Alan Lee : « J'ai regardé “Les Anneaux de pouvoir” avec un détachement jouissif » – Le Point

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ENTRETIEN. L’illustrateur historique de Tolkien présente les « Contes et légendes inachevés », un ouvrage collector pour lequel il a travaillé en trio.
Temps de lecture : 7 min
Ne cherchez plus. Le cadeau de Noël idéal pour tout fan de fantasy (et de littérature !) qui se respecte, c’est celui-là : Contes et légendes inachevés de J.R.R. Tolkien, illustré par Alan Lee, John Howe et Ted Nasmith. Trois artistes rassemblés autour du plus grand auteur du XXe siècle, qui dit mieux ? D’autant que, contrairement à Beren et Lúthien, qui n’avait eu droit qu’à une version française au rabais, ce Contes et légendes bénéficie d’une vraie, belle édition à la hauteur de l’original. Merci Christian Bourgois d’avoir mis les moyens. On compte sur vous à présent pour publier avec le même soin The Fall of Númenor et, pourquoi pas, soyons fous, l’édition collector du Silmarillion illustré par Tolkien lui-même !
Mais revenons à nos Contes… Comme le savent fort bien les lecteurs assidus du Point Pop, le Britannique Alan Lee et le Canadien John Howe sont un peu les gardiens du temple de l’imaginaire de la Terre du Milieu, qu’ils illustrent depuis plusieurs décennies. Un peu moins connu chez nous, Ted Nasmith (également canadien) a lui aussi longuement collaboré avec feu Christopher Tolkien, fournissant notamment les toiles de la toute première édition illustrée du Silmarillion. Bref, les avoir réunis tous les trois est un événement et chacun pourra savourer ces interprétations du texte de Tolkien, amoureusement édité par son fils. De passage à Paris en début de mois pour le lancement de l’ouvrage en France, Alan Lee compare son style à celui de ses compagnons et nous livre quelques confidences.
Le Point : Ce n’est pas tous les jours qu’un même livre est illustré par trois artistes différents !

Alan Lee : « J'ai regardé “Les Anneaux de pouvoir” avec un détachement jouissif » - Le Point
Alan Lee à Paris, en février 2008. © Mathieu Bourgois

Alan Lee : Oui et c’est la première fois qu’on travaillait ensemble sur un même livre. Sauf qu’on n’a pas du tout travaillé « ensemble » ! John Howe était en Nouvelle-Zélande (pour la série d’Amazon), Ted Nasmish au Canada et moi en Angleterre, donc tout passait par l’éditeur. L’essentiel a été de se mettre d’accord sur ce que chacun illustrerait.
Vous vous êtes battus ?
La vérité, c’est qu’on aime tous les trois des choses différentes. Ted avait déjà commencé à travailler certaines scènes et savait précisément ce qu’il souhaitait illustrer. Quant à John, il y a un certain nombre de domaines dans lesquels il est imbattable ! Nous savions qu’il y avait dix-huit illustrations au total, six pour chacun. L’éditeur nous a laissé quartier libre sur le choix des scènes à illustrer, il fallait juste s’assurer qu’elles ne seraient pas trop rapprochées les unes des autres.
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Vous avez tous les trois un style et des techniques très différents : quelles sont leurs caractéristiques, selon vous ?
Il faut que je fasse très attention à ce que je dis car John et Ted pourraient ne pas être d’accord du tout. [Il rit.] Je pense que le style de John se caractérise par son dynamisme, il excelle dans l’art de capturer l’acmé d’une scène. Ses illustrations ont souvent des tons assez sombres et une composition très maîtrisée et dramatique. Ted, lui, adore illustrer le monde en lui-même. Il accorde une grande attention aux pierres, aux cascades… Souvent, les personnages sont perdus dans d’immenses paysages. Mes dessins à moi sont plus… doux, je crois. Il n’y a pas de contrastes forts ou de couleurs vibrantes. J’essaye d’illustrer une atmosphère, une humeur…
Vous utilisez presque exclusivement l’aquarelle. Pourquoi ?
Ce que j’adore dans l’aquarelle, c’est que c’est une création en mouvement permanent sur le papier. Si j’ajoute un peu d’eau sur un rocher, par exemple, je vois la couleur se modifier et se répandre d’une façon imprévisible. Je vais rajouter un peu de sel et la texture va se modifier pour ressembler à du lichen. C’est comme si le dessin en aquarelle se créait tout seul, je ne fais que réagir à ce qu’il propose en ajoutant un peu de ceci ou un peu de cela et en observant ce qu’il en fait. On ne sait jamais ce que ça donnera à la fin, c’est un peu comme de l’alchimie !
Certaines illustrations des Contes et légendes inachevés vous ont-elles donné du fil à retordre ?

