont encore nécessaires pour garantir l’égalité des chances économiques et l’autonomisation des gouvernements. En effet, le taux moyen de participation des femmes à la population active est de 31 % et, dans six pays, le salaire des femmes représente en moyenne moins d’un quart de celui des hommes. Dans toute la région, les femmes ne sont pas suffisamment représentées dans les conseils d’administration, les parlements et les cabinets pour participer activement à la prise de décision. »]Analyse - Egalité des sexes et autonomisation des femmes dans le monde arabe - Article19.ma
Les pays de la région MENA ont généralement des niveaux plus faibles d’éducation et de participation des femmes au marché du travail que d’autres régions ayant des niveaux de revenus similaires. L’interaction entre la structure économique de la région et sa culture conservatrice, dans laquelle les rôles traditionnels, en sont largement responsables. Dans la région MENA, les hommes sont plus susceptibles d’avoir un accès direct à l’emploi salarié et de contrôler le marché du travail et les richesses, tandis que les femmes sont économiquement dépendantes des membres masculins de leur famille.
L’autonomisation des femmes vise à garantir l’égalité d’accès des femmes aux opportunités de la vie. Elle est en fin de compte bénéfique pour l’ensemble des sociétés, car l’autonomisation des femmes réduit les inégalités de revenus et stimule la croissance économique et la résilience. Dans la région MENA, des facteurs juridiques, structurels et socioculturels se conjuguent pour contribuer à la faible participation des femmes au marché du travail, limitant ainsi le potentiel et la croissance économiques de la région. Les secteurs public, privé et à but non lucratif, ainsi que la communauté internationale, peuvent et doivent soutenir les changements de politique qui permettent aux femmes de la région – et donc à ses économies et à ses pays – de prospérer.
Les pays de la région arabe ont également réalisé des progrès visibles au cours des dernières années en matière de promotion de l’égalité des sexes par l’éducation des femmes et leur inclusion dans la population active. Il y a désormais plus de femmes que d’hommes qui fréquentent l’université en Arabie saoudite, en Tunisie, aux Émirats arabes unis, en Algérie, en Jordanie et au Koweït. En termes d’inclusion dans le travail rémunéré, entre 1980 et 2000, la participation des femmes à la population active a doublé en Arabie saoudite, au Koweït et au Bahreïn ; elle a presque triplé aux Émirats arabes unis et à Oman. Les femmes jouent désormais un rôle de plus en plus important dans l’économie des États arabes : selon les rapports nationaux, leur participation à l’économie a atteint environ 48 % au Koweït, 35 % 25 % en Tunisie, et 17 % en Algérie.
Vous pouvez suivre le Professeur Mohamed Chtatou sur Twitter: @Ayurinu
N/B: Le contenu de cette analyse nengage que son auteur.
Article19.ma

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