Alan Lee : « J'ai regardé “Les Anneaux de pouvoir” avec un détachement jouissif » - Le Point
Contes et légendes inachevés, édition française. © Christian Bourgois

Il y en a une qui m’a pris une éternité : la première bataille des gués de l’Isen [page 436 des Contes et légendes inachevés, NDLR]. J’ai presque regretté de m’être lancé là-dedans ! Le tableau original fait cinq ou six fois la taille de l’illustration dans le livre. Il est si détaillé qu’il faudrait le voir à taille réelle pour se rendre compte du travail qu’il a représenté avec ses centaines de figures. Il m’a pris cinq ou six semaines à lui tout seul !
Il paraît que vous préférez dessiner les paysages plutôt que les personnages…
C’est vrai. Je crois que c’est ce qui me touche le plus. J’habite dans un endroit magnifique de la campagne du comté de Devon. Et je ne me lasse pas d’en dessiner les paysages. Enfin, pas les dessiner tels quels, mais plutôt les utiliser comme source d’inspiration, m’imprégner des textures et des couleurs. Je pars me promener dans les bois, prendre des photos et absorber tout ce qui m’entoure. Et puis je rentre à la maison et j’imagine un paysage fantastique qui aura l’air d’autant plus authentique qu’il est ancré dans la réalité.
Y a-t-il certaines choses que vous ne souhaitez pas illustrer ?
À l’époque où je travaillais avec Christopher Tolkien, il m’avait spécifiquement demandé de ne pas illustrer Morgoth. Il ne voulait pas qu’on le voie illustré parce que Tolkien ne décrit pas vraiment un personnage mais plutôt le mal en lui-même, un sentiment d’horreur. Parfois, illustrer quelque chose diminuerait sa portée. Donc quand il s’est agi d’illustrer la scène où Beren et Luthien endorment Morgoth, je n’ai pas placé ce dernier dans le tableau. On voit toutes les créatures horribles qui l’entourent et on se dit que si celles-ci sont à son service, combien plus horrible doit-il être. On devine sa présence mais on ne le voit jamais.
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Les films de Peter Jackson vous influencent-ils aujourd’hui lorsque vous dessinez un personnage comme Gandalf, par exemple ?
Impossible à présent pour moi d’imaginer un Gandalf différent de Ian McKellen. Il a tellement capturé l’essence du personnage que je ne vois plus que lui. Même quand je lis le livre, c’est sa voix que j’entends !
Avez-vous regardé la série d’Amazon, Les Anneaux de pouvoir  ?
Oui. J’ai décidé de ne pas lui faire de procès d’intention car nous n’en avons vu à ce jour qu’un cinquième, c’est un projet tellement énorme ! Ce que je peux dire, c’est que j’ai regardé avec avidité les épisodes pour savoir ce qui allait se passer. Et j’ai été assez surpris par certaines choses. Je vais certainement regarder la suite. Il y a beaucoup de choses appréciables dans cette série… Reste à savoir comment ça va évoluer ! Attendons de voir. Mais ce qui est certain, c’est que le fait de ne pas être impliqué dans la production de cette série m’a permis de la regarder avec un détachement jouissif !
Quid de sa concurrente, House of Dragons ?
Je crois que j’ai vu une saison de Game of Thrones, une fois, dans un avion. J’ai trouvé ça très intéressant et brillant sur le plan cinématographique. Mais je n’ai pas ressenti l’envie de continuer… J’ai aussi vu un bout de The Witcher. Mais le problème c’est que je n’arrive pas à suivre, tout va très vite et personne n’articule. Mon esprit vagabonde et, au lieu de me concentrer sur l’intrigue, je me demande comment ils ont fait tel château ou telle créature !
On a dû vous poser la question mille fois mais… n’est-ce pas lassant, à la longue, de toujours illustrer Tolkien ?
Je n’ai pas le sentiment d’illustrer toujours la même histoire. Cet univers est tellement riche. On peut illustrer une scène un jour et puis remonter 3 000 années plus tôt pour illustrer tout autre chose. Je n’ai pas l’impression d’être limité parce que je ne peins pas seulement le monde de Tolkien, je peins notre monde tel que je le vois : ses lacs, ses rivières, ses forêts, ses montagnes… Si j’avais eu à dessiner encore et encore les mêmes personnages, j’aurais pu me lasser, mais il y a une telle variété d’histoires, de paysages, de héros… La seule limite, c’est que je suis obligé de refréner mon instinct comique ! Je considère que je dois traiter l’univers de Tolkien avec le plus grand sérieux et ne pas distiller des éléments d’humour qui n’auraient rien à y faire.
Y a-t-il encore des choses que vous rêvez d’illustrer ?
Probablement trop ! Je n’aurai sans doute jamais le temps d’illustrer tout ce dont je rêve. Il y a tellement d’histoires formidables ! En ce moment, j’essaye de monter un livre avec toutes mes histoires favorites, du folklore, de la mythologie, de la poésie… Au cas où je n’arriverais pas à illustrer tout ce que je veux, j’essaye d’en rassembler le maximum dans un seul livre !
